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La nostalgie en bandoulière
Musique, Souad Massi
Publié dans Le Midi Libre le 19 - 09 - 2007

C'est à une sorte de conception personnelle du blues qu'elle a liée étroitement à sa propre histoire : celle d'une artiste algérienne que tout poussait à l'échange et que les tristes réalités de son pays l'ont conduites à l'exil.
C'est à une sorte de conception personnelle du blues qu'elle a liée étroitement à sa propre histoire : celle d'une artiste algérienne que tout poussait à l'échange et que les tristes réalités de son pays l'ont conduites à l'exil.
S'il existe des artistes typiques de l'esprit «World», Souad Massi mérite d'être citée parmi les premiers d'entre eux
Reconnue dans le monde entier, sa musique parvient à marier sans artifice les traditions arabo-andalouses à la pop et au folk anglo-saxon. Décidément, c'est à une sorte de conception personnelle du blues qu'elle a liée étroitement à sa propre histoire : celle d'une artiste algérienne que tout poussait à l'échange et que les tristes réalités de son pays l'ont conduites à l'exil.
C'est à Bab-El-Oued, le quartier le plus populaire et le plus modeste d'Alger, que grandit Souad Massi dans les années 70. Ses parents sont des passionnés de musique qui écoutent aussi bien de la musique traditionnelle algérienne que de la variété française ou de la soul music. Elle a aussi la chance de compter plusieurs jazzmen dans sa famille. C'est tout naturellement qu'elle apprend la guitare à l'Ecole des Beaux Arts d'Alger, se formant aux techniques du chaâbi, du flamenco et des arpèges classiques. Mais pour les mentalités conservatrices de ses contemporains, cette passion est mal perçue, d'autant plus que Souad Massi entend vivre comme une femme moderne, libérée du patriarcat traditionnel.
Dès 1989, elle accompagne le groupe de flamenco Triana d'Alger avec lequel elle fait des spectacles et des apparitions à la télévision algérienne. Mais dans ces années noires de l'Algérie (94-96), rien n'est facile pour les artistes avec le couvre-feu : moins de lieux pour se produire et les salles de spectacles qui ferment les unes après les autres. Souad est alors découragée et prête à délaisser sa carrière.
Heureusement, ayant suivi les conseils de sa mère, elle passe son Bac et obtient un diplôme d'Etat d'urbanisme. Elle commence à travailler dans un bureau d'études d'urbanisme tout en écrivant et composant ses propres chansons, des poèmes d'amour souvent tristes.
Elle qui adore le folk, la country, Kenny Rogers et Stevie Wonder est contactée par le groupe de rock algérois, tendance hard, Atakor. En pleine crise d'adolescence, elle devient la guitariste égérie du groupe, découvre AC/DC et Metallica, apprend le rock, la pop et joue dans les festivals. Le groupe sort une première cassette en 1997 qui atteint des records de ventes. Ce passage dans Atakor sera la thérapie dont Souad a besoin pour revenir à ses premiers amours musicaux.
Mais les affaires se compliquent pour Souad qui n'arrive pas à concilier vie professionnelle (elle continue de travailler dans son cabinet d'urbanisme) et carrière artistique. Elle décide donc de quitter sa carrière d'ingénieur.
Lorsque la chanteuse fait paraître sa première cassette en solo, en 1998, elle n'est pas une inconnue. Sa cassette renferme six titres où elle revient à la country music. Une œuvre intimiste, à l'ambiance très folk et d'où se dégage le titre «Bye Bye My Love» aux couleurs des marigots de la Louisiane, ballade country de haut vol chantée en arabe et anglais.
Revenant à des climats plus adoucis, elle distille déjà la mixture folk qui la rendra célèbre : on y trouve des influences flamenco, salsa, country... et même un clin d'œil à Elton John!
Programmée en France au cours du festival Femmes d'Algérie, au cours des nuits du Ramadan de 1999, elle est remarquée par un directeur artistique d'Universal, qui décide de la signer immédiatement.
Dès lors, installée en France, elle va bénéficier d'un succès de plus en plus important.
Elle sort l'inaugural «Raoui» (Le conteur) sort en mars 2001, objet musical tout en douceurs et angoisses, enraciné dans les tourments de l'Algérie et les plaisirs mélodiques de l'Occident. En quinze jours, elle enregistre dans les conditions du live ce premier album avec la complicité du producteur Bob Coke qui a notamment travaillé avec Ben Harper. Naviguant entre rock et traditions, cet album révèle au grand public une artiste qui aborde des styles aussi éloignés que le chaâbi et le folk rock américain, mélangeant instruments électriques et acoustiques aux mélopées qu'elle chante de sa voix pure et bouleversante.
