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Les Palmiers blessés : le douloureux rapport interne à l'histoire
Le film est appelé à faire date et servir de modèle de coproduction arabe
Publié dans La Tribune le 21 - 10 - 2010

Chama : A trente ans et quelques quotidiennes petites misères, Chama montrait tous les signes de la disponibilité au bonheur. Comme dans les films ou dans les contes, l'âge adulte – est-ce que nous le sommes à trente ans ?– restait pour Chama la promesse du grand moment pour les orphelins. A trente ans, on n'est plus vraiment orphelin et, au sort, on pouvait opposer la force physique et la force mentale supposées de l'adulte. Il serait peut-être même incongru de préciser à trente ans qu'on est orphelin. Orphelin est une
condition de l'enfance. A voir Chama, tout semblait réglé aussi pour elle. Ses études prenaient du temps mais sans désespoir. Sa mère continuait à s'user les yeux sur la machine à coudre qui lui avait permis d'élever sa petite mais ses mots disaient assez son soulagement à voir Chama prête à vivre sa vie. Le code qu'elles avaient dû se créer les longues nuits d'hiver dans l'obsédante absence du père fonctionnait si bien à dire la tendresse complice de sa mous accomplis en dépit des circonstances. Chama trouvait quand même des petits boulots de dactylographe. Le film nous avait subrepticement enveloppés dans cette atmosphère de soulagement qu'enfin l'orpheline ne l'était plus et qu'allait commencer pour elle l'autre versant de la vie avec cette curiosité légitime et qu'enfin nous allions connaître une histoire qui nous aura épargné les affres de la condition orpheline et nous rassurer sur une sortie heureuse. Abdelatif Ben Ammar aura réuni immédiatement les composantes d'un apaisement. Les courbes du «traino» emmenant Chama de Tunis à Bizerte ; l'herbe bonasse qui court sous l'ondulation paresseuse des rails ; le passage d'un tunnel qui nous indique comme un passage de frontière dans la vie de Chama ; les vieux bâtis de Tunis et de Bizerte qui restent, avec leurs patines et leurs
ombres discrètes, aux Tunisiens réservés ; un temps à la pluie qui nous rend à nos saisons ; les quais déserts et silencieux de la gare ; et même cette mer restituée aux bateaux et aux marins et qu'on retrouve avec une intense émotion sauvée des artifices du tourisme. Une mer réelle et l'immense étonnement de la redécouverte que la mer réelle est celle des bateaux et des marins. Jusqu'à cette plage restée vierge avec sa végétation accrochée au sable de semoule blanche de la Tunisie.
Obsession du contrôle
Dans le film, nous avons une autre lumière de la Tunisie. Intuitivement ou non, ce travail de Ben Ammar sur les couleurs, les tonalités, nous apparaît comme un avertissement, un prologue en image, que ce lieu deviendra un lieu autochtone fermé. On ne peut pas encore dire le lieu d'un drame autochtone. Car Chama va de Tunis à Bizerte pour récupérer un manuscrit à dactylographier. Elle ne sait rien de l'homme qui a écrit et rien de ce qu'il a écrit. Alors sur les quais mouillés de pluie de la gare ou près des quais du port de Bizerte, elle sourit, elle parle avec aisance, elle a quelques soucis mais ce n'est pas grave ; elle trouve le vieux monsieur sympathique et ses exigences raisonnables. Nous restons dans des espaces extérieurs travaillés par l'homme : le train, la gare, le port mais face à deux personnages en train de baliser leurs rapports. En tout cas face à l'obsession de l'auteur de baliser les rapports. De le contrôler. Le charme qu'il déploie devient lui-même un moyen de désarmer, de prévenir, de mettre sous hypnose. L'ambivalence est évidemment envahissante car le spectateur voit bien là une tentative de séduction. Il aura rarement à voir une scène dans laquelle il apparaît si clairement que la fonction de la séduction est celle du contrôle. Ce n'est pas rien pour le premier rapport entre l'auteur et sa dactylographe. Entre le penseur et celle qui va donner sa réalité matérielle à sa pensée afin qu'elle nous arrive dans les formes et les termes idoines. Du coup, son livre nous intrigue par cette obsession