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Syrie : Le veto russe et chinois paralyse la communauté internationale
Publié dans Le Maghreb le 06 - 02 - 2012

Le double veto russe et chinois à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie paralyse la communauté internationale, a déploré, avant-hier, Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères. C'est une lourde responsabilité parce que cela paralyse bien sûr la communauté internationale. Je le comprends d'autant moins que nous avons fait beaucoup d'efforts pour accepter les amendements présentés par la Russie et par la Chine, a déclaré M. Juppé, interrogé sur la chaîne de télévision France 2. Il n'y avait pas dans cette résolution d'embargo sur les armes, pas de sanctions, pas d'appel au départ de Bachar al-Assad, a souligné le chef de la diplomatie française, énumérant les concessions faites à la Russie et à la Chine par les autres membres du Conseil de sécurité. Nous ne pouvions pas aller au-delà et en particulier pas accepter de renvoyer dos-à-dos le régime qui se rend coupable de crimes contre l'humanité, et les opposants qui se battent souvent à main nue, a-t-il ajouté. Comme le 2 octobre dernier, la Chine et la Russie ont opposé à nouveau leur veto, avant-hier, à un projet de résolution condamnant la répression de la révolte par le régime syrien, le jour où à Homs, plus de 230 civils ont péri dans des bombardements, selon l'opposition. Les 13 autres pays du Conseil ont voté en faveur du texte condamnant les violations continues des droits de l'homme par le régime syrien et appelant à une transition démocratique après près de 11 mois de violences.
L'UE dénonce le veto russo-chinois et réclame le départ du régime
L'UE, par la voix de la chef de sa diplomatie et celle du président de son parlement, a regretté le veto russe et chinois au Conseil de sécurité de l'ONU à un projet de résolution condamnant la répression sanglante en Syrie, et réclamé la fin du régime de Bachar al-Assad. Nous regrettons profondément qu'en raison du veto réitéré de la Russie et de la Chine, le Conseil de sécurité ait été incapable de soutenir l'appel de la Ligue arabe en faveur d'un processus politique global, dirigé par les Syriens et mené dans un environnement sans violence, a déclaré dans un communiqué la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton.
L'Union européenne continue à soutenir tous les efforts des Etats de la Ligue arabe et appelle tous les membres du Conseil de sécurité à assumer leurs responsabilités, a ajouté Mme Ashton. Le temps est venu de parler d'une seule voix, de réclamer la fin du bain de sang et de se prononcer en faveur d'un futur démocratique pour la Syrie, a encore estimé la chef de la diplomatie européenne. Nous condamnons le bain de sang et nous nous tenons au côté du peuple syrien contre le régime d'oppression. Nous appelons le président (Bachar) al-Assad à mettre fin immédiatement aux massacres de civils, à retirer l'armée syrienne des villes assiégées et à faire un pas de côté pour permettre une transition pacifique pour le bien de son pays, poursuit le communiqué. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a lui aussi appelé la communauté internationale à s'unir, y compris la Russie et la Chine. Moscou et Pékin doivent prendre au sérieux leurs responsabilités internationales et je regrette le veto de la résolution de l'ONU condamnant la violence et le régime syrien, a déclaré dans un communiqué distinct M. Schulz. Au nom du Parlement européen, je condamne les terribles atrocités commises au nom du régime syrien contre des civils à Homs. Mes pensées vont aux familles et aux amis des victimes. Un massacre de civils innocents a eu lieu, a-t-il dénoncé, appelant lui aussi Bachar al-Assad à retirer ses forces immédiatement et estimant que son régime n'a plus de légitimité.
Hillary Clinton met en garde contre les risques de guerre civile
La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a mis en garde, avant-hier, contre les risques de guerre civile, après le rejet au Conseil de sécurité sur veto chinois et russe d'un projet de résolution condamnant la répression sanglante en Syrie.
Il est temps pour le Conseil de Sécurité d'agir avec force vis à vis de la Syrie, a-t-elle affirmé, après avoir reconnu qu'il n'avait pas été possible de résoudre les différends avec la Chine et la Russie. Que nous faut-il de plus pour agir avec force au Conseil de Sécurité ?, s'est-elle interrogée. Nous devons agir maintenant, car chaque jour qui passe accroît le risque de guerre civile, a-t-elle ajouté.
Mme Clinton a estimé que la décision de bloquer la résolution du Conseil de sécurité revenait à endosser la responsabilité des horreurs qui se produisent en Syrie. Sans une action commune, avec la communauté internationale, je crains que la fin de partie ne soit la guerre civile, a-t-elle affirmé. Selon Mme Clinton, en revanche, si la pression internationale s'exerce sérieusement sur le régime d'Al-Assad... l'issue possible, c'est une transition similaire à celle que nous voyons débuter au Yémen. Le peuple syrien, la Ligue arabe, ont demandé au Conseil de sécurité d'agir. Nous devons agir maintenant, a-t-elle insisté. Hillary Clinton a qualifié de cauchemar la situation dans la ville d'Homs. Interrogée sur la possibilité d'une intervention militaire pour faire cesser les violences en Syrie, Mme Clinton a répondu : Non, une intervention militaire a été absolument exclue. Et nous l'avons dit clairement depuis le début. Revenant sur les négociations pour tenter de convaincre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qu'elle a rencontré, avant-hier, à Munich, Mme Clinton a indiqué avoir pensé qu'il y avait des moyens jusqu'à la dernière heure pour surmonter les craintes exprimées par les Russes. Mais cela n'a pas été possible.
