«Macky à jeun.» C'est ainsi qu'a ouvert le journal sénégalais Le Quotidien, son édition d'hier, pour commenter la défaite du parti au pouvoir du président Macky Sall aux élections locales, tenues dimanche, sans le moindre incident. L'Alliance pour la République (APR, parti présidentiel) a subi une défaite cinglante dans la capitale sénégalaise Dakar, mais aussi dans plusieurs villes du pays, selon les résultats provisoires publiés hier par la presse sénégalaise. La liste de l'APR était dirigée par le Premier ministre et responsable de cette alliance, Aminata Touré qui a admis sa défaite face au candidat sortant, Khalifa Sall, maire de Dakar depuis 2009 et responsable du Parti socialiste. «Les premières tendances donnent vainqueur (la coalition dirigée par M. Sall). Je les félicite pour leur bon résultat», a déclaré Mme Touré dimanche soir, a rapporté la presse locale qui a affirmé que tous les responsables de l'APR ont été battus dans la capitale. Khalifa Sall a été élu à la tête de la mairie de Dakar sous la bannière de la coalition «Taxawu Dakar». La presse sénégalaise estime que la victoire de Khalifa Sall lui ouvre la voie pour la prochaine présidentielle, prévue pour 2017. «Par cette victoire écrasante dans la capitale, qui représente le 1/3 de l'électorat national, Khalifa Sall constitue une sérieuse menace pour le Président Macky Sall à la prochaine présidentielle, réduit les chances de Idrissa Seck d'être le 5e président et ravit le statut de l'opposition au Parti démocratique sénégalais», lit-on dans Le Quotidien. L'autre raclée donnée à l'APR est dans la ville de Ziguinchor où le maire sortant Abdoulaye Baldé a qualifié sa victoire, en tant que candidat de l'Union pour le développement de Ziguinchor, de «visa pour la présidentielle de 2017», a rapporté l'Agence de presse sénégalaise (APS). Le président Sall n'était pas candidat à ces locales mais son parti, créé fin 2008 et faiblement implanté dans le pays, voulait mettre à profit ces élections pour renforcer ses bases. Macky Sall avait été élu président en mars 2012, face à Abdoulaye Wade qui dirigeait le pays depuis douze ans. Le taux de participation à ces élections locales n'a pas encore été donné par le ministère de l'Intérieur et la Commission électorale, mais selon les médias et de nombreux acteurs politiques, il a été faible. Plus de 5,3 millions d'inscrits étaient appelés à choisir entre plus de 2 700 listes de partis ou de simples citoyens, un record, contre 1 600 aux dernières locales de 2009. Le scrutin, qui s'est déroulé sans incident majeur, devait désigner les conseillers municipaux et départementaux dans 602 collectivités locales, qui éliront à leur tour les maires et les présidents de départements. Les collectivités locales gèrent notamment le domaine foncier, les ressources naturelles, l'éducation, la jeunesse et la culture.