Dans la tradition algérienne, le swak est l?écorce de noyer, produit que les femmes mâchent pour se rougir la gencive et la bouche d?une façon générale. C?est l?équivalent de l?agussim des Berbères, mot que l?on dit provenir du lointain phénicien, égozim. Comme le mot, la chose nous vient sans doute de la lointaine antiquité : à l?époque déjà, les femmes maghrébines savaient se faire belles et le fait de se rougir la bouche devait être aussi banal que celui de se passer, aujourd?hui, du rouge à lèvre. Mais il faut dire aussi que l?écorce de noyer était aussi ? et reste d?ailleurs ? un produit curatif ou préventif des maladies de la bouche : aphtes, gingivites, mauvaise haleine, etc. Si le swak est connu depuis longtemps donc, le mot employé en arabe dialectal, lui, nous vient de l?Arabie, où on l?emploie sous la forme siwâk. Ce mot nous revient d?ailleurs sous cette forme, mais pour désigner, non plus l?écorce de noyer, mais une variété de bois, le bois d?arak, connu pour l?odeur agréable qu?il dégage. On s?en sert non plus pour se rougir la bouche, mais pour se la parfumer et se nettoyer les dents. C?est le Prophète qui a répandu l?usage du siwâk que les pieux musulmans, en Algérie et ailleurs, utilisent aujourd?hui largement. Le mot connote la piété, la dévotion, l?attachement à la tradition du Prophète. Dans le langage des jeunes, on note un emploi surprenant du diminutif du mot dialectal swak ; teswika : balafre, cicatrice ; nndir lek teswika, (je vais te balafrer). C?est sans doute la couleur rouge du swak, rappelant la couleur du sang provoqué par la balafre, qui justifie cet emploi !