De notre correspondant à Constantine A. Lemili Scènes de vie périodiques que celles vécues par les Constantinois fêtant l'Aïd El Adha. De longues cohortes de fidèles quittent les mosquées d'un pas pressé pour aller vaquer à un devoir religieux, celui du sacrifice. Les rues, ruelles et cours de cité se rempliront immédiatement de personnes métamorphosées, ayant troqué le rituel habit religieux blanc immaculé contre une combinaison de nature à permettre la plus grande gymnastique qui consiste à venir à bout de la bête. Des bêtes que les enfants avaient déjà extraites de leur domicile, taquinées comme pour les «fatiguer», à la manière d'un toréador qui s'amuse et amuse la galerie avec le taureau pour le laisser ensuite aux picadors qui l'achèveront. Armés jusqu'aux dents, des apprentis bouchers sont vite repérés par des personnes qui ne possèdent pas le «know how» s'imposant pour la circonstance, au moment où d'autres qui, à la longue, ont appris, se débrouillent comme ils peuvent en malmenant l'agneau et en faisant fi de l'obligation faite par les préceptes coraniques d'épargner à la bête des souffrances inutiles. C'est à qui cherche son couteau, l'aiguisoir, le coutelas de dépeçage, mais nul ne s'inquiétera de l'état des lieux une fois la besogne terminée. Les coulées de sang auront entre-temps coagulé et laissé de véritables stigmates noirâtres, le contenu de la panse est également répandu partout, les fils d'attache pendent aux barreaux de protection des fenêtres d'un voisin du rez-de-chaussée absent, des murs sont maculés de sang, le foin parsème le sol et des niches à ordures sont improvisées malgré l'existence de celles communales disponibles à cet effet. Seuls les éléments des services de ramassage d'ordures de la commune (auxquels il faut rendre hommage) auront rempli leur part du contrat en enlevant les détritus de toute nature déposés dans les niches malgré le fait que la journée soit une journée de repos. Les services de l'Algérienne des eaux n'auront pas non plus failli à leurs responsabilités en mettant à la disponibilité des habitants de l'eau courante à longueur de journée. Et comme d'habitude, les services de transport public collectif et les chauffeurs de taxi auront failli à leurs obligations en laissant en rade des gens qui, pour une raison ou une autre, n'ont pu rejoindre à temps leur domicile au sortir d'une nuit passée à travailler ou à voyager, venant de loin. Mais, quoi qu'il en soit, s'il y a une paupérisation des masses, et elle est d'ailleurs effective, elle n'est nullement perceptible au vu de l'engouement des habitants à répondre présent au devoir religieux qu'exige l'Aïd El Adha.