La Turquie dénonce un massacre, exhorte l'ONU à agir
Les Nations unies doivent prendre une position claire au sujet des violences en Syrie, a affirmé, avant-hier, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu.
Un communiqué publié par son ministère dénonce avec fermeté les incidents survenus à Homs, les qualifiant de crimes contre l'Humanité et de massacre.
Nous attendons que le Conseil de sécurité (de l'Onu) adopte une position claire et nette au sujet des pertes civiles en Syrie, a dit M. Davutoglu à des journalistes turcs en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich, rapporte l'agence Anatolie. Les incidents survenus à Homs sont une grande source d'inquiétude pour nous (...) d'autant plus que ces événements sont devenus une routine en Syrie, a indiqué le ministre turc dont le pays a rompu avec son ancien allié syrien du fait de la répression violente des manifestations.
M. Davutoglu a estimé que si le Conseil de sécurité échouait de nouveau à adopter une résolution sur la Syrie, cette situation pouvait donner à la Syrie le message erroné que les violences peuvent perdurer. La punition massive infligée aux habitants de Homs, sans faire de discrimination entre enfants, femmes et personnes âgées, est la preuve de l'illégitimité dans laquelle se trouve l'administration syrienne, a indiqué un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.
Le texte appelle la communauté internationale à ne pas rester silencieuse devant ce massacre, invitant l'Onu à prendre sans perdre une seule minute ses responsabilités vis-à-vis de la sécurité de la population syrienne.
Assad doit quitter le pouvoir après l'assassinat de civils en Syrie
Le président américain Barack Obama a demandé, avant-hier, au président syrien Bachar al-Assad de quitter le pouvoir, accusant son régime d'avoir assassiné des civils lors des attaques abominables qui ont eu lieu dans la ville rebelle de Homs dans la nuit de vendredi à samedi. Assad doit arrêter tout de suite les tueries et les crimes contre son propre peuple, il doit quitter le pouvoir et permettre la mise en place immédiate d'une transition démocratique, a indiqué M. Obama dans un communiqué. Cette déclaration intervient alors que les forces syriennes ont bombardé la ville rebelle de Homs dans la nuit de vendredi à samedi, tuant plus de 230 civils, selon l'opposition syrienne. M. Obama a ajouté que le Conseil de sécurité de l'ONU avait à présent l'occasion de s'élever contre la brutalité sans relâche du régime de Bachar al-Assad et de montrer qu'il est un défenseur crédible des droits universels inscrits dans la Charte des Nations unies. Le président américain a par ailleurs souligné qu'il entendait travailler avec les Syriens pour construire un avenir meilleur. Tous les gouvernements ont la responsabilité de protéger leurs citoyens et tout gouvernement qui brutalise et massacre ses citoyens ne mérite pas de gouverner, a-t-il dit.
La politique du régime syrien de se maintenir au pouvoir en terrorisant son peuple montre seulement sa faiblesse et sa chute inévitable, ajoute le communiqué du président, qui conclut : Assad n'a aucun droit à gouverner la Syrie et a perdu toute légitimité au regard de son peuple et de toute la communauté internationale.
Plus de 230 civils tués - non de Moscou à une résolution
Les forces syriennes ont bombardé, avant-hier, la ville rebelle de Homs, tuant plus de 230 civils dans un "massacre terrifiant", a affirmé l'opposition.
Des dizaines de femmes et d'enfants figurent parmi les 230 morts de l'épisode le plus meurtrier en près de 11 mois de révolte populaire en Syrie. Ils ont été tués dans la nuit de vendredi à samedi quand les forces du régime ont pilonné des quartiers résidentiels à Homs, selon les organisations de l'opposition.
Démenti syrien
Il était difficile, avant-hier, de confirmer l'information de source indépendante en raison des fortes restrictions imposées à la presse étrangère dans le pays. Les chaînes arabes Al-Arabiya et Al-Jazira ont montré des dizaines de corps sans vie jonchant les rues de Homs. Les autorités syriennes ont démenti tout bombardement sur la ville, surnommée "capitale de la révolution". Elles ont affirmé que les violences étaient dues à des "groupes armés".
Tirs sur la foule
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), le nombre des morts à Homs s'élève à 237, dont 99 femmes et enfants. Le Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d'opposants, a pour sa part fait état de 260 morts et de centaines de blessés, parlant de l'un des "massacres les plus terrifiants" depuis mars.
Avant-hier, encore, les forces du régime ont tiré sur une foule participant aux funérailles de victimes de la veille à Daraya près de Damas, faisant 12 morts et 30 blessés, selon l'OSDH. Neuf autres civils, dont deux enfants, ont péri sous les balles des troupes, dans la région de Damas et à Idleb.


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