du contrôle. Qu'est-ce qu'il a à nous cacher mais que nous sommes quand même invités à lire ? Qu'est-ce qu'il veut cacher avant qu'il ne soit accompli et livré ficelé au public sans possibilité d'intervention pendant la fabrication du produit ?Bizerte : Chama a trente ans en 1991. Elle se rend à Bizerte alors que la première guerre du Golfe se prépare. A Bizerte, elle rencontre une amie algérienne très chère connue en classe. Mariée à un musicien algérien que les premières milices islamistes avaient fait fuir. L'image est forte pour ceux qui ont la mémoire de cette époque qui basculait chez nous et au Moyen-Orient. Le manuscrit qu'elle avait en main parlait aussi de guerre. Chama se retrouvait au confluent de la violence. Celle qui frappait en Irak, celle qui commençait à frapper en Algérie, mais celle qui l'avait frappée, à elle, personnellement. L'auteur parlait de la bataille de Bizerte pendant laquelle son père a trouvé la mort parmi des centaines d'autres. Et qui a accompagné
des centaines d'autres dans des tombes blanches d'un cimetière des martyrs, blanches mais anonymes. Chama ne connaît pas la tombe de son père. Elle a vécu ce double orphelinat de n'avoir pas de père et de n'avoir pas une histoire du père mort. C'est un grand vide d'être orphelin mais c'est une béance de n'avoir pour repère qu'un idéal. Un idéal ne fait pas circonstances, une histoire qu'on peut répéter à satiété pour dire comment le parent est mort, dans quelles circonstances. Nous entrons dans une histoire de manques ou de trous ou de béances qui font que la vie de Chama s'est construite sur un vide qui est le vide de l'histoire de la mort de son père. Et dès lors, cette année de son trentième anniversaire ne sera plus celle de son émancipation de sa condition d'orpheline mais celle d'un retour sur ce vide de sa vie. Le vide du récit qu'elle dactylographie révèle le vide de son enfance, le vide qu'il a dans son propre récit et qu'elle ne connaissait pas puisqu'il était un vide du récit. Comment est mort son père ? Oui, il est mort au combat mais comment ? Et qui peut le dire ? Et pourquoi cet auteur ne le dit pas ? Elle entre dans le tâtonnement. Elle en vient par petites touches à s'interroger sur l'auteur lui-même autant que sur son récit. Chama comprend et nous aussi qu'elle vivait dans la trompeuse quiétude des faux planchers.
L'autre enjeu de la libération
Elle ne peut plus continuer ainsi. Le besoin de mémoire devient un besoin de savoir. Déjà, elle n'est plus avec lui dans un rapport de détente, de sourire, de simple travail. La tension naît autour des mots et autour de leur sens jusqu'au conflit et à la cessation du rapport de travail. Le besoin de savoir devient une frénésie de savoir. L'auteur devient aussi important que ce qu'il dit. C'est de savoir d'où il le dit qu'on peut en saisir les enjeux et les vérités. Chama entre en lutte avec lui sur le terrain de fiabilité de la parole. Insensiblement, elle passe de la position de la dactylographe chargée de la diffusion de la matérialisation des autres à la position d'une révolte encore timide pour dire sa propre parole. Ne serait-ce que pour dire la parole qui lui manque. Elle entre alors dans
une autre quête de l'identité. C'est extraordinairement beau dans le film. Elle devenait Chama Ben Mahmoud. Elle était depuis toujours Chama Ben Mahmoud. Cela devenait différent. A chercher les anciens amis de son père, elle retissait des liens sociaux,
politiques, professionnels, affectifs qui donnaient à l'image de son père une autre consistance que celle du patronyme. Ce n'est
pas rien d'apprendre que Ben Mahmoud connaissait par cœur les départs de train de toutes les gares de Tunisie. Cela vous campe un personnage et cela vous restitue sa chair sociale. C'est ce père-là qui devenait l'enjeu de sa propre identité à elle. Les compagnons de son père lui racontaient par bribes des combats oubliés. Des combats de gens simples. Compléter la libération de la Tunisie par la récupération de la base militaire de Bizerte. Moments extraordinaires dans le film. La mémoire peut se retisser à partir de l'hétéroclite.
