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La dimension maghrébine dans l'œuvre de Mouloud Mammeri
D'da l'Mouloud et l'indépendance canarienne
Publié dans Le Midi Libre le 28 - 02 - 2013

En 1992 Antonio Cubillo était secrétaire général du MPAIAC (Mouvement pour l'Autodétermination et l'Indépendance de l'Archipel Canarien ), depuis 1964 date à laquelle il fonda à Alger ce mouvement. Actuellement il préside aussi un Parti Politique aux Canaries, le Congrès National de Canaries, depuis 1986.
En 1992 Antonio Cubillo était secrétaire général du MPAIAC (Mouvement pour l'Autodétermination et l'Indépendance de l'Archipel Canarien ), depuis 1964 date à laquelle il fonda à Alger ce mouvement. Actuellement il préside aussi un Parti Politique aux Canaries, le Congrès National de Canaries, depuis 1986.
Je voudrais vous parler de l'influence de Mouloud Mammeri sur un jeune mouvement de libération : le MPAIAC (Mouvement pour l'autodétermination et l'indépendance de l'archipel canarien). Je suis arrivé à Alger en octobre 1963 comme réfugié politique, après avoir posé le problème du colonialisme aux Canaries devant le FLN et avoir reçu l'autorisation de m'installer en Algérie en tant que représentant des révolutionnaires canariens. Le premier contact avec la Révolution algérienne a eu lieu à Moscou. A mon départ en exil, en juin 1962, je m'y étais rendu pour assister au Congrès de la paix, présidé par Khrouchtchev... C'est précisément ce jour-là, le 5 juillet 1962, que nous a été communiquée, dans une atmosphère, de fièvre et de joie, la naissance de la République algérienne démocratique et populaire. Nous avons applaudi vingt minutes durant, debout, avec les délégués algériens, représentants de l'une des plus grandes révolutions anticoloniales des temps modernes. Il va sans dire que les délégués algériens à Moscou m'ont invité à m'installer en Algérie car nous étions tous des Africains à part entière et la glorieuse révolution algérienne était aussi une victoire pour tous ces Africains qui combattaient le colonialisme.
(...) Mouloud m'avait invité à me rendre chez lui à Taourirt, dans sa colline des Aït - Yénni. Ce fut un voyage extraordinaire et pour la première fois, je fis connaissance avec la Kabylie par le biais d'un expert. C'était la Kabylie de 1963 qui venait de sortir d'une guerre de libération, encore pleine de foi et d'espérance en l'avenir. Par les routes de montagnes il m'expliquait les étapes de la lutte de libération, les souffrances et combats du peuple algérien, sa résistance contre le colonialisme et les caractéristiques particulières de la glorieuse lutte en Kabylie contre le colonialisme français depuis les temps de la conquête. En cours de route, apparaissaient des noms de villages et de lieux qui me rappelaient des toponymes canariens. Mouloud Mammeri m'expliquait leur signification et nous les comparions avec ceux des Canaries, et de cette manière il m'expliquait la structure de la langue tamazight. De la toponymie nous sommes passés á l'ethnographie de la société berbère, cette société qui a résisté tout au long des siècles aux diverses colonisations.
Mouloud m'a parlé alors de l'anthropologie culturelle et de I'importance que nous avions nous autres Canariens, à connaître notre passé et notre origine ancestrale. Le problème, lui dis-je, est que notre peuple, à cause du colonialisme avait perdu sa langue.
