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«Le pouvoir gère dans l'urgence»
Karim Tabbou, Premier secrétaire national du FFS au Midi Libre
Publié dans Le Midi Libre le 15 - 06 - 2008

Incisif et sans aucune concession, le premier secrétaire national du FFS est égal à lui-même. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il revient sur ce qu'il estime être les ratés du pouvoir dans les domaines politique, économique et social. Karim Tabou ne reconnaît aucune circonstance atténuante à ceux qui président aux destinées du pays.
Incisif et sans aucune concession, le premier secrétaire national du FFS est égal à lui-même. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il revient sur ce qu'il estime être les ratés du pouvoir dans les domaines politique, économique et social. Karim Tabou ne reconnaît aucune circonstance atténuante à ceux qui président aux destinées du pays.
Midi Libre : On évoque depuis quelque temps un projet de révision de la Constitution. Quel est l'avis du FFS sur cette question qui engage l'avenir du pays ?
Karim Tabbou : A quoi sert une Constitution si le pouvoir s'exerce en dehors de toutes les règles du jeu, et en dehors de tout contrôle institutionnel ? Tout le monde sait aujourd'hui que les affaires du pays ne sont gérées ni par le gouvernement, ni par l'Assemblée nationale, ni par les institutions officielles. Par conséquent, une Constitution dans le contexte de notre pays servirait davantage de façade et d'outil de légitimation, notamment devant l'opinion internationale, que de moyen de répartition de pouvoir, de gestion de relations institutionnelles et de clarification du rôle de tout un chacun.
C'est une réalité algérienne et l'histoire des Constitutions en Algérie l'a si bien montrée. La première Constitution du pays a été rédigée dans une salle de cinéma par un groupe de colonels. Cette Constitution n'a protégé ni les hommes qui l'avaient rédigée, ni les hommes qui l'avaient imposée, puisque le 19 juin 1965, il y eut un coup d'état et depuis, Boumediene a exercé la totalité des pouvoirs. Le président Chadli a bien présenté une Constitution en 1989, relativement démocratique. C'est la première Constitution qui a ouvert des espaces à l'exercice politique, à l'exercice syndical, à la presse indépendante. Deux ans après, il y a eu les premières élections pluralistes, un coup d'état s'en est suivi, la Constitution a été complètement mise de côté, bafouée. Elle n'a protégé ni le processus politique ni les hommes qui l'avaient proposée. En 1996, la même chose, le président Zeroual a bien proposé une Constitution. Il l'a fait plébisciter par la population, dans des conditions discutables bien sûr, mais elle n'a pas pu garantir le maintien de Zeroual à son poste puisqu'il a démissionné. L'une des premières déclarations de Bouteflika était qu'il ne pouvait pas s'accommoder d'une telle Constitution. Donc, voilà l'historique des Constitutions.
Au FFS, nous continuons à réaffirmer nos positions consistant à rechercher tous les mécanismes les plus indiqués, à revendiquer des perspectives politiques sérieuses qui auront pour objet, le transfert des pouvoirs d'une sphère limitée, réduite, qui l'exerce en dehors de tout contrôle, vers une sphère publique où la population aura, par des mécanismes démocratiques, des élections pluralistes, un contrôle sérieux, une pratique politique saine et ouverte où le débat et le jeu soit sérieusement ouverts pour aller vers la première Constitution de la République algérienne, puisqu'il faut donner au peuple algérien la chance d'élaborer par ses institutions par lui-même, la première Constitution d'émanation populaire.
Les faits sont là. Troisième, quatrième ou cinquième mandat, je pense que la question fondamentale ne se situe pas au calcul du mandat. Elle se situe au niveau de l'Etat. Aujourd'hui, tout le monde, tous les observateurs, les analystes du domaine social, du domaine économique, politique, s'accordent à dire que le pays est malade, est en crise, malgré tous les maquillages qu'on a essayé de mettre. Tout est géré dans l'urgence. Sinon, il n'y a rien qui fonctionne normalement dans le pays.
Justement, la dispersion des efforts des partis politiques dit démocratiques n'encourage-t-elle pas cette situation ?
Une des problématiques de la politique en Algérie, c'est que les autorités du pays, le Pouvoir d'une manière générale, a développé l'art d'organiser le désordre. Il a mené une politique de substitution à tout ce qui peut être sécrété, produit par la société, il lui a substitué ses propres produits y compris au niveau de la classe politique. Moi, je qualifie les partis politiques de contrefaits. Ce que nous voyons aujourd'hui sur la scène politique, ce sont des produits politiques de la contrefaçon. Il n'y a pas de vrais partis politiques sur le terrain, parce que en l'absence de liberté, en l'absence d'exercice politique véritable, on ne peut pas aboutir à une classe politique qui soit l'émanation des volontés, des opinions qui existent dans la société. Nous sommes en face d'une classe politique qui court derrière des strapontins, qui cherche beaucoup plus à figurer dans un décor dont seul le Pouvoir maîtrise les mécanismes. Donc, on ne peut parler de la fédération d'une classe politique qui est inexistante.
