Photo : Riad De notre correspondant à Oran Mohamed Ouanezar Que se passe-t-il au sein de la Société des abattoirs de l'Ouest ? Depuis quelques mois, la SAO se débat dans une situation financière et administrative pour le moins chaotique et burlesque sans que des mesures strictes soient prises. Chose étonnante, une série d'audits a été commandée par le groupe avicole au sujet de la situation de cette société qui fait de plus en plus parler d'elle . A la suite d'un audit diligenté par le groupe avicole de l'Ouest GAO, un déficit financier évalué à 47 milliards de centimes a été découvert au titre de l'exercice 2007 au sein de cette société. Pourtant, les bilans financiers présentés chaque année sont tous déclarés bénéficiaires. Ce qui induit des primes au profit du président-directeur général de la SAO. Ce dernier, qui a été installé en 2004, a vu son contrat prendre fin en février 2008. Les raisons de la non-reconduction de l'ancien président-directeur général à la tête de la SAO sont à mettre au chapitre de la mauvaise gestion et à la découverte de ce déficit important. Dans une correspondance référencée REF/154/DCA/GAO datée du 12 avril 2008 envoyée de Mostaganem par le président du directoire du groupe avicole et adressée au président-directeur général de la SAO, il est rappelé «le déficit énorme de l'exercice 2007 arrêté par votre direction financière et comptable à un montant de 479 781 830,77 DA… [déficit jamais atteint par votre entreprise auparavant], nous a totalement surpris… » note la correspondance qui précise que «le résultat à fin décembre 2007 avant inventaire était créditeur de 23 348 516,00 DA». La correspondance conclut à la non-fiabilité des résultats communiqués au directoire et aux membres du conseil d'administration. La correspondance met au banc des accusés le directeur financier DFC, premier responsable de cette situation. Les directeurs du contrôle de gestion et des audits sont également cités pour «leurs défaillance et passivité à l'égard de ces problèmes». En conclusion, le président du directoire du groupe avicole incite le P-DG de la SAO à «prendre les mesures qui s'imposent et bien situer les responsabilités en application du règlement intérieur de votre entreprise», note la correspondance. Selon nos interlocuteurs au niveau de la société, ces injonctions sont restées lettre morte. En date du 23 mai 2007, le groupe avicole de l'Ouest adresse une lettre au P-DG de la SAO aux fins de le mettre au courant des détails d'«un deuxième rapport d'audit établi par une équipe constituée de cadres du groupe relatif à un certain nombre d'actes de gestion pour examen au niveau de votre conseil d'administration et mesures à prendre», note le rapport daté du 23 mai 2007 sous la référence 008/Audit/GAO/2007. La mission d'audit s'est penchée sur «les brouillards de caisse et de banque, les pièces comptables relatives à la période, le registre de suivi de chèques et les états de rapprochement et les relevés bancaires…». D'anomalies en anomalies accablantes, le rapport d'audit met les responsables de la SAO face à leurs responsabilités. «Des alimentations de caisse dépense effectuée malgré l'existence de solde, en passant par la non-tenue de brouillard régulier, la non-exploitation et le non-enregistrement des pièces comptables, le non-respect de l'ordre chronologique des opérations, l'absence totale d'opérations sur le brouillard caisse pour le mois d'octobre, des opérations caisse rassemblées dans une seule et même pièce comportant six chèques de 210 000 DA, certaines alimentations caisse de l'ordre de 1 300 000,00 DA en décembre sont utilisées spécialement pour la paie, l'absence de certaines pièces comptables, en passant par l'achat groupé de téléphones portables avec Bluetooh à 131 500,00 DA et d'un ensemble complet de décodeurs numériques à 18 699,00 DA, jusqu'à la non-tenue du registre de suivi de chèques durant 2006, début 2007 et les écritures comptables et caisse dépense sont établies par le chef de département finances lui-même, la non-conformité de certaines opérations, anomalies décelées dans mes états de rapprochements bancaires.» Autant de faits de mauvaise gestion, de dilapidations qui restent sans suite aucune. Un autre audit diligenté par le groupe fera état de dépenses faramineuses ayant atteint les 57 millions de centimes. Le rapport d'audit qui a mené les investigations nécessaires a découvert que les appels téléphoniques étaient effectués en dehors des heures de travail à des sociétés d'astrologie et de jeux en ligne. Cela sans compter les prêts véhicules accordés à la secrétaire qui a été promue chef de service social et à certains nantis de l'entourage de l'ancien P-DG. Un audit sur le système de froid qui a nécessité une enveloppe de plus de 3 milliards et qui n'a jamais démarré Le système de froid de l'unité d'abattage et de transformations de Zahana a fait l'objet d'un investissement de plus de 3 milliards de centimes à travers la signature d'un contrat avec la société danoise York. Le système n'a jamais démarré pourtant, causant des préjudices graves. Tout récemment, alors que les prix du poulet connaissent une flambée sans précédent, la SAO trouve le moyen de procéder à la destruction de près de 40 tonnes de poulets impropres à la consommation. Le procès-verbal de la direction du contrôle et du contentieux de la Direction du commerce de Tlemcen daté du 13/05/2008 ainsi que le bulletin de sortie des entrepôts de Ghazaouet faisant foi. En date des 02, 20 et 24 avril, des quantités importantes de viandes blanches (24,974 tonnes), (19,177 tonnes) et (13,877 tonnes) ont été détruites par la sous-direction de la qualité de la Direction du commerce de la wilaya de Mascara. La destruction de ces tonnes de viandes de poulet s'explique par le non-respect des normes de stockage et les transferts récurrents de la marchandise vers les entrepôts de Ghazaouet et de Zahana à partir de Hassi Bounif. Malgré un potentiel estimable de moyens et de produits, la SAO reste tributaire d'une gestion chaotique. Avec ses unités d'élevage de poussins d'une capacité de 300 mille à Bir El Djir, 60 mille à Bouchentouf dans la wilaya de Sidi Bel Abbès et 60 mille à Sidi Lahcène à Tlemcen, ses trois centres de productions de poussins de chair à Mellakou, ses abattoirs à Zahana avec 12 mille poulets, Bouguirat 9 mille, H. Bounif 4 mille et Sidi Brahim 4 mille, la SAO a toute la latitude de contrôle sur tout le marché dans l'ouest du pays et ailleurs. Malgré tout cela, la SAO s'est permis le luxe de perdre en 2007 un contrat avec le ministère de la Défense nationale estimé à 100 millions de dinars. De plus, les cadres et les fonctionnaires de la société se plaignent de harcèlements et de hogra à outrance.