Production n «Enemy Way» (La voie de l'ennemi) est un film signé Rachid Bouchareb. Ce nouveau long métrage – un remake américain de «Deux hommes dans la ville» de José Giovanni sorti en 1973 – sera projeté en Algérie, en avant-première mondiale, début 2014. C'est ce qu'a annoncé, hier, le cinéaste lors d'une conférence à la villa Dar Abdeltif. Le cinéaste, qui n'a cependant pas donné de précision sur la date exacte de l'avant-première, a indiqué : «Cela dépend du planning des acteurs du film dont certains devraient être présents, et de l'avancée des autres projets cinématographiques.» Il a, ensuite, souligné à propos du film : «Ce film est un polar. L'histoire se déroule aux Etats-Unis. C'est l'histoire d'un homme, un afro-américain, qui a passé dix-huit ans en prison et qui pour redonner un sens à sa vie durant son incarcération s'est converti à l'islam. Pour ce faire, il sera aidé par un imam algérien. C'est un film qui porte sur le déracinement et l'émigration. Je voulais dénoncer les dangers de l'islamophobie aux USA, en ramenant ce sujet là-bas et susciter le débat de ce côté-ci. J'ai voulu aussi partager avec les Américains ma culture, mon histoire, en apportant ma vision des choses. Car il y a un monopole de l'Occident sur les images qui abordent la culture musulmane.» Dans ce polar, quatrième œuvre tournée aux Etats-Unis après «Bâton Rouge» (1985), «Little Senegal» (2001) et «Just like a woman» (2012), Rachid Bouchareb a fait appel à de grands acteurs d'Hollywood comme Forest Whitaker et Harvey Keitel pour parler donc de l'islamophobie aux Etats-Unis. Notons que ce film est une co-production. Nombreux sont ceux qui se sont associés à cette aventure cinématographique. Produit notamment par l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc), Jean Brehat et Jerome Seydoux, le scénario d'«Enemy way» est coécrit par l'écrivain Yasmina Khadra, Olivier Laurelle et le réalisateur lui-même. «Je tiens à ce que l'Algérie soit partenaire, car cela me donne de la force pour continuer mes aventures cinématographiques», a dit Rachid Bouchareb qui a également annoncé avoir fait appel au romancier pour son prochain film, dont le tournage est prévu en 2014 à Cuba. Et de poursuivre : «L'apport économique algérien me permet d'être libre, pour ne pas avoir de censure du côté américain, de raconter ce que je veux comme je veux mon film.» Il a, en outre, souligné : «On est comme des ministres des Affaires étrangères. Un cinéaste doit s'accaparer de tous les sujets, même faire un film sur la Syrie pourquoi pas...», avant d'indiquer : «Relever des défis avec des Algériens sur la scène internationale et que mes films soient représentés par l'Algérie, voilà qui trouve un sens à mon travail...» «Enemy Way» constitue le deuxième volet d'une trilogie américaine inaugurée avec «Just Like a Woman», et tous deux tournés en l'espace de deux ans. Le troisième volet de la trilogie, «Belleville's Cop», achèvera la conquête de l'Amérique (ce sera évidemment un autre film en langue anglaise). Car Rachid Bouchareb vise d'abord le marché américain, mais sa trilogie a le mérite d'aborder la question de l'immigration aux Etats-Unis (notamment la persécution des immigrés, leur intégration ou leur réinsertion...), la question de l'islamophobie, ou encore la perception que se font les Américains blancs des Afro-Américains et des Amérindiens. Ainsi, cette trilogie s'interroge sur les relations entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman. A travers ces trois chapitres (dont le troisième volet à venir), Rachid Bouchareb veut contribuer à «battre en brèche les théories sur les chocs des civilisations qui ont le vent en poupe depuis le 11 septembre 2001». Yacine Idjer