Puis poursuit son ascension avec «Deb» en 2003, qui fait d'elle une star internationale. Ce deuxième album est un mélange des univers musicaux qui ont baigné sa carrière. Musique arabo-andalouse, chaâbi, rock, folk sont toujours présents, mais Souad modernise cette fois-ci sa world music et cet album devrait lui permettre une véritable reconnaissance internationale, notamment dans les pays anglo-saxons où «Raoui», son premier album a été très bien accueilli. Depuis on l'a surnomme «la Tracy Chapman du Monde arabe».
Sans s'écarter de son style folk exigeant, elle a su conquérir un large public grâce à des duos avec Florent Pagny ou Ismael Lô.
A travers les thèmes de l'exil et de la rupture, l'album «Mesk Elil», paru en 2005, confirme la sensibilité à fleur de peau de son interprète, et son sens inné de la mélodie qui vous vole des larmes gracieusement. Mais, si la nostalgie reste en tête des sentiments exprimés dans «Mesk Elil», Souad Massi s'affranchit aussi de son image de chanteuse folk fragile.
Elle fait le tour de ses racines, arabo-andalouses «Denia Wezmen», chaabi «Kilyoum», légèrement raï roots «Khalouni» et évoque la musique touareg avec le tubesque «Ilham». Sa voix, portée par des guitares corrosives, y prend des accents rugueux qui nous surprennent autant qu'ils nous séduisent. Ailleurs, elle reçoit Daby Touré et Pascal Danaé pour de convaincants duos.
C'est sur fond de polémique concernant son refus de chanter en Israël que Souad Massi a terminé sa tournée du Monde arabe, ce 27 juin, à Ramallah, en Palestine occupée. Après six longues années de concerts non-stop, «la world diva» s'octroie enfin du répit.
Si ses chansons la rendent très populaires auprès de la jeunesse algérienne, son retour en Algérie n'est pas encore au programme, pour des raisons qu'on ignore, Elle confie à un quotidien marocain que «Alger est censée être la capitale culturelle arabe de cette année, pourtant j'ai été très triste par rapport au public algérien, que de nombreux concerts en Algérie ont été annulés et sans aucune explication.»
Pourtant, Souad Massi a largement marqué les cœurs et les esprits et a mérité sa place au zénith. Dans un milieu exigeant et sans vergogne, elle a su garder la tête froide, et porter le message, au-delà des frontières, d'une Algérie capable de renaître de ses cendres.
S'il existe des artistes typiques de l'esprit «World», Souad Massi mérite d'être citée parmi les premiers d'entre eux
Reconnue dans le monde entier, sa musique parvient à marier sans artifice les traditions arabo-andalouses à la pop et au folk anglo-saxon. Décidément, c'est à une sorte de conception personnelle du blues qu'elle a liée étroitement à sa propre histoire : celle d'une artiste algérienne que tout poussait à l'échange et que les tristes réalités de son pays l'ont conduites à l'exil.
C'est à Bab-El-Oued, le quartier le plus populaire et le plus modeste d'Alger, que grandit Souad Massi dans les années 70. Ses parents sont des passionnés de musique qui écoutent aussi bien de la musique traditionnelle algérienne que de la variété française ou de la soul music. Elle a aussi la chance de compter plusieurs jazzmen dans sa famille. C'est tout naturellement qu'elle apprend la guitare à l'Ecole des Beaux Arts d'Alger, se formant aux techniques du chaâbi, du flamenco et des arpèges classiques. Mais pour les mentalités conservatrices de ses contemporains, cette passion est mal perçue, d'autant plus que Souad Massi entend vivre comme une femme moderne, libérée du patriarcat traditionnel.
Dès 1989, elle accompagne le groupe de flamenco Triana d'Alger avec lequel elle fait des spectacles et des apparitions à la télévision algérienne. Mais dans ces années noires de l'Algérie (94-96), rien n'est facile pour les artistes avec le couvre-feu : moins de lieux pour se produire et les salles de spectacles qui ferment les unes après les autres. Souad est alors découragée et prête à délaisser sa carrière.
Heureusement, ayant suivi les conseils de sa mère, elle passe son Bac et obtient un diplôme d'Etat d'urbanisme. Elle commence à travailler dans un bureau d'études d'urbanisme tout en écrivant et composant ses propres chansons, des poèmes d'amour souvent tristes.
