L'Algérie donne l'impression d'une machine qui marche à double vitesse : puisque en face d'une économie qui se diversifie, le mouvement syndical, lui, reste présent uniquement dans le secteur public et l'administration. Les statistiques ne sont pas ce qu'il y a de plus fort en Algérie. Mais les rares chiffres qui existent indiquent que le taux de syndicalisme dans le secteur privé algérien ne dépasse pas les 3%. Il est inutile d'avancer que cela est essentiellement dû à une présence de l'UGTA et, rarement, des syndicats d'entreprises, sans réel encrage en dehors de la société elle-même.Pourtant, toutes les lois relatives à la question donnent droit aux employés, relevant du public ou du privé, de se constituer en organisation qui défend leurs intérêts. Dans le code du travail, le droit à l'activité syndicale occupe pourtant une bonne place. Il est considéré comme un des droits les plus fondamentaux, au même titre que le salaire et le congé.Pourquoi donc cette absence de représentation syndicale dans le privé ? Pour les rares «salariés» qui osent s'exprimer sur le sujet, la précarité de l'emploi est derrière cette situation. Preuve en est que des dizaines de travailleurs ont été licenciés suite à des tentatives de constitution de syndicat. C'est le cas, par exemple, de l'infatigable Yacine Zaïd qui a été licencié par une multinationale opérant dans le Sud pour la simple et unique raison d'avoir tenté de créer une section syndicale UGTA. C'est le cas également de Ali Nouar, qui travaillait dans une autre société parapétrolière avant d'être «viré» pour la même raison. Comme eux, ce sont des dizaines de travailleurs qui ont quitté leur travail à cause d'une tentative de créer une organisation qui les défende. La situation n'est guère meilleure dans le privé algérien, puisque la représentativité syndicale reste limitée à quelques sociétés. Même les entreprises de presse, y compris les journaux privés, ne sont pas mieux loties. Cela signifie que les travailleurs algériens ont encore beaucoup de pain sur la planche.