Photo : Slimene S.A. Une centaine de ressortissants algériens, établis en Egypte, ont été rapatriés, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, à partir du Caire, à bord d'un avion spécial de la compagnie nationale, Air Algérie. L'aéroport international d'Alger a vécu pour la circonstance une nuit peu ordinaire, en témoigne l'affluence enregistrée en cette heure tardive, mais surtout glaciale nuit. Des membres de familles, proches parents et autres amis des passagers attendus, étaient présents à l'aérogare, plusieurs heures avant l'arrivée du vol, prévu à 20h 50, au hall N 2, comme l'indique précisément le tableau électronique. « Je suis ici depuis 19h00. J'ai appris l'heure d'arrivée du vol à la radio, ce matin, et mon frère me l'a confirmé par téléphone à partir du Caire. Je suis venu de Chlef pour qu'on ensemble à la maison», indique Abdellah, la trentaine passée. Son frère, Mustapha, poursuit ses études de Droit, dans un institut universitaire au Caire, depuis deux années. « Bien sûr que nous sommes inquiets pour lui. Cette situation nous rappelle celle déjà vécue l'an dernier, lors des événements du match de qualification au mondial. Cette fois, le même scénario se répète avec cette violence généralisée en Egypte. Nous étions en contact régulier dés le début des manifestations, mais notre inquiétude s'est accentuée depuis la coupure du réseau téléphonique et de l'Internet. Heureusement que le téléphone se rétablit de temps en temps ce qui nous a permis de reprendre le lien », explique Abdallah les yeux rivés sur les portes de sorties donnant sur le hall N 2 de l'enceinte aéroportuaire. Visiblement pressé, il ajoute : « pas question qu'on passe la nuit ici dans un hôtel. Nous devons rentrer à la maison cette nuit pour rassurer notre mère et l'ensemble de la famille ». La même détermination de rentrer « chez-soi » se lit sur l'ensemble des proches des ressortissants : « nous passons la nuit à la maison, avec les nôtres », s'accorde-t-on à dire. 21H passée et le vol prévu n'est toujours pas arrivé. Le guichet des informations est tout le temps sollicité. « L'avion arrive incessamment, c'est une question de quelques minutes», répondent les agents. A cette heure précise, des passagers font apparition dans le hall. Fausse alerte. Le vol est en provenance de Montréal. Un peu plus d'un quart-d'heure, d'autres voyageurs apparaissent mais, encore une fois de plus, ce ne sont pas les ressortissants rapatriés d'Egypte. « Le vol du Caire est peut-être annulé », chuchotent, sceptiques, quelques-uns, en dépit des assurances des agents de l'aérogare. Ce n'est, en effet, qu'à 22h00, que l'arrivée est annoncée, naturellement, au grand bonheur des proches. «Nous sommes contraints de rentrer chez nous» Les voyageurs, approchés, étaient unanimes à dire que « tout ce que diffusent les chaînes de télévisions du monde sur les événements en Egypte, ne représente que 5% de la réalité du terrain ». M. Omar. B, 43 ans, vit avec sa petite famille, au Caire. « Les chosent se compliquent davantage là-bas et deviennent de plus en plus dangereuses. Nous sommes contraints de rentrer chez nous, car le pire nous guette à tout moment. C'est la confusion totale et vous ne pourrez savoir d'où le danger peut arriver. Il y a des manifestants, délinquants et même des agents de sécurité, déguisés en civils, qui font dans la provocation de troubles. Là-bas, c'est tout simplement le «sauve qui peut» pour tous les étrangers. L'aéroport international du Caire grouille de monde et les passagers, en majorité des touristes, plient bagages. Faute de programmation, notre vol a été reporté d'une heure, il y'en a d'autres qui sont carrément annulés », raconte Omar. Rafik, 25 ans, étudiant algérien au Caire, affirmant la situation chaotique dans laquelle se trouve l'Egypte- pour ne citer que la rentrée en vigueur de l'état d'urgence décrété, à partir de 15h00- préfère noter la maturité du peuple égyptien. « Les gens sont conscients de tous les enjeux qui sont autour des manifestations. Ils savent bien que les fauteurs de troubles sont, dans la majorité, des agents de la sécurité. Les habitants de différents quartiers se sont organisés en groupes pour se défendre et assurer leur propre sécurité ». Un autre passager qui reconnaît les efforts entrepris par l'ambassade d'Algérie au Caire à l'égard de la communauté algérienne établie en Egypte, déplore, toutefois, le refoulement par les services de l'agence d'Air Algérie au Caire, d'une femme algérienne et de sa fille, désirant rentrer au pays, «pour le simple motif qu'elle n'avait pas l'argent nécessaire pour acheter le billet», regrette-il.