Jamais une élection présidentielle n'a entretenu un tel suspens et un tel flou sur les intentions des différents candidats potentiels. L'unique certitude pour l'heure c'est la convocation prochaine du corps électoral qui ouvrira officiellement le bal des candidatures à la magistrature suprême. Certains n'ont pas attendu cette échéance pour annoncer leurs intentions. Ceux qui sont déjà sur le starting box, se veulent des candidats indépendants opposés au système et prônent des idées nouvelles faisant de leurs candidatures respectives un challenge de changement de système et de génération au pouvoir. Il s'agit essentiellement de Ahmed Benbitour, sans parti, ancien ministre et ancien Premier ministre qui a démissionné pour divergeances avec Bouteflika, Soufiane Djilali, président de Jil El Jadid, qui comme Kamel Benkoussa, cherche le soutien de la «nouvelle génération», jouant tous deux sur l'âge avancé de la vieille garde, Rachid Nekkaz jeune également et millionaire vient de demander à François Hollande de le déchoir de sa nationalité. L'ancien ministre Ali Benouari qui vit depuis vingt ans à Genève, conseiller industriel et financier, Boukhalfa Mourad, expert en management et en informatique, et enfin, le très controversé écrivain Yasmina Khadra qui a annoncé son ambition le 3 novembre dernier. Toutes ces intentions de candidatures n'ont pas animé la scène politique qui est restée terne, marquée essentiellement pas la crise au sein des deux appareils électoraux du système. Le FLN et le RND se sont vus étêtés presque au même moment pour empêcher leurs leaders respectifs de briguer un mandat présidentiel. Belkhadem et Ouyahia semblent être hors jeu politique alors que ni le FLN ni le RND ne savent sur quel pied danser ni pour quel candidat rouler. Si Saïdani crie à qui veut l'entendre que le FLN a choisi Bouteflika comme candidat, alors que le concerné n'a pas révélé ses intentions, le vieux parti est divisé entre les sympathisants de Bouteflika, ceux de Benflis et ceux qui attendent que Mouloud Hamrouche brise le silence glacial dans lequel il s'est enfermé depuis des années. Le RND qui lui aussi est tiraillé de l'intérieur entre «redresseurs et redressés», a opté pour la prudence en ne se prononçant pas préférant attendre les consignes officielles comme à l'accoutumée. Lorsque Saïdani, qui se veut plus royaliste que le roi, s'en est pris à Sellal, exprime-t-il le sentiment d'un clan du pouvoir qui entrevoit des intentions chez le Premier ministre ? La question lancinante est pourquoi le FLN et le RDN sont-ils déstabilisés une année avant la présidentielle si Bouteflika avait l'intention de se présenter à un quatrième mandat ? Ces changements à la tête des deux partis présidentiels sont intervenus bien avant la maladie du président. Manifestement, le discours de Bouteflika à Sétif en mai 2012, a ouvert la voie à la succession et a nourri des ambitions secrètes chez les ex-chefs du FLN et du RND d'où le limogeage de Belkhadem et la démission forcée de Ouyahia. Lorsque la crise a touché ces deux partis en 2011 et a conduit à la destitution des secrétaires généraux, les observateurs en ont conclu que ces manœuvres visaient à barrer la route aux dinausores du sytème afin d'aller vers des présidentielles ouvertes à travers des élections transparentes où seuls les électeurs décideront du sort du scrutin. Cette approche a été renforcée par le discours d'avril 2011 dans lequel Bouteflika avait annoncé un train de réformes devant permettre un changement pacifique du système. Le discours de Sétif est venu alors comme un autre indice sur une volonté de changement du personnel politique ouvrant la route à la nouvelle génération pour la prise des commandes de l'Etat. Trois événements majeurs et un constat pertinent sont venus entre 2012 et 2013 pour brouiller toutes les cartes : le scandale de Sonatrach, l'attaque de Tiguentourine et la maladie du président et l'échec patent des printemps arabes. Si ce dernier encourage le système à abandonner toute réforme profonde, les trois évènements affaiblissent le système qui s'acroche vaille que vaille à sa survie même sous perfusion, d'où ce contexte de flou entretenu et d'improvisation à volonté. Quel candidat du consensus ? Lorsque Saïdani interprète les changements au sein du DRS comme la fin de la main-mise de ces services sur la politique et les institutions, cela voudrait-il dire que l'urne est consacrée unique source du pouvoir ? Si tel était le cas, qui a ordonné la programmation de spots louant l'œuvre de Bouteflika à la Radio nationale et dans quel but, d'autant plus que si le président de la République a l'intention de briguer un quatrième mandat, l'implication de la Radio nationale dans une précampagne serait alors injuste pour les autres candidats ? Si tel était le cas, pourquoi ce jeu de coulisses malsain qui ferme la scène politique et suggère implicitement que l'avis des citoyens ne vaut rien ? Si tel était le cas, pourquoi Sellal sillonne-t-il le pays depuis son arrivée à la tête de l'exécutif, louant les vertus de Bouteflika et ses réalisations durant les trois mandats ? Si pour des raisons de santé, Bouteflika ne compte pas briguer un quatrième mandat, la campagne que mène Sellal plaide néanmoins en faveur d'un candidat du système pour la continuité de la démarche initiée par le président sortant. Ce candidat serait-il incarné par Sellal qui ne semble pas faire l'unanimité au sein du sérail ? Si la candidature de Sellal n'est colportée que par la rumeur, l'omniprésence médiatique du Premier ministre qui se garde toutefois de ne pas faire de l'ombre au président de la République, suppose que cette option, même si elle n'est pas tranchée, est toujours sur la table. D'autres rumeurs évoquent Ramtane lamamra comme candidat du consensus d'autant plus qu'il s'agit d'un homme d'Etat et d'un diplomate chevroné qui a évolué ces dernières années loin des affaires internes du pays et des scandales financiers qui ont entâché certaines personnalités du sérail. Cette option pourrait s'expliquer par l'agenda à venir en raison des enjeux régionaux et inernationaux qui domineront l'action politique du futur président de la République. En face du système, le vide est sidéral. L'opposition structurée est inexistante en tant qu'alternative crédible, viable et fiable. Eclatée, atomisée, l'opposition semble faire de la figuration à défaut de présenter un projet de société mobilisateur et fédérateur. Las de l'instabilité et des incertitudes, les Algériens tablent sur une candidature rassurante qui peut faire le poids face à un candidat du système. Seuls deux noms ont plus ou moins ce profil : Benflis qui pourrait annoncer sa candidature le 19 janvier prochain, et Mouloud Hamrouche qui n'a pas encore pris la décision de se présenter ou non. Les deux hommes sont des enfants du système même si chacun d'eux prône le changement profond à sa manière et à son rythme. Les deux hommes bénéficient d'un large soutien au sein du FLN et des organisations dites de la famille révolutionnaire, et au-delà, au sein de la classe moyenne qui voit notamment en Mouloud Hamrouche et son projet de réformes, l'alternative. Mais ce dernier refuse de se jeter dans l'arène des présidentielles tant que les marionnestistes tirent les ficelles dans l'ombre. A. G.