Que faut-il faire alors pour y remédier ?
Tout d'abord, il faut lever toutes les restrictions à l'exercice de la politique. Une des restrictions, on ne peut pas parler d'une classe médiatique. On va essayer de transposer le débat vers la presse. Aujourd'hui, je pense qu'il y a des journalistes qui ont la conviction et qui ont de la compétence, malheureussement, on ne leur a pas laissé le champ à l'expression, de nature à leur permettre de disposer des moyens de créer des opinions, de créer des organes, de créer des journaux. On a mis en place un dispositif qui oblige tout un chacun à passer par un moule. Ce moule, seul le Pouvoir en tient en main le mécanisme de fonctionnement. C'est la même chose en politique. On a réduit l'exercice de la politique à une succession, à une multiplication d'élections et il n'y a d'espace à l'exercice de la politique que le moment d'une élection et ce, dans le cadre des institutions que seul le Pouvoir tient, organise et gère de loin. Donc, s'il n'y a pas d'espace public à l'expression politique, il n'y a pas de droit à la manifestation, il n'y a pas de droit de grève, il y a l'état d'urgence qui oblige tout le monde à rester dans une case fermée.
Au lieu que la société soit représentée dans l'Etat, c'est l'Etat qui a ses représentants dans de la société. Les partis politiques et quelques syndicats sont devenus le bras du pouvoir dans la société. Celle-ci se retrouve complètement ligotée par de fausses associations, de faux partis politiques et de faux représentants, à tel point que les forces vives, qui refusent d'être complices préfèrent démissionner.
Mais la société, les syndicats commencent à bouger…
Oui, le mérite revient à tous ces hommes et ces femmes qui ne veulent pas abdiquer, ne veulent pas renoncer à leurs droits ni à leurs revendications. Il y a un vrai dynamisme dans ce secteur. Mais cela ne doit pas cacher le fait que nous sommes dans un pays où on peut tabasser des citoyens dans la rue Larbi-Ben-M'hidi. Un grand homme qui a donné sa vie pour la liberté des Algériens et que dans cette rue qui est baptisée en son nom, des Algériens se font battre par des policiers algériens pour avoir revendiqué. Donc, on peut, d'un côté, se sentir fier de voir aujourd'hui que des hommes et des femmes sont en train de se battre pour la préservation de leur outil de travail, leurs établissements, et des moyens de l'économie nationale d'une manière générale. Mais force est de constater aujourd'hui que le front social est confronté à une logique policière terrible. Aujourd'hui, tous les conflits sociaux sont traités par la police et par le procureur de la République.
Cela n'a pas empêché les émeutes de Berriane, de Chlef et d'Oran…
Heureusement. Au moment où le Pouvoir veut tout bloquer, il veut tout figer dans la société, il se produit le contraire. Mais il faut avoir un regard clair, sincère en direction de ce qui se passe. L'émeute reste une expression incoordonnée, incohérente et qui ne donne pas le point de départ d'un mouvement social conscient qui a des stratégies.
Malheureusement, dans ce pays, on a fait des émeutes des petites parcelles sociales dispersées les unes des autres et que cela devient même un point par lequel on veut diminuer la pression sociale. On laisse quelques petites pressions sociales sortir dans la rue à l'effet de diminuer de la densité du malaise social. Aujourd'hui, il est vrai que nous sommes dans un pays où pour un quelconque motif (un match de football ou une déception amoureuse), une émeute peu être déclenchée. L'émeute continue d'être une expression incoordonnée qui n'arrive pas à donner un projet social, un projet sérieux.
On a parlé de manipulations et de la main de l'étranger...
Tout d'abord, je pense que j'avais dit que nos dirigeants, notamment le ministre de l'Intérieur, son horloge s'est arrêtée aux années 1970. Ce sont les mêmes mécaniques de raisonnement. Il a une approche policière de la politique. Il est ministre de l'Intérieur. Il croit gérer le pays comme on gère un commissariat de police. D'ailleurs, il a bien parlé de la main de l'étranger, mais c'est une main qui est restée de tout temps anonyme.
C'est une grave crise sociale qui est née d'une grave crise politique à laquelle le Pouvoir n'a apporté que les solutions sécuritaires. Aussi, on envenime le social qui est exposé à toutes les crises, alors cela provoque des effets graves, des effets de violence, des émeutes, des suicides, des départs par milliers dans des embarcations de fortune. Le tout c'est que quand vous mettez une population dans une cocotte-minute, attendez-vous à ce qu'il y ait des réactions, voire des explosions. On peut accuser les jeunes d'être manipulés de l'étranger et que peut-on dire des ingénieurs et des jeunes filles qui sont en train de prendre des barques pour essayer d'aller vers l'étranger ? Au contraire, les étrangers veulent bien que les Algériens restent chez eux. C'est de l'incompréhension de l'évolution du pays et du monde.
