La présomption d'innocence est un concept juridique que certains de nos journalistes semblent malheureusement ignorer. Succombant à la tentation du scoop, ces derniers se laissent aller au mensonge et à la calomnie. Exit donc ce concept important de la justice. Un concept qui permet de ne pas salir le présumé coupable jusqu'au procès qui seul déterminera l'innocence ou la culpabilité du ou de la concerné(e). Ce qui se passe aujourd'hui dans un certain nombre de rédactions relève de l'inconscience pure. C'est à un véritable lynchage médiatique en règle auquel on assiste. A-t-on conscience des retombées de telles pratiques tant sur la vie des présumés coupables que sur le procès en lui-même ? Est-ce normal qu'un journaliste se substitue à la justice en dressant bûcher et potence avant même la fin de l'instruction ? Comment et par quel miracle peut-on justifier et interpréter ces «révélations» qui ne sont nullement le produit d'une investigation journalistique ? Mais où sont donc passées l'éthique et la déontologie, si indispensables à ce noble métier qu'est le journalisme ? Le plus grave dans ces histoires, c'est que les premières personnes à souffrir de ce tapage médiatique sont souvent les familles des présumés coupables. Qui se soucie donc de la douleur de ces êtres humains dont «on» condamne les proches avant même le tribunal ? Qui leur donne la parole ? Qui ouvre ses colonnes à cette douleur sourde ? S'il y a une leçon à tirer de cette situation, elle consiste en l'urgence impérative de mettre de l'ordre dans ce métier et que la mission d'informer retrouve enfin son essence et ses lettres de noblesse.