Photo : A. Lemili Par Hassan Gherab L'Algérie est désormais membre du Comité du patrimoine mondial de l'Unesco. La fierté qu'on tirerait de cette élection passée, on devrait s'arrêter sur la question de préservation et la sauvegarde de notre patrimoine. L'Algérie est-elle dans la posture du «cordonnier mal chaussé» ou plutôt dans celle de «charité commence par soi-même» ?Si on considère les textes, on peut dire, sans risque de se tromper ou d'être contredit, qu'on a des lois et un arsenal juridique des plus «protecteurs». Les lois algériennes encadrent et protègent le patrimoine tangible et intangible, y compris celui relevant du domaine privé.Mais un texte, aussi complet, rigoureux ou précis soit-il, n'a jamais garanti la concrétisation sur le terrain qui, elle, relève de personnes et de moyens qu'ils auraient à leur disposition, ou pas, ce qui est le cas pour le patrimoine. Entre la législation et la réalité, il y a souvent un fossé. On dénombre, selon les chiffres officiels, quelque 500 sites archéologiques connus à travers le territoire national. De l'aveu du directeur général de l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés, Abdelouahab Zekagh, 20 à 30% seulement de la totalité de ce patrimoine est connu, le reste étant encore enterré, et de nombreux biens archéologiques «ne sont pas inventoriés». Pis, «les sites archéologiques, dans leur majorité, ne sont gardés ni de jour ni de nuit», déplore le responsable. N'est-ce pas là une porte ouverte à toutes les dégradations et fouilles clandestines ? Il est vrai que des brigades spécialisées ont été créées par la Gendarmerie nationale, la police et les douanes algériennes, pour la lutte contre le trafique d'objets patrimoniaux, et elles marquent des points avec de nombreuses arrestations et récupération de pièces archéologiques. Mais ces brigades ne peuvent, à elles seules, mettre un terme aux pillages. Les sites doivent être protégés avec les équipements et les moyens les plus modernes. Or, on a vu des responsables lésiner pour la construction d'un simple mur d'enceinte, le minimum, autour d'un site, pour cause de faiblesse des budgets.Que dire alors des fouilles et de la restauration qui, elles, nécessitent, en plus des gros moyens financiers, des compétences, pas toujours disponibles ? De plus, à quoi cela servirait-il de restaurer des sites s'ils doivent retomber en décrépitude quelques années plus tard ? L'exploitation scientifique (missions d'études) et économique (tourisme culturel), qui permettrait aux sites patrimoniaux de s'autofinancer et d'assurer ainsi leur préservation sans devoir dépendre des budgets de l'Etat, est le seul moyen d'amortir les dépenses pour la restauration, financer des fouilles et même rentabiliser le patrimoine. Mais ce volet qui implique l'intersectorialité, peu effective, est encore au stade embryonnaire. C'est dire la situation de notre patrimoine…