« Peu importe, me dit-il, vous êtes des Berbères même si maintenant vous ne parlez pas la langue; de prestigieux Berbères comme Donati, saint Augustin, Tertullien, Apulée, qui pourtant parlaient en latin; Septime Sévère qui devint empereur, s'exprimait également en latin et pourtant il était berbère. Ibn Khaldoun, parlait, s'exprimait et écrivait en arabe ou Kateb Yacine en français, mais cela n'empêche pas qu'ils étaient de grands penseurs berbères. Un jour viendra, quand vous serez libres et indépendants, où vous introduirez la langue des aïeux, et les nouvelles générations la parleront dans un proche avenir. Jean Amrouche disait, qu'il concevait et raisonnait en français mais qu'il ne pouvait pleurer qu'en berbère. Vous m'avez dit que vous pensez en espagnol et écrivez en cette langue, mais quand vous écoutez la musique, vous vous émouvez á l'écoute de la berceuse comme un enfant Guanche ou quand vous écoutez un chant traditionnel, votre corps danse comme un Guanche parce que ce sont des musiques du peuple Guanche, n'est-ce pas ? En Afrique du Nord nous sommes plus de 20 millions à parler tamazight, et la Tamazgha s'étend des Iles Canaries jusqu'au canal de Suez. L' important n'est pas la langue mais la conscience qu'on a d' appartenir à un peuple. Un jour on va te présenter Kateb Yacine, l'un des plus grands écrivains modernes. Il écrit en français, il ne parle pas le berbère pour diverses raisons, mais il se sent Chaoui et nous le considérons comme l'un des plus grands écrivains berbères de notre temps. Quand il reviendra en Algérie, nous allons lui enseigner le tamazight puisqu'il a déjà conscience d'appartenir à notre peuple et pense comme un Berbère. »
Quelques années plus tard, Mustapha Ben Hamou me présenta à Kateb Yacine que nous avons emmené au CRAPE pour que Mammeri réalise son souhait.
De retour à Alger, Mouloud me prêta deux de ses livres : La Colline oubliée, sa Taourirt, et une étude, Société berbère, publiée en 1938 alors qu'il avait à peine vingt ans. Cette étude était très importante pour moi puisque j' y ai trouvé de grands parallélismes, avec la société de quelques villages canariens et cet esprit de résistance qui subsiste dans le monde canarien. M. Mammeri, en se faisant ethnologue de sa propre société, met les connaissances qui l'avaient séparé de sa propre culture, au service de son peuple et par extension, au service du monde berbère. Dans ses deux livres, il découvre le rôle traditionnel de l'amusnaw, des poètes et des chanteurs de rues, dépositaires du savoir de tout un peuple tamusni. Cet amusnaw existe aussi aux Canaries, et avec ses poèmes et chants populaires, il a conservé pour les générations nouvelles, le souvenir de notre peuple Guanche et ses luttes de résistance. I1 va sans dire, qu'il m'a transmis son enthousiasme pour l' ethnologie et dés que j'ai pu, je me suis inscrit à son cours d'ethnographie de l'Afrique du Nord à l'Université d'Alger, jusqu' à obtenir le diplôme correspondant.
Ce qui m'a plu le plus chez mon ami Mouloud, après avoir lu ses deux premières œuvres, est qu'il a maintenu ses idées et ses convictions depuis sa jeunesse et qu'il a consacré toute sa vie à son peuple, qui est notre peuple à nous tous. En ce temps-là (1963), Mouloud Mammeri essayait de convaincre les responsables du ministère de I' Education Nationale Algériens, de I'importance d'enseigner la langue berbère à l' Université. Quelques-uns se rappelleront tous les problèmes qui ont surgi, car le ministère s'y refusait, affirmant que le berbère n'était pas une langue et par conséquent ne méritait pas d'être enseigné. Les amis de Mammeri et presque tous les collègues de l'Université ont entrepris une longue lutte pour arriver à faire admettre I'enseignement du berbère, en dénonçant les secteurs immobilistes. Cette lutte anti-Mammeri a fait que je me joignis à son combat et le considérai comme mien puisque j'étais moi même l'une des personnes intéressées par I'enseignement de la langue tamazight dans les universités algériennes. Nous savions que l'ancestrale langue de l'Afrique du Nord, le tamazight ou le berbère était enseignée dans presque toutes les universités européennes, aux USA et au Japon, et nous ne comprenions pas comment