Elle qui adore le folk, la country, Kenny Rogers et Stevie Wonder est contactée par le groupe de rock algérois, tendance hard, Atakor. En pleine crise d'adolescence, elle devient la guitariste égérie du groupe, découvre AC/DC et Metallica, apprend le rock, la pop et joue dans les festivals. Le groupe sort une première cassette en 1997 qui atteint des records de ventes. Ce passage dans Atakor sera la thérapie dont Souad a besoin pour revenir à ses premiers amours musicaux.
Mais les affaires se compliquent pour Souad qui n'arrive pas à concilier vie professionnelle (elle continue de travailler dans son cabinet d'urbanisme) et carrière artistique. Elle décide donc de quitter sa carrière d'ingénieur.
Lorsque la chanteuse fait paraître sa première cassette en solo, en 1998, elle n'est pas une inconnue. Sa cassette renferme six titres où elle revient à la country music. Une œuvre intimiste, à l'ambiance très folk et d'où se dégage le titre «Bye Bye My Love» aux couleurs des marigots de la Louisiane, ballade country de haut vol chantée en arabe et anglais.
Revenant à des climats plus adoucis, elle distille déjà la mixture folk qui la rendra célèbre : on y trouve des influences flamenco, salsa, country... et même un clin d'œil à Elton John!
Programmée en France au cours du festival Femmes d'Algérie, au cours des nuits du Ramadan de 1999, elle est remarquée par un directeur artistique d'Universal, qui décide de la signer immédiatement.
Dès lors, installée en France, elle va bénéficier d'un succès de plus en plus important.
Elle sort l'inaugural «Raoui» (Le conteur) sort en mars 2001, objet musical tout en douceurs et angoisses, enraciné dans les tourments de l'Algérie et les plaisirs mélodiques de l'Occident. En quinze jours, elle enregistre dans les conditions du live ce premier album avec la complicité du producteur Bob Coke qui a notamment travaillé avec Ben Harper. Naviguant entre rock et traditions, cet album révèle au grand public une artiste qui aborde des styles aussi éloignés que le chaâbi et le folk rock américain, mélangeant instruments électriques et acoustiques aux mélopées qu'elle chante de sa voix pure et bouleversante.
Puis poursuit son ascension avec «Deb» en 2003, qui fait d'elle une star internationale. Ce deuxième album est un mélange des univers musicaux qui ont baigné sa carrière. Musique arabo-andalouse, chaâbi, rock, folk sont toujours présents, mais Souad modernise cette fois-ci sa world music et cet album devrait lui permettre une véritable reconnaissance internationale, notamment dans les pays anglo-saxons où «Raoui», son premier album a été très bien accueilli. Depuis on l'a surnomme «la Tracy Chapman du Monde arabe».
Sans s'écarter de son style folk exigeant, elle a su conquérir un large public grâce à des duos avec Florent Pagny ou Ismael Lô.
A travers les thèmes de l'exil et de la rupture, l'album «Mesk Elil», paru en 2005, confirme la sensibilité à fleur de peau de son interprète, et son sens inné de la mélodie qui vous vole des larmes gracieusement. Mais, si la nostalgie reste en tête des sentiments exprimés dans «Mesk Elil», Souad Massi s'affranchit aussi de son image de chanteuse folk fragile.
Elle fait le tour de ses racines, arabo-andalouses «Denia Wezmen», chaabi «Kilyoum», légèrement raï roots «Khalouni» et évoque la musique touareg avec le tubesque «Ilham». Sa voix, portée par des guitares corrosives, y prend des accents rugueux qui nous surprennent autant qu'ils nous séduisent. Ailleurs, elle reçoit Daby Touré et Pascal Danaé pour de convaincants duos.
C'est sur fond de polémique concernant son refus de chanter en Israël que Souad Massi a terminé sa tournée du Monde arabe, ce 27 juin, à Ramallah, en Palestine occupée. Après six longues années de concerts non-stop, «la world diva» s'octroie enfin du répit.
Si ses chansons la rendent très populaires auprès de la jeunesse algérienne, son retour en Algérie n'est pas encore au programme, pour des raisons qu'on ignore, Elle confie à un quotidien marocain que «Alger est censée être la capitale culturelle arabe de cette année, pourtant j'ai été très triste par rapport au public algérien, que de nombreux concerts en Algérie ont été annulés et sans aucune explication.»
Pourtant, Souad Massi a largement marqué les cœurs et les esprits et a mérité sa place au zénith. Dans un milieu exigeant et sans vergogne, elle a su garder la tête froide, et porter le message, au-delà des frontières, d'une Algérie capable de renaître de ses cendres.


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