Midi Libre : On évoque depuis quelque temps un projet de révision de la Constitution. Quel est l'avis du FFS sur cette question qui engage l'avenir du pays ?
Karim Tabbou : A quoi sert une Constitution si le pouvoir s'exerce en dehors de toutes les règles du jeu, et en dehors de tout contrôle institutionnel ? Tout le monde sait aujourd'hui que les affaires du pays ne sont gérées ni par le gouvernement, ni par l'Assemblée nationale, ni par les institutions officielles. Par conséquent, une Constitution dans le contexte de notre pays servirait davantage de façade et d'outil de légitimation, notamment devant l'opinion internationale, que de moyen de répartition de pouvoir, de gestion de relations institutionnelles et de clarification du rôle de tout un chacun.
C'est une réalité algérienne et l'histoire des Constitutions en Algérie l'a si bien montrée. La première Constitution du pays a été rédigée dans une salle de cinéma par un groupe de colonels. Cette Constitution n'a protégé ni les hommes qui l'avaient rédigée, ni les hommes qui l'avaient imposée, puisque le 19 juin 1965, il y eut un coup d'état et depuis, Boumediene a exercé la totalité des pouvoirs. Le président Chadli a bien présenté une Constitution en 1989, relativement démocratique. C'est la première Constitution qui a ouvert des espaces à l'exercice politique, à l'exercice syndical, à la presse indépendante. Deux ans après, il y a eu les premières élections pluralistes, un coup d'état s'en est suivi, la Constitution a été complètement mise de côté, bafouée. Elle n'a protégé ni le processus politique ni les hommes qui l'avaient proposée. En 1996, la même chose, le président Zeroual a bien proposé une Constitution. Il l'a fait plébisciter par la population, dans des conditions discutables bien sûr, mais elle n'a pas pu garantir le maintien de Zeroual à son poste puisqu'il a démissionné. L'une des premières déclarations de Bouteflika était qu'il ne pouvait pas s'accommoder d'une telle Constitution. Donc, voilà l'historique des Constitutions.
Au FFS, nous continuons à réaffirmer nos positions consistant à rechercher tous les mécanismes les plus indiqués, à revendiquer des perspectives politiques sérieuses qui auront pour objet, le transfert des pouvoirs d'une sphère limitée, réduite, qui l'exerce en dehors de tout contrôle, vers une sphère publique où la population aura, par des mécanismes démocratiques, des élections pluralistes, un contrôle sérieux, une pratique politique saine et ouverte où le débat et le jeu soit sérieusement ouverts pour aller vers la première Constitution de la République algérienne, puisqu'il faut donner au peuple algérien la chance d'élaborer par ses institutions par lui-même, la première Constitution d'émanation populaire.
Les faits sont là. Troisième, quatrième ou cinquième mandat, je pense que la question fondamentale ne se situe pas au calcul du mandat. Elle se situe au niveau de l'Etat. Aujourd'hui, tout le monde, tous les observateurs, les analystes du domaine social, du domaine économique, politique, s'accordent à dire que le pays est malade, est en crise, malgré tous les maquillages qu'on a essayé de mettre. Tout est géré dans l'urgence. Sinon, il n'y a rien qui fonctionne normalement dans le pays.
Justement, la dispersion des efforts des partis politiques dit démocratiques n'encourage-t-elle pas cette situation ?
Une des problématiques de la politique en Algérie, c'est que les autorités du pays, le Pouvoir d'une manière générale, a développé l'art d'organiser le désordre. Il a mené une politique de substitution à tout ce qui peut être sécrété, produit par la société, il lui a substitué ses propres produits y compris au niveau de la classe politique. Moi, je qualifie les partis politiques de contrefaits. Ce que nous voyons aujourd'hui sur la scène politique, ce sont des produits politiques de la contrefaçon. Il n'y a pas de vrais partis politiques sur le terrain, parce que en l'absence de liberté, en l'absence d'exercice politique véritable, on ne peut pas aboutir à une classe politique qui soit l'émanation des volontés, des opinions qui existent dans la société. Nous sommes en face d'une classe politique qui court derrière des strapontins, qui cherche beaucoup plus à figurer dans un décor dont seul le Pouvoir maîtrise les mécanismes. Donc, on ne peut parler de la fédération d'une classe politique qui est inexistante.
Que faut-il faire alors pour y remédier ?