sur les lieux mêmes où elle se parlait en Afrique du Nord, origine de la langue et culture berbère, elle n'était ni enseignée ni étudiée. (...) Nous autres Canariens, sommes très reconnaissants à tout ce qu'avait fait Mouloud Mammeri pour nous en ces années-là. De ces envois de livres et contacts culturels surgit un grand intérêt pour tout ce qui venait de l'Algérie et de l'Afrique du Nord en général. Grâce à ces livres beaucoup d'étudiants sont aujourd'hui des professeurs africanistes. Mouloud savait ce qu'il faisait et comment cela devait se faire puisqu' il voyait très loin. Moi j'étais d'accord sur ses vues en faveur de la libération de cette partie de l'Afrique du Nord que sont les Canaries. Mouloud insistait continuellement sur la personnalité africaine et fut un grand défenseur des idées qui ont cimenté I'organisation de l' unité africaine. I1 fallait redécouvrir les cultures africaines et les ethnies pour que cette phrase du grand leader africain Massinissa « L'Afrique aux
Africains » devint une réalité. Quand, plus tard, je l'aidais dans ses travaux au CRAPE, avec d'autres amis algériens (certains se trouvent aujourd'hui ici) pour trouver beaucoup de mots Berbères qui avaient disparu du kabyle et qui par exemple se trouvaient dans ce qui reste de la langue Guanche comme efeken (temple) ou awañak (nation ou république) ou usan sufen ( bonjour ). Par ce centre d' investigation ont défilé beaucoup d'intellectuels touaregs, venus de la Libye, du Mali, du Niger, de Burkina Fasso ou du Nigeria. Peu á peu se propageait á travers l'Afrique du Nord la nouvelle qu'à Alger se préparait I'élaboration d'un dictionnaire pan-berbére, l'Amawal. Du Maroc, de Libye, du Niger et du Mafl arrivaient des personnes intéressées par les dits travaux et cela nous servait á découvrir une nouvelle solidarité ethnique qui couvrait toute l'Afrique du Nord. Cela signifie que dans toute l'Afrique du Nord et au-delà du Sahara, il y avait une culture nationale qui n'était pas du folklore, mais une série de gestes et faits culturels réalisés par un peuple divisé par des frontières et des colonisations, qui s'est maintenue tout au long des millénaires. Mammeri me disait qu'une grande partie de la musique qui, en Algérie était dite arabe, était en réalité de la musique berbère mais chantée en arabe, comme aux Canaries la musique Guanche était chantée avec des paroles espagnoles. Dans les recherches sur le terrain, Mouloud emmenait les élèves pour une vérification pratique car ce qu'il disait il le démontrait toujours. Nous vérifions ces faits et cela nous donnait une garantie intellectuelle pour renforcer nos affirmations. Ainsi donc nous avons formé des équipes dans lesquelles étaient présents des chercheurs de divers pays d'Afrique du Nord pour élaborer le Amawal.
Extrait de AWAL
(18 CAHIERS DETUDES BERBERES 1998 )
Actes du colloque
d'Alger 1992
Pour lire l'intégralité
de l'article : http://tamusni.tripod.com/mouloud-mammeri-et-l-independance-
canarienne.htm
Je voudrais vous parler de l'influence de Mouloud Mammeri sur un jeune mouvement de libération : le MPAIAC (Mouvement pour l'autodétermination et l'indépendance de l'archipel canarien). Je suis arrivé à Alger en octobre 1963 comme réfugié politique, après avoir posé le problème du colonialisme aux Canaries devant le FLN et avoir reçu l'autorisation de m'installer en Algérie en tant que représentant des révolutionnaires canariens. Le premier contact avec la Révolution algérienne a eu lieu à Moscou. A mon départ en exil, en juin 1962, je m'y étais rendu pour assister au Congrès de la paix, présidé par Khrouchtchev... C'est précisément ce jour-là, le 5 juillet 1962, que nous a été communiquée, dans une atmosphère, de fièvre et de joie, la naissance de la République algérienne démocratique et populaire. Nous avons applaudi vingt minutes durant, debout, avec les délégués algériens, représentants de l'une des plus grandes révolutions anticoloniales des temps modernes. Il va sans dire que les délégués algériens à Moscou m'ont invité à m'installer en Algérie car nous étions tous des Africains à part entière et la glorieuse révolution algérienne était aussi une victoire pour tous ces Africains qui combattaient le colonialisme.
