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La politique spectacle, le pouvoir des images
Le Starkozysme
Publié dans Le Midi Libre le 25 - 03 - 2008

Les auteurs parlent d'un Sarkozy doté du don d'ubiquité, occupant tous les postes, qui envahit le présent. Il rejette le passé mais se drape dans l'Histoire. Il affiche ses "valeurs" mais prend ses références à l'adversaire...
Les auteurs parlent d'un Sarkozy doté du don d'ubiquité, occupant tous les postes, qui envahit le présent. Il rejette le passé mais se drape dans l'Histoire. Il affiche ses "valeurs" mais prend ses références à l'adversaire...
Deux auteurs français, Olivier Duhamel et Michel Field, viennent de publier un livre intitulé le Starkozysme. Une analyse fine et précise dans laquelle les auteurs montrent un président français présent sur tous les fronts, et qui joue de la caméra comme les stars du show business. En gros, les auteurs parlent d'un Sarkozy doté du don d'ubiquité, occupant tous les postes, qui envahit le présent. Il rejette le passé mais se drape dans l'Histoire. Il affiche ses "valeurs" mais prend ses références à l'adversaire... Nicolas Sarkozy se met en scène, sur le devant de la scène. De la vie politique, il fait un spectacle permanent. Art du politique à l'ère des écrans, le starkozysme mérite doublement examen. Il représente l'essence du sarkozysme, de ce qu'il ajoute au bonapartisme. Il offre, encore mieux que Clinton et Blair, un cas d'école de la nouvelle vidéocratie. Olivier Duhamel et Michel Field nous en livrent une première analyse profonde et subtile. Pour le plaisir des lecteurs de l'Hexagone, ils le font avec intelligence et humour.
La vidéocratie, c'est quoi, sinon ce pouvoir des images véhiculées par le petit écran. Les Américains sont passés maîtres dans ce système. Il n'y a qu'à voir les primaires américaines, qui opposent actuellement les candidats démocrates, Hillary Clinton et Barak Obama. Meetings, débats télévisés, affiches, banderoles, confettis, soirées de bienfaisance pour récolter des fonds, sur fond de ralliement des stars de la politique et du show business. Si Arnold Schwarzenegger soutient MacCain, parce qu'il est républicain, sa femme, dont la plastique n'a rien à envier à celle des stars d'Hollywood, vient soutenir publiquement Barak Obama, l'immigré kenyan dont les parents étaient musulmans.
Un néologisme : le starkozysme, comme vous pouvez le déduire vous-même, est construit à partir des mots stars et Sarkozy.
L'usage excessif du «je»
Les modèles sont d'un côté français : il s'agit de de Gaulle et de Bonaparte, pour l'usage excessif qu'il fait du «Je». Et sa façon de gouverner. Les premiers mois de son «règne» ont montré un président sur tous les fronts, accaparant tous les dossiers : réforme des retraites, heures supplémentaires, relations de travail, et jouant les VIP en Chine, au Maroc, en Algérie, lançant des projets nouveaux comme celui de l'Union méditerranéenne. Avant lui, les présidents disaient : «Il faut. Il n'y a qu'à …. » Mais lui dit : «je vais faire. J'ai décidé». Les électeurs français qui ont vu dans cette façon de faire un signe d'efficacité, de pragmatisme, de volontarisme, ont voté pour lui à une forte majorité, le préférant à sa rivale socialiste Ségolène Royal.
A ce bonapartisme d'un nouveau genre, Sarkozy a ajouté ce que les médias modernes de communication lui offraient: le star système. La pipolisation : sa vie privée, étalée à la une des magazines people : Paris Match ; Gala, Voici, VSD, le JDD… Et un procès en diffamation contre le site Internet du Nouvel Observateur, qui a publié un SMS supposé envoyé à Cécilia : «Si tu reviens, j'annule tout». Sur les traces de Bill Clinton et de Tony Blair. L'ex-président américain et l'ex-chef travailliste sont, en effet, les modèles de Nicolas Sarkozy, mais lui va encore plus loin. Si Bill Clinton a eu quelque mal à gérer la relation qu'il a entretenue avec Monica Lewinsky, une stagiaire à la maison Blanche, Nicolas Sarkozy a battu tous les records de pipolisation avec l'ancienne première dame de France, Cecilia. Pour faire leur livre, les auteurs sont partis d'une photo et d'une phrase : La photo : celle de Nicolas Sarkozy à cheval et une charretée de journalistes et de reporters photographes le suivant à la trace.
La phrase, celle de Sarkozy déclarant «J'ai voulu les promener.» Cela commence par la bal(l)ade du Gardian «- Sarkozy à cheval en Camargue à la toute fin de la campagne, "promenant" un essaim de journalistes et de photographes sur la remorque d'un tracteur ; la photo est dans le livre et elle dit tout.»