Tout d'abord, il faut lever toutes les restrictions à l'exercice de la politique. Une des restrictions, on ne peut pas parler d'une classe médiatique. On va essayer de transposer le débat vers la presse. Aujourd'hui, je pense qu'il y a des journalistes qui ont la conviction et qui ont de la compétence, malheureussement, on ne leur a pas laissé le champ à l'expression, de nature à leur permettre de disposer des moyens de créer des opinions, de créer des organes, de créer des journaux. On a mis en place un dispositif qui oblige tout un chacun à passer par un moule. Ce moule, seul le Pouvoir en tient en main le mécanisme de fonctionnement. C'est la même chose en politique. On a réduit l'exercice de la politique à une succession, à une multiplication d'élections et il n'y a d'espace à l'exercice de la politique que le moment d'une élection et ce, dans le cadre des institutions que seul le Pouvoir tient, organise et gère de loin. Donc, s'il n'y a pas d'espace public à l'expression politique, il n'y a pas de droit à la manifestation, il n'y a pas de droit de grève, il y a l'état d'urgence qui oblige tout le monde à rester dans une case fermée.
Au lieu que la société soit représentée dans l'Etat, c'est l'Etat qui a ses représentants dans de la société. Les partis politiques et quelques syndicats sont devenus le bras du pouvoir dans la société. Celle-ci se retrouve complètement ligotée par de fausses associations, de faux partis politiques et de faux représentants, à tel point que les forces vives, qui refusent d'être complices préfèrent démissionner.
Mais la société, les syndicats commencent à bouger…
Oui, le mérite revient à tous ces hommes et ces femmes qui ne veulent pas abdiquer, ne veulent pas renoncer à leurs droits ni à leurs revendications. Il y a un vrai dynamisme dans ce secteur. Mais cela ne doit pas cacher le fait que nous sommes dans un pays où on peut tabasser des citoyens dans la rue Larbi-Ben-M'hidi. Un grand homme qui a donné sa vie pour la liberté des Algériens et que dans cette rue qui est baptisée en son nom, des Algériens se font battre par des policiers algériens pour avoir revendiqué. Donc, on peut, d'un côté, se sentir fier de voir aujourd'hui que des hommes et des femmes sont en train de se battre pour la préservation de leur outil de travail, leurs établissements, et des moyens de l'économie nationale d'une manière générale. Mais force est de constater aujourd'hui que le front social est confronté à une logique policière terrible. Aujourd'hui, tous les conflits sociaux sont traités par la police et par le procureur de la République.
Cela n'a pas empêché les émeutes de Berriane, de Chlef et d'Oran…
Heureusement. Au moment où le Pouvoir veut tout bloquer, il veut tout figer dans la société, il se produit le contraire. Mais il faut avoir un regard clair, sincère en direction de ce qui se passe. L'émeute reste une expression incoordonnée, incohérente et qui ne donne pas le point de départ d'un mouvement social conscient qui a des stratégies.
Malheureusement, dans ce pays, on a fait des émeutes des petites parcelles sociales dispersées les unes des autres et que cela devient même un point par lequel on veut diminuer la pression sociale. On laisse quelques petites pressions sociales sortir dans la rue à l'effet de diminuer de la densité du malaise social. Aujourd'hui, il est vrai que nous sommes dans un pays où pour un quelconque motif (un match de football ou une déception amoureuse), une émeute peu être déclenchée. L'émeute continue d'être une expression incoordonnée qui n'arrive pas à donner un projet social, un projet sérieux.
On a parlé de manipulations et de la main de l'étranger...
Tout d'abord, je pense que j'avais dit que nos dirigeants, notamment le ministre de l'Intérieur, son horloge s'est arrêtée aux années 1970. Ce sont les mêmes mécaniques de raisonnement. Il a une approche policière de la politique. Il est ministre de l'Intérieur. Il croit gérer le pays comme on gère un commissariat de police. D'ailleurs, il a bien parlé de la main de l'étranger, mais c'est une main qui est restée de tout temps anonyme.
C'est une grave crise sociale qui est née d'une grave crise politique à laquelle le Pouvoir n'a apporté que les solutions sécuritaires. Aussi, on envenime le social qui est exposé à toutes les crises, alors cela provoque des effets graves, des effets de violence, des émeutes, des suicides, des départs par milliers dans des embarcations de fortune. Le tout c'est que quand vous mettez une population dans une cocotte-minute, attendez-vous à ce qu'il y ait des réactions, voire des explosions. On peut accuser les jeunes d'être manipulés de l'étranger et que peut-on dire des ingénieurs et des jeunes filles qui sont en train de prendre des barques pour essayer d'aller vers l'étranger ? Au contraire, les étrangers veulent bien que les Algériens restent chez eux. C'est de l'incompréhension de l'évolution du pays et du monde.


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