(...) Mouloud m'avait invité à me rendre chez lui à Taourirt, dans sa colline des Aït - Yénni. Ce fut un voyage extraordinaire et pour la première fois, je fis connaissance avec la Kabylie par le biais d'un expert. C'était la Kabylie de 1963 qui venait de sortir d'une guerre de libération, encore pleine de foi et d'espérance en l'avenir. Par les routes de montagnes il m'expliquait les étapes de la lutte de libération, les souffrances et combats du peuple algérien, sa résistance contre le colonialisme et les caractéristiques particulières de la glorieuse lutte en Kabylie contre le colonialisme français depuis les temps de la conquête. En cours de route, apparaissaient des noms de villages et de lieux qui me rappelaient des toponymes canariens. Mouloud Mammeri m'expliquait leur signification et nous les comparions avec ceux des Canaries, et de cette manière il m'expliquait la structure de la langue tamazight. De la toponymie nous sommes passés á l'ethnographie de la société berbère, cette société qui a résisté tout au long des siècles aux diverses colonisations.
Mouloud m'a parlé alors de l'anthropologie culturelle et de I'importance que nous avions nous autres Canariens, à connaître notre passé et notre origine ancestrale. Le problème, lui dis-je, est que notre peuple, à cause du colonialisme avait perdu sa langue.
« Peu importe, me dit-il, vous êtes des Berbères même si maintenant vous ne parlez pas la langue; de prestigieux Berbères comme Donati, saint Augustin, Tertullien, Apulée, qui pourtant parlaient en latin; Septime Sévère qui devint empereur, s'exprimait également en latin et pourtant il était berbère. Ibn Khaldoun, parlait, s'exprimait et écrivait en arabe ou Kateb Yacine en français, mais cela n'empêche pas qu'ils étaient de grands penseurs berbères. Un jour viendra, quand vous serez libres et indépendants, où vous introduirez la langue des aïeux, et les nouvelles générations la parleront dans un proche avenir. Jean Amrouche disait, qu'il concevait et raisonnait en français mais qu'il ne pouvait pleurer qu'en berbère. Vous m'avez dit que vous pensez en espagnol et écrivez en cette langue, mais quand vous écoutez la musique, vous vous émouvez á l'écoute de la berceuse comme un enfant Guanche ou quand vous écoutez un chant traditionnel, votre corps danse comme un Guanche parce que ce sont des musiques du peuple Guanche, n'est-ce pas ? En Afrique du Nord nous sommes plus de 20 millions à parler tamazight, et la Tamazgha s'étend des Iles Canaries jusqu'au canal de Suez. L' important n'est pas la langue mais la conscience qu'on a d' appartenir à un peuple. Un jour on va te présenter Kateb Yacine, l'un des plus grands écrivains modernes. Il écrit en français, il ne parle pas le berbère pour diverses raisons, mais il se sent Chaoui et nous le considérons comme l'un des plus grands écrivains berbères de notre temps. Quand il reviendra en Algérie, nous allons lui enseigner le tamazight puisqu'il a déjà conscience d'appartenir à notre peuple et pense comme un Berbère. »
Quelques années plus tard, Mustapha Ben Hamou me présenta à Kateb Yacine que nous avons emmené au CRAPE pour que Mammeri réalise son souhait.
De retour à Alger, Mouloud me prêta deux de ses livres : La Colline oubliée, sa Taourirt, et une étude, Société berbère, publiée en 1938 alors qu'il avait à peine vingt ans. Cette étude était très importante pour moi puisque j' y ai trouvé de grands parallélismes, avec la société de quelques villages canariens et cet esprit de résistance qui subsiste dans le monde canarien. M. Mammeri, en se faisant ethnologue de sa propre société, met les connaissances qui l'avaient séparé de sa propre culture, au service de son peuple et par extension, au service du monde berbère. Dans ses deux livres, il découvre le rôle traditionnel de l'amusnaw, des poètes et des chanteurs de rues, dépositaires du savoir de tout un peuple tamusni. Cet amusnaw existe aussi aux Canaries, et avec ses poèmes et chants populaires, il a conservé pour les générations nouvelles, le souvenir de notre peuple Guanche et ses luttes de résistance. I1 va sans dire, qu'il m'a transmis son enthousiasme pour l' ethnologie et dés que j'ai pu, je me suis inscrit à son cours d'ethnographie de l'Afrique du Nord à l'Université d'Alger, jusqu' à obtenir le diplôme correspondant.
