Les tirs de l'ennemi ayant cependant permis à Si Moussa d'évaluer grosso modo le nombre de soldats, ce dernier ordonnera à un groupe de moudjahidine de longer le flanc droit de la crête, tandis qu'un second groupe empruntera le côté gauche de manière à pouvoir prendre à revers les voltigeurs. En quelques minutes, nous avons réussi à conquérir la crête de force, obligeant les voltigeurs du 29e B.T.A. à reculer du côté d'où montaient vers eux les cris des autres soldats français. Des hauteurs vertigineuses où nous nous trouvions, nous pouvions dominer la vallée du Cheliff, ainsi que toute la bande côtière et la ville de Cherchell que nous apercevions dans le lointain. La crête de cette montagne étant longue d'une centaine de mètres et large de 3 à 4 mètres, Si Moussa avait commencé à y répartir les éléments de trois groupes du commando, pour réserver un accueil cinglant aux soldats du 29e B.T.A., qui avançaient vers nous, croyant ne faire de nous qu'une seule bouchée. Le groupe de Si Arezki prit position en haut de la crête sur une plateforme avancée. Le groupe de Si Youcef, qui disposait d'un fusil-mitrailleur FM. Bar, se postera pour sa part sur le côté gauche du groupe de Si Arezki, tandis que celui commandé par Si Larbi (qui était doté d'un fusil-mitrailleur) prendra place sur le flanc droit du groupe de Si Arezki. Nous étions dans une très bonne position sur cette crête, dont l'occupation nous a coûté fort cher, à savoir la vie de Si Slimane et de Si Mahfoud, ces valeureux moudjahidine, que nous avons eu le temps d'enterrer dans un lieu discret avant d'engager le combat avec le 29e B.T.A., dont les effectifs consistaient en quelques centaines d'hommes ayant tous fait la guerre d'Indochine, avec une majorité d'Algériens. Nous n'étions que trente-cinq moudjahidine déterminés à les attendre avec courage et de pied ferme, pour en découdre avec eux. Nous étions farouchement résolus à défendre notre position et à nous battre avec l'énergie du désespoir, comme nous l'avions déjà fait lors de la bataille de Sidi Mohand Aklouche, le 26 avril 1957. Il était quatre heures de l'après-midi, et Si Moussa nous avait ordonné d'attendre son signal pour ouvrir le feu, afin de laisser approcher l'ennemi qui se trouverait à une bonne portée de nos armes. C'était une franche aubaine pour nous que le commandant Gaudoin chef du bataillon n'ait pas jugé utile d'alerter l'aviation. D'un orgueil démesuré, cet officier désirait surtout se venger de la défaite humiliante que nous lui avions infligée lors de la bataille de Sidi Mohand Aklouche. Suite au rapport des voltigeurs, il s'était ainsi persuadé que nous avions pris la fuite. Mais il commettait là une lourde erreur de jugement, sous-estimant l'indomptable volonté combative qui nous animait, malgré la supériorité numérique de notre adversaire. Le signal de Si Moussa fut donné en lançant un Allâhou Akhbar gigantesque, dont l'écho retentit longuement à travers la montagne. Cela fut une agréable délivrance pour nos nerfs trop longtemps tendus et crispés. L'ennemi ne s'attendait pas à l'accueil que nous lui avions réservé en nous mettant à tirer sur lui tous à la fois et avec la même ardeur. (à suivre...)