Le quotidien israélien Haaretz a révélé que le gouvernement de Benyamin Netanyahu projette de consacrer juridiquement sa mainmise sur les territoires de Cisjordanie en annexant les colonies que l'Etat hébreu s'était engagé - avec la garantie des Etats-Unis et de l'Europe- à démanteler et à restituer aux Palestiniens à plusieurs reprises depuis les accords d'Oslo, en 1994. L'article confirme les orientations de l'administration américaine au sujet de la solution des deux Etats, développée dans le discours de Barak Obama. Le président américain a estimé que la colonisation de la Cisjordanie est une conséquence du développement démographique, comme il l'a répété dans ses discours, et a plaidé pour la consécration des résultats de ce «phénomène naturel». Ce qui signifie que Washington bénit la confiscation et l'annexion de territoires appartenant aux Palestiniens, une réalité imposée sur le terrain par le Mur de la séparation, dont la construction se poursuit en dépit de l'avis défavorable de la Cour de Justice internationale de La Haye. Benyamin Netanyahu consacre l'occupation et s'attribue des droits sur les terres palestiniennes. De même qu'il annonce qu'Israël n'est pas disposé à échanger des territoires avec les Palestiniens, donnant le coup de grâce aux maigres illusions palestiniennes de pouvoir récupérer, à travers un éventuel échange -notamment dans le Néguev-, certains des territoires engloutis par la colonisation effrénée, financée par des fonds américains, fédéraux et privés. Le projet d'Etat palestinien avancé par les Américains n'est, en réalité, qu'une anomalie géographique, sans continuité et sans âme, à cause de la judaïsation d'El Qods.Il faut ajouter, à tout cela, la condition posée aux Palestiniens par l'Occident pour qu'il reconnaisse leur Etat, à savoir la reconnaissance de la judaïté d'Israël. Ce qui implique, automatiquement, la fin du droit au retour des cinq millions de réfugiés palestiniens.Cela signifie, en clair, que l'Etat hébreu et l'Occident exigent des Palestiniens qu'ils cautionnent la liquidation pure et simple de leur cause. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, court toujours derrière le mirage des négociations. Il exprime sa détermination à, en même temps, demander à l'Onu la reconnaissance de l'Etat palestinien, et poursuivre les pourparlers avec le gouvernement de Netanyahu. Pourtant, Tel-Aviv et Washington ne lui ont laissé aucune porte de sortie honorable. Le silence qui a suivie l'arraisonnement du bateau de la dignité, battant pavillon français, est la meilleure preuve de l'assujettissement de l'Europe à la volonté israélo-américaine. Les tentatives et les efforts de l'Occident visant à améliorer son image auprès des Arabes ne serviront à rien tant que son attitude et ses politiques resteront dictées, aveuglément, par les intérêts d'Israël. Dans ces conditions, les circonstances objectives pour l'éclatement d'une troisième Intifada ne tarderont pas à être réunies. Et cette nouvelle révolution des Palestiniens, couplée aux succès de la Résistance libanaise, sonnera le glas de la «Formule zéro», que l'Etat hébreu et ses alliés cherchent à imposer au peuple palestinien. P. K. * Chercheur au Centre d'etudes stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth. In voltairenet.org