Le retour du béton
L'idée est simple, il s'agit de donner du grain à moudre à la meute de journalistes et de paparazzis. On avait eu un avant-goût de cette méthode ici même à Alger, à la résidence de l'ambassade de France, à El Biar, à une encablure des élections présidentielles françaises : Un Nicolas Sarkozy ne se déplaçant pas sans sa cohorte de reporters, formant autour de lui une ceinture lumineuse de caméras et de projecteurs, à tel point qu'on n‘arrivait pas à distinguer qui étaient ses gardes du corps et qui étaient les journalistes.
«Il parle et sa parole vaut action.»
Le retour du bâton, c'est lorsque Nicolas Sarkozy estime qu'au lieu de le servir, certaines images peuvent lui faire du tort. C'est ce qui s'est passé avec Paris Match, appartenant à son ami Lagardère. Le directeur de rédaction de Paris Match avait été débarqué pour avoir osé publier les photos de Cecilia Sarkozy avec son amant. Il y a donc à la base de tout cela la proximité de Sarkozy avec les patrons des grands médias en France, ceux qu'on appelle les magnats de la presse, qui ont bâti des empires et dirigent de grands groupes de communication, à l'instar de Lagardère ou de Bouygues, patron de TF1. Cela veut dire que cette tendance à la vidéocratie n'est pas venue comme ça, par hasard: Nicolas Sarkozy a tout planifié, tout prémédité. Ses amitiés avec les magnats des medias n'est pas nouvelle, elle remonte à très longtemps dans le temps. Depuis que très jeune il avait été élu maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy n'a jamais cessé de se voir, de se rêver en président, en locataire de l'Elysée. Ce qui est nouveau en France, dans ce pays où règne une certaine pudeur et le respect quasi religieux de la fonction présidentielle, Sarkozy va faire de sa vie un spectacle pour tous les Français, et même pour les citoyens du monde. Là où Mitterrand cachait l'existence de sa fille, protégée par tous les moyens de l'Etat français, Sarkozy au contraire va étaler au grand jour sa vie privée, avec Cecilia d'abord, avec Carla ensuite. Le voyage de Sarkozy en Egypte n'a rien à envier à ceux de Diana et de Dody El Fayed, ni à ceux des têtes couronnées d'Europe, de Grâce de Monaco au Prince de Galles.
Une option et des déboires
Et puis il y a les points de presse hebdomadaire, du porte-parole de l'Elysée, David Martinon, le protégé de Cécilia, à la manière américaine. Beaucoup d'analystes estiment que la fonction présidentielle a changé d'une façon irréversible, et que ce ne sera jamais plus comme avant. Déjà la réduction du mandat présidentiel à cinq ans, pour le faire coïncider avec celui des députés, fait du président le chef de la majorité, rôle qui était jusque-là dévolu au Premier ministre.
Néanmoins, il faut tenir avec la réalité du terrain, et la réalité, c'est la chute dans les sondages et la déculottée de la droite aux élections municipales, au profit du parti socialiste. C'est un sérieux avertissement qui a été donné au locataire de l'Elysée. D'autres déboires sont venus mettre un bémol à ce volontarisme tout élyséen : l'inflation, la résistance de Angela Merkel à son projet d'Union méditerranéenne, mais comme tout félin, Nicolas Sarkozy sait retomber sur ses pieds, et il ne fait pas l'ombre d'un doute qu'il saura rebondir. Déjà, en procédant à un léger remaniement ministériel, il montre qu'il a écouté le signal envoyé par les électeurs. Mais cela ne veut pas dire qu'il va mettre un terme à la spectacularisation de sa fonction. Il n'y a qu'à voir comment Carla, désormais première dame de France, mais aussi Rachida Dati, se sont mises sur leur 31 pour la soirée donnée en l'honneur de Shimon Perez : de vraies stars d'Hollywood.
L'ère de la vidéocratie
C'est-à-dire qu'on le veuille ou non, pour suivre l'actualité française, il ne faut plus se contenter de lire des journaux sérieux comme Le Monde ou des hebdomadiers d'analyse comme l'Express : désormais, il faut se tenir au courant de ce qui se publie dans la presse people. Malgré le recentrage opéré par Nicolas Sarkozy, on voit bien qu'il ne peut pas se passer de cette presse, ni de l'usage qu'il fait des médias. C'est un style et il ne peut pas changer, parce que cela fait partie de sa personnalité. Au point que de nombreux analystes se disent aujourd'hui en France que cette vidéocratie a fini par s'imposer en France et qu'on ne pourra pas revenir en arrière. Nicolas Sarkozy, qui fréquente les plateaux de télé depuis sa tendre enfance, a compris l'avantage qu'il peut tirer des médias, et les journalistes se prêtent volontiers à ce jeu. Il y a donc un intérêt commun à Sarkozy et aux médias à continuer à aller dans ce sens. Nicolas Sarkozy y trouve son compte, et les médias ne boudent pas leur plaisir. En quelque sorte, le chef de l'Etat français, qui est entouré d'une cohorte de conseillers à la communication, donne aux journaux ce qu'ils veulent. Il leur mâche le travail.
