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Allemagne : Merkel se prépare à un quatrième mandat difficile
Publié dans Le Maghreb le 14 - 01 - 2018

"La coalition des perdants": la formule fait florès en Allemagne pour désigner le prochain gouvernement qu'Angela Merkel se prépare à diriger. Car de fait, la chancelière part affaiblie à l'orée de son quatrième et sans doute dernier mandat.
L'alliance de principe conclue vendredi par son camp conservateur et les sociaux-démocrates du SPD à l'issue de cinq jours de tractations ouvre la voie vers la fin mars à la constitution de ce que le pays nomme une "grande coalition", entre les deux plus importants partis du pays."En fait de grande coalition, c'est une mini-coalition car ils ne représentent que 53% des électeurs" suite au scrutin législatif, relève le politologue allemand Karl-Rudolf Korte sur la chaîne ZDF. Une courte majorité.
Dans la précédente chambre des députés, les démocrates-chrétiens de la CDU d'Angela Merkel, leur allié bavarois CSU, ainsi que le SPD représentaient encore les deux-tiers des sièges.
Mais en septembre, les partis traditionnels ont été punis. La chancelière a certes remporté l'élection mais avec un des pires score depuis la guerre pour son mouvement (33%), tandis que le SPD chutait à 20,5%.
En cause: l'irruption de l'extrême droite avec près de 13% et le retour au Parlement du parti libéral sur un programme à droite toute.

Perdants
La SPD avait du reste à l'origine pris acte de la "sanction" des électeurs contre la précédente "grande coalition" (2013-2017) en proclamant vouloir une cure d'opposition. Avant de se résoudre à une volte-face devant l'impossibilité de former un gouvernement dans le pays.
L'opposition du coup s'en donne à coeur joie. "Les perdants de l'élection ont décidé de se retrouver", commente un des dirigeants de la gauche radicale, Dietmar Bartsch.
L'hebdomadaire Der Spiegel ironisait récemment sur une "paléo-coalition" constituée de partis et de dirigeants aux allures de dinosaures dans un paysage politique national chamboulé.
Conservateurs et sociaux-démocrates, censés présenter des offres politiques concurrentes, ont déjà gouverné ensemble au cours de huit des douze dernières années. Et ils s'apprêtent à en ajouter quatre de plus, avec le risque de favoriser un peu plus l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).
Une poursuite de cette alliance "va faire cadeau à l'AfD de nouveaux succès dans les élections régionales à venir" en permettant au parti de faire campagne sur le thème "blanc bonnet et bonnet blanc", met en garde samedi le politologue Werner Patzelt, dans le quotidien Handelsblatt.
Les trois présidents de partis qui ont négocié l'accord vendredi sont en outre tous affaiblis en interne. Celui du SPD Martin Schulz est en sursis depuis sa débâcle aux législatives. Celui de la CSU bavaroise, Horst Seehofer, lui aussi appelé à un portefeuille ministériel à Berlin, vient d'être marginalisé dans son parti par une fronde d'opposants inquiets de la poussée de l'AfD.
Quant à la chancelière, même si aucun prétendant sérieux à sa succession ne s'est encore mis en avant, le débat en interne sur l'après-Merkel a commencé. Nombre de cadres de son mouvement appellent à un "rajeunissement" de la direction.
L'économie allemande est en pleine forme mais politiquement la chancelière a perdu des points après la crise des réfugiés. Et le vide gouvernemental en Allemagne depuis septembre ne l'a pas aidée.

La France mène actuellement 10 à 0
Durant cette période, le chef de l'Etat français Emmanuel Macron a au contraire occupé l'espace sur le plan européen et international avec plusieurs initiatives diplomatiques remarquées.
"En matière d'initiatives politiques sur l'Europe, la France mène actuellement 10 à 0, nous ne devrions pas laisser le score en l'état", regrettait récemment le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel.
"Si l'on observe sa popularité (en baisse, ndlr) et son aura dans l'opinion, on voit qu'Angela Merkel a dépassé son zénith", estime le professeur de sciences politiques Oskar Niedermayer.
Pourra-t-elle dans ces conditions aller au terme de son nouveau mandat de quatre ans? "Dans l'intérêt électoral de son parti, elle ne devrait pas", ajoute le politologue, en pariant sur un départ anticipé au bout de deux ans.
Une majorité d'Allemands partagent cet avis: 56% selon un sondage publié cette semaine.

Les principaux points de l'accord gouvernemental
L'accord gouvernemental de principe conclu vendredi entre conservateurs et sociaux-démocrates propose notamment de réformer la zone euro mais aussi de limiter l'immigration en Allemagne.

Economie
Les caisses de l'Etat n'ont jamais été aussi remplies depuis la réunification et les partenaires potentiels disposent d'une marge de manoeuvre de quelque 45 milliards d'euros à répartir entre investissements et cadeaux fiscaux.
Mais l'objectif reste de conserver un budget à l'équilibre, le fameux "Schwarze Null".
Là aussi, le SPD - qui prônait une plus grande justice sociale - n'a obtenu que très partiellement gain de cause.
Sur le plan fiscal, le document précise qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôts pour les plus aisés alors que les sociaux-démocrates demandaient une hausse de 42 à 45% du taux d'imposition maximal.
L'impôt de solidarité - payé par les Allemands de l'ouest pour soutenir ceux de l'ex-RDA - sera progressivement supprimé, comme le souhaitait le SPD selon sa cheffe de groupe parlementaire, Andrea Nahles. Cela correspond à un allègement d'impôt de 10 milliards d'euros d'ici 2021.
Sur la santé, le SPD a également fait chou blanc: il visait une réduction des inégalités face à l'assurance maladie en Allemagne via la création d'une "assurance-maladie citoyenne", sorte de Sécurité sociale à laquelle tout le monde devrait cotiser. Mais au final, l'accord prévoit seulement que les employeurs participeront davantage au financement des assurances des caisses publiques.

Migration
Principal thème de discorde entre les partis dans un pays où l'extrême droite a fortement progressé aux dernières élections, les propositions de l'accord paraissent favorables aux conservateurs.
Ces derniers ont imposé de fixer une limite - chère au parti allié bavarois CSU - au nombre de demandeurs d'asile arrivant annuellement dans le pays, entre 180.000 et 220.000.
Le regroupement familial, actuellement suspendu jusqu'à fin mars, va certes pouvoir reprendre, comme l'exigeait le SPD. Mais les conservateurs ont obtenu l'instauration d'une limitation à 1.000 personnes pouvant prétendre à ce dispositif chaque mois.

Europe
En tant que première économie du continent, l'Allemagne est de longue date pressée par ses partenaires européens de sortir de son silence suite aux propositions de réformes de la France ou de la Commission européenne.
Au niveau de l'ensemble de l'UE, fragilisée par le Brexit et la montée des populismes, conservateurs et sociaux-démocrates se disent prêts à augmenter la contribution de l'Allemagne au budget européen. "Nous voulons renforcer financièrement l'UE pour qu'elle puisse mieux assurer ses tâches".
Et le document prévoit de "renforcer" et "réformer" la zone euro avec la France pour la rendre plus résistante aux crises.
Pour Lüder Gerken, politologue au Centre d'études sur la politique européenne, la future coalition envoie "un message important en direction des partenaires européens, particulièrement du président français".
Le document n'entre toutefois pas dans le détail des propositions faites par le chef de l'Etat français, Emmanuel Macron, notamment la création d'un budget de la zone euro, d'un poste de ministre des Finances de l'Union monétaire, voire d'un Parlement propre à la zone euro. Ces points seront "examinés".


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