Témoignages de compagnons, photos tirées de l'oubli, souvenirs libérés de leurs honteuses amertumes. Chama découvrait des facettes de son père en même temps que la vérité des rapports construits, pensant cette phase des luttes populaires pour la libération de la Tunisie. Et déjà comme ailleurs, Ben Mahmoud allait mourir pour laisser le fruit mûr au planqué, celui qui en écrira l'histoire. Mais nous sommes déjà dans une autre dimension du problème. Ben Ammar nous libère de la trop vieille problématique de penser l'histoire par le colon-protagoniste. Il réussit avec puissance à opérer une décolonisation de nos têtes et à nous faire les acteurs par nous-mêmes de cette histoire. Notre histoire devient dès lors «datiya» le système de miroirs par lesquels nous déformons ou reformons l'image de nos luttes et nos images de protagonistes dans ces luttes. Un regard sur nous-mêmes enfin interne.
Chavirements internes
Chama avancera dans le clair-obscur des moments incertains de la mémoire. Les scènes, les positions, les lieux, les gestes reflètent cette incertitude, deviennent des scènes d'intérieur pour mieux nous dire ce qui se passe à l'intérieur de Chama. Dominent alors les lumières de veilleuses, des lumières de derrière les portes ou des lumières filtrées par les rideaux, les lumières indirectes et les lumières médianes. Nous sommes dans l'atmosphère du travail intime, dans la fausse quiétude des jours. Dans cet appel du sommeil des choses établies. Nous sommes aussi dans l'atmosphère des chavirements internes. Chama se prend d'amour pour l'enfant de l'auteur qu'elle emmène pour des promenades dans les vents lumineux du bord de mer. L'enfant aussi se prend d'amour pour elle. Et peut-être pour cette image d'une femme jeune et belle qui manque dans sa maison d'orphelin. Il sera le témoin de l'affrontement final entre Chama et cet homme écrivant une histoire qui la frustre une deuxième fois de son père. Car il le connaissait. Chama apprend qu'il fut depuis toujours un détenteur de la parole, un professionnel choyé de la parole révolutionnaire. Et qu'il fut le témoin de l'engagement et de la mort de Ben Mahmoud dans la lutte pour la libération de Bizerte. Témoin direct. L'enfant sera le témoin de l'affrontement de Chama avec celui qui voulait écrire l'histoire pour les autres. L'affrontement est d'une rare violence et Chama veut arracher la vérité à celui qui a trahi son père, l'engagement de son père, qui a tiré profit du sacrifice de son père. À ce moment-là et à ce moment seulement elle pouvait rejoindre son père dans ses moments d'agonie et entrer dans son histoire personnelle en entrant dans celle de son père. Dans l'histoire des centaines de morts de Bizerte et quitter sa condition d'orpheline ; sortir de sa béance et se faire une cicatrice. Elle pouvait enfin s'asseoir dans la blancheur des tombes pour naître totalement à sa propre vie.
M. B.
Extrait de la lettre d'intention
«Les Palmiers blessés trouvera donc ses tonalités dans le paysage venteux et froid de la ville de Bizerte où la mer dicte sa palette de couleurs à une ville qui garde encore les traces des guerres passées.La jetée de Bizerte et sa longue promenade le long de la mer, son architecture qui allie les deux rives de la Méditerranée, le froid de l'hiver et la nature environnante seront l'écrin de ce solitaire et douloureux parcours initiatique.Une protagoniste issue du peuple, sensible et intelligente, belle mais ne le sait pas. Son courage va au fur et à mesure illuminer ses traits. Elle s'inscrit dans la lignée de ces héroïnes du 7ème art ancrées dans un cinéma humaniste et social.Une musique chargée d'émotion qui se fera l'écho de la tristesse de l'exil, celle de Nourredine, musicien algérien en exil, celle de Chama en exil de son passé…Des cadrages larges et fixes pour établir la distance et amplifier la solitude des personnages. Des gros plans en mouvement et fureteurs des regards apeurés pour saisir la violente tendresse des innocents en quête du bonheur simple et de la vérité.Une voix off pour appuyer les émotions retenues.En contrepoint, les images d'archives, froides, hâtives et saccadées montrant la violence des guerres dévastatrices.»


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