Deux auteurs français, Olivier Duhamel et Michel Field, viennent de publier un livre intitulé le Starkozysme. Une analyse fine et précise dans laquelle les auteurs montrent un président français présent sur tous les fronts, et qui joue de la caméra comme les stars du show business. En gros, les auteurs parlent d'un Sarkozy doté du don d'ubiquité, occupant tous les postes, qui envahit le présent. Il rejette le passé mais se drape dans l'Histoire. Il affiche ses "valeurs" mais prend ses références à l'adversaire... Nicolas Sarkozy se met en scène, sur le devant de la scène. De la vie politique, il fait un spectacle permanent. Art du politique à l'ère des écrans, le starkozysme mérite doublement examen. Il représente l'essence du sarkozysme, de ce qu'il ajoute au bonapartisme. Il offre, encore mieux que Clinton et Blair, un cas d'école de la nouvelle vidéocratie. Olivier Duhamel et Michel Field nous en livrent une première analyse profonde et subtile. Pour le plaisir des lecteurs de l'Hexagone, ils le font avec intelligence et humour.
La vidéocratie, c'est quoi, sinon ce pouvoir des images véhiculées par le petit écran. Les Américains sont passés maîtres dans ce système. Il n'y a qu'à voir les primaires américaines, qui opposent actuellement les candidats démocrates, Hillary Clinton et Barak Obama. Meetings, débats télévisés, affiches, banderoles, confettis, soirées de bienfaisance pour récolter des fonds, sur fond de ralliement des stars de la politique et du show business. Si Arnold Schwarzenegger soutient MacCain, parce qu'il est républicain, sa femme, dont la plastique n'a rien à envier à celle des stars d'Hollywood, vient soutenir publiquement Barak Obama, l'immigré kenyan dont les parents étaient musulmans.
Un néologisme : le starkozysme, comme vous pouvez le déduire vous-même, est construit à partir des mots stars et Sarkozy.
L'usage excessif du «je»
Les modèles sont d'un côté français : il s'agit de de Gaulle et de Bonaparte, pour l'usage excessif qu'il fait du «Je». Et sa façon de gouverner. Les premiers mois de son «règne» ont montré un président sur tous les fronts, accaparant tous les dossiers : réforme des retraites, heures supplémentaires, relations de travail, et jouant les VIP en Chine, au Maroc, en Algérie, lançant des projets nouveaux comme celui de l'Union méditerranéenne. Avant lui, les présidents disaient : «Il faut. Il n'y a qu'à …. » Mais lui dit : «je vais faire. J'ai décidé». Les électeurs français qui ont vu dans cette façon de faire un signe d'efficacité, de pragmatisme, de volontarisme, ont voté pour lui à une forte majorité, le préférant à sa rivale socialiste Ségolène Royal.
A ce bonapartisme d'un nouveau genre, Sarkozy a ajouté ce que les médias modernes de communication lui offraient: le star système. La pipolisation : sa vie privée, étalée à la une des magazines people : Paris Match ; Gala, Voici, VSD, le JDD… Et un procès en diffamation contre le site Internet du Nouvel Observateur, qui a publié un SMS supposé envoyé à Cécilia : «Si tu reviens, j'annule tout». Sur les traces de Bill Clinton et de Tony Blair. L'ex-président américain et l'ex-chef travailliste sont, en effet, les modèles de Nicolas Sarkozy, mais lui va encore plus loin. Si Bill Clinton a eu quelque mal à gérer la relation qu'il a entretenue avec Monica Lewinsky, une stagiaire à la maison Blanche, Nicolas Sarkozy a battu tous les records de pipolisation avec l'ancienne première dame de France, Cecilia. Pour faire leur livre, les auteurs sont partis d'une photo et d'une phrase : La photo : celle de Nicolas Sarkozy à cheval et une charretée de journalistes et de reporters photographes le suivant à la trace.
La phrase, celle de Sarkozy déclarant «J'ai voulu les promener.» Cela commence par la bal(l)ade du Gardian «- Sarkozy à cheval en Camargue à la toute fin de la campagne, "promenant" un essaim de journalistes et de photographes sur la remorque d'un tracteur ; la photo est dans le livre et elle dit tout.»
Le retour du béton
L'idée est simple, il s'agit de donner du grain à moudre à la meute de journalistes et de paparazzis. On avait eu un avant-goût de cette méthode ici même à Alger, à la résidence de l'ambassade de France, à El Biar, à une encablure des élections présidentielles françaises : Un Nicolas Sarkozy ne se déplaçant pas sans sa cohorte de reporters, formant autour de lui une ceinture lumineuse de caméras et de projecteurs, à tel point qu'on n‘arrivait pas à distinguer qui étaient ses gardes du corps et qui étaient les journalistes.