Ce qui m'a plu le plus chez mon ami Mouloud, après avoir lu ses deux premières œuvres, est qu'il a maintenu ses idées et ses convictions depuis sa jeunesse et qu'il a consacré toute sa vie à son peuple, qui est notre peuple à nous tous. En ce temps-là (1963), Mouloud Mammeri essayait de convaincre les responsables du ministère de I' Education Nationale Algériens, de I'importance d'enseigner la langue berbère à l' Université. Quelques-uns se rappelleront tous les problèmes qui ont surgi, car le ministère s'y refusait, affirmant que le berbère n'était pas une langue et par conséquent ne méritait pas d'être enseigné. Les amis de Mammeri et presque tous les collègues de l'Université ont entrepris une longue lutte pour arriver à faire admettre I'enseignement du berbère, en dénonçant les secteurs immobilistes. Cette lutte anti-Mammeri a fait que je me joignis à son combat et le considérai comme mien puisque j'étais moi même l'une des personnes intéressées par I'enseignement de la langue tamazight dans les universités algériennes. Nous savions que l'ancestrale langue de l'Afrique du Nord, le tamazight ou le berbère était enseignée dans presque toutes les universités européennes, aux USA et au Japon, et nous ne comprenions pas comment sur les lieux mêmes où elle se parlait en Afrique du Nord, origine de la langue et culture berbère, elle n'était ni enseignée ni étudiée. (...) Nous autres Canariens, sommes très reconnaissants à tout ce qu'avait fait Mouloud Mammeri pour nous en ces années-là. De ces envois de livres et contacts culturels surgit un grand intérêt pour tout ce qui venait de l'Algérie et de l'Afrique du Nord en général. Grâce à ces livres beaucoup d'étudiants sont aujourd'hui des professeurs africanistes. Mouloud savait ce qu'il faisait et comment cela devait se faire puisqu' il voyait très loin. Moi j'étais d'accord sur ses vues en faveur de la libération de cette partie de l'Afrique du Nord que sont les Canaries. Mouloud insistait continuellement sur la personnalité africaine et fut un grand défenseur des idées qui ont cimenté I'organisation de l' unité africaine. I1 fallait redécouvrir les cultures africaines et les ethnies pour que cette phrase du grand leader africain Massinissa « L'Afrique aux
Africains » devint une réalité. Quand, plus tard, je l'aidais dans ses travaux au CRAPE, avec d'autres amis algériens (certains se trouvent aujourd'hui ici) pour trouver beaucoup de mots Berbères qui avaient disparu du kabyle et qui par exemple se trouvaient dans ce qui reste de la langue Guanche comme efeken (temple) ou awañak (nation ou république) ou usan sufen ( bonjour ). Par ce centre d' investigation ont défilé beaucoup d'intellectuels touaregs, venus de la Libye, du Mali, du Niger, de Burkina Fasso ou du Nigeria. Peu á peu se propageait á travers l'Afrique du Nord la nouvelle qu'à Alger se préparait I'élaboration d'un dictionnaire pan-berbére, l'Amawal. Du Maroc, de Libye, du Niger et du Mafl arrivaient des personnes intéressées par les dits travaux et cela nous servait á découvrir une nouvelle solidarité ethnique qui couvrait toute l'Afrique du Nord. Cela signifie que dans toute l'Afrique du Nord et au-delà du Sahara, il y avait une culture nationale qui n'était pas du folklore, mais une série de gestes et faits culturels réalisés par un peuple divisé par des frontières et des colonisations, qui s'est maintenue tout au long des millénaires. Mammeri me disait qu'une grande partie de la musique qui, en Algérie était dite arabe, était en réalité de la musique berbère mais chantée en arabe, comme aux Canaries la musique Guanche était chantée avec des paroles espagnoles. Dans les recherches sur le terrain, Mouloud emmenait les élèves pour une vérification pratique car ce qu'il disait il le démontrait toujours. Nous vérifions ces faits et cela nous donnait une garantie intellectuelle pour renforcer nos affirmations. Ainsi donc nous avons formé des équipes dans lesquelles étaient présents des chercheurs de divers pays d'Afrique du Nord pour élaborer le Amawal.
Extrait de AWAL
(18 CAHIERS DETUDES BERBERES 1998 )
Actes du colloque
d'Alger 1992
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canarienne.htm


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