«Il parle et sa parole vaut action.»
Le retour du bâton, c'est lorsque Nicolas Sarkozy estime qu'au lieu de le servir, certaines images peuvent lui faire du tort. C'est ce qui s'est passé avec Paris Match, appartenant à son ami Lagardère. Le directeur de rédaction de Paris Match avait été débarqué pour avoir osé publier les photos de Cecilia Sarkozy avec son amant. Il y a donc à la base de tout cela la proximité de Sarkozy avec les patrons des grands médias en France, ceux qu'on appelle les magnats de la presse, qui ont bâti des empires et dirigent de grands groupes de communication, à l'instar de Lagardère ou de Bouygues, patron de TF1. Cela veut dire que cette tendance à la vidéocratie n'est pas venue comme ça, par hasard: Nicolas Sarkozy a tout planifié, tout prémédité. Ses amitiés avec les magnats des medias n'est pas nouvelle, elle remonte à très longtemps dans le temps. Depuis que très jeune il avait été élu maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy n'a jamais cessé de se voir, de se rêver en président, en locataire de l'Elysée. Ce qui est nouveau en France, dans ce pays où règne une certaine pudeur et le respect quasi religieux de la fonction présidentielle, Sarkozy va faire de sa vie un spectacle pour tous les Français, et même pour les citoyens du monde. Là où Mitterrand cachait l'existence de sa fille, protégée par tous les moyens de l'Etat français, Sarkozy au contraire va étaler au grand jour sa vie privée, avec Cecilia d'abord, avec Carla ensuite. Le voyage de Sarkozy en Egypte n'a rien à envier à ceux de Diana et de Dody El Fayed, ni à ceux des têtes couronnées d'Europe, de Grâce de Monaco au Prince de Galles.
Une option et des déboires
Et puis il y a les points de presse hebdomadaire, du porte-parole de l'Elysée, David Martinon, le protégé de Cécilia, à la manière américaine. Beaucoup d'analystes estiment que la fonction présidentielle a changé d'une façon irréversible, et que ce ne sera jamais plus comme avant. Déjà la réduction du mandat présidentiel à cinq ans, pour le faire coïncider avec celui des députés, fait du président le chef de la majorité, rôle qui était jusque-là dévolu au Premier ministre.
Néanmoins, il faut tenir avec la réalité du terrain, et la réalité, c'est la chute dans les sondages et la déculottée de la droite aux élections municipales, au profit du parti socialiste. C'est un sérieux avertissement qui a été donné au locataire de l'Elysée. D'autres déboires sont venus mettre un bémol à ce volontarisme tout élyséen : l'inflation, la résistance de Angela Merkel à son projet d'Union méditerranéenne, mais comme tout félin, Nicolas Sarkozy sait retomber sur ses pieds, et il ne fait pas l'ombre d'un doute qu'il saura rebondir. Déjà, en procédant à un léger remaniement ministériel, il montre qu'il a écouté le signal envoyé par les électeurs. Mais cela ne veut pas dire qu'il va mettre un terme à la spectacularisation de sa fonction. Il n'y a qu'à voir comment Carla, désormais première dame de France, mais aussi Rachida Dati, se sont mises sur leur 31 pour la soirée donnée en l'honneur de Shimon Perez : de vraies stars d'Hollywood.
L'ère de la vidéocratie
C'est-à-dire qu'on le veuille ou non, pour suivre l'actualité française, il ne faut plus se contenter de lire des journaux sérieux comme Le Monde ou des hebdomadiers d'analyse comme l'Express : désormais, il faut se tenir au courant de ce qui se publie dans la presse people. Malgré le recentrage opéré par Nicolas Sarkozy, on voit bien qu'il ne peut pas se passer de cette presse, ni de l'usage qu'il fait des médias. C'est un style et il ne peut pas changer, parce que cela fait partie de sa personnalité. Au point que de nombreux analystes se disent aujourd'hui en France que cette vidéocratie a fini par s'imposer en France et qu'on ne pourra pas revenir en arrière. Nicolas Sarkozy, qui fréquente les plateaux de télé depuis sa tendre enfance, a compris l'avantage qu'il peut tirer des médias, et les journalistes se prêtent volontiers à ce jeu. Il y a donc un intérêt commun à Sarkozy et aux médias à continuer à aller dans ce sens. Nicolas Sarkozy y trouve son compte, et les médias ne boudent pas leur plaisir. En quelque sorte, le chef de l'Etat français, qui est entouré d'une cohorte de conseillers à la communication, donne aux journaux ce qu'ils veulent. Il leur mâche le travail.


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