L'émotion a régné tout au long de la projection, devant un public nombreux, mercredi à la salle Cosmos Alpha, du documentaire Ouled Lénine de Nadia El-Fani . Evitant la langue de bois, la cinéaste donne la parole, durant plus d'une heure, aux acteurs tunisiens d'une mouvance considérée comme définitivement morte et enterrée dans cette partie du monde : le marxisme-léninisme. Lors du débat animé introduit par M.Tazaroute, la réalisatrice n'a pu retenir ses larmes. L'émotion a régné tout au long de la projection, devant un public nombreux, mercredi à la salle Cosmos Alpha, du documentaire Ouled Lénine de Nadia El-Fani . Evitant la langue de bois, la cinéaste donne la parole, durant plus d'une heure, aux acteurs tunisiens d'une mouvance considérée comme définitivement morte et enterrée dans cette partie du monde : le marxisme-léninisme. Lors du débat animé introduit par M.Tazaroute, la réalisatrice n'a pu retenir ses larmes. A travers la vieille médina tunisoise et au fil des rencontres, Nadia El-Fani, met ses pas dans ceux de son père, ancien membre de la direction du Parti communiste tunisien. Ainsi orientée par le meilleur des guides elle effectue un retour sur les lieux de vie et de lutte du militant qui ont été pour elle, tout simplement ceux de l'enfance. « Nous étions quelques uns à partager le secret d'une appartenance. Filles et fils de communistes. Shut… » Cette phrase qui apparaît sur l'écran au début du film semble expliquer qu'il ne s'agit pas d'un film sur le mouvement communiste en Tunisie mais bien la visite d'une enfance singulière marquée par un milieu porteur de principes d'universalité, de justice sociale et de traditions de camaraderie. Un milieu fonctionnant comme une petite Andalousie de l'esprit, où des citoyens de souche musulmane, juive et chrétienne brisent l'esprit communautariste et s'ouvrent à l'internationalisme ouvrier. «Je n'ai jamais pu dire que je suis musulmane ou que je ne le suis pas», avoue plus tard la cinéaste. Née en France en 1960 d'une mère française, débarquée en Tunisie en 1961 elle ajoute : «Par contre je suis Tunisienne et Française». Plongeon à la fois nostalgique et douloureux dans une période où tous les espoirs étaient permis, le documentaire n'en explore pas moins l'histoire de la gauche tunisienne étape par étape. On y apprend comment le bourguibisme a puisé qu'il le veuille ou non, dans le vivier des idées de progrès et de justice sociale. Les relations de la mouvance avec les mouvements nationalistes ou religieux. «La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple.....Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne toute illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l'auréole.» Sous l'œil de la caméra, M.El-Fani, prend le temps de lire toute la citation de Karl Marx sur la religion. Cette citation dont le commun des mortels n'a retenu que le fameux «opium du peuple», le vieux militant l'a recopiée de sa main afin de la relire chaque fois que nécessaire. De rencontre en rencontre avec les personnages pivots du documentaire, c'est une galerie de personnages fabuleux que le spectateur découvre. C'est également la complexité des relations avec le pouvoir tunisien et qui se solde par une répression dont la mort et la prison ne sont pas exclues. C'est en 1963, avec la tentative d'assassinat de Bourguiba par des officiers de l'armée que « la rigolade finit ».Le ministère de l'Intérieur fait d'une pierre deux coups et décide d'impliquer les communistes dans le complot. Des dirigeants du parti se retrouvent en prison et Habib Attia est enlevé. Nourredine Bouarroudj, Hassen Saadaoui … le film ressuscite des militants oubliés qui ont tout donné à leur patrie. La question de la place des femmes dans les partis politiques est posée sans complaisance. D'anciennes militantes témoignent du peu de respect et des préjugés dont souffraient les camarades femmes. L'exemple des partis frères, notamment soudanais et iraniens est à nouveau analysé. Serge Toubiana, Gilbert Naccache, Juliette Bessis , Abdallah Mejri et d'autres témoignent avec lucidité du combat qui a été le leur. A la question «Vous sentez-vous encore communiste ?» Posée systématiquement à tous les acteurs à la fin du film, la plupart répondront «non» tout en réaffirmant leur attachement aux idéaux de justice, de tolérance et d'ouverture sur le monde. Le film fait la part belle aux chansons révolutionnaires comme Avanti Popolo et bien sûr l'Internationale. Les poèmes d'Aragon chantés par Ferrat le ponctuent au bon moment. Mais à travers l'amertume et la douleur qui en constituent la tonalité générale, le spectateur peut comprendre que la quête de la cinéaste, qui questionne son enfance façonnée par un monde qui n'est plus, est loin d'être achevée. Bonne chance. K. T. A travers la vieille médina tunisoise et au fil des rencontres, Nadia El-Fani, met ses pas dans ceux de son père, ancien membre de la direction du Parti communiste tunisien. Ainsi orientée par le meilleur des guides elle effectue un retour sur les lieux de vie et de lutte du militant qui ont été pour elle, tout simplement ceux de l'enfance. « Nous étions quelques uns à partager le secret d'une appartenance. Filles et fils de communistes. Shut… » Cette phrase qui apparaît sur l'écran au début du film semble expliquer qu'il ne s'agit pas d'un film sur le mouvement communiste en Tunisie mais bien la visite d'une enfance singulière marquée par un milieu porteur de principes d'universalité, de justice sociale et de traditions de camaraderie. Un milieu fonctionnant comme une petite Andalousie de l'esprit, où des citoyens de souche musulmane, juive et chrétienne brisent l'esprit communautariste et s'ouvrent à l'internationalisme ouvrier. «Je n'ai jamais pu dire que je suis musulmane ou que je ne le suis pas», avoue plus tard la cinéaste. Née en France en 1960 d'une mère française, débarquée en Tunisie en 1961 elle ajoute : «Par contre je suis Tunisienne et Française». Plongeon à la fois nostalgique et douloureux dans une période où tous les espoirs étaient permis, le documentaire n'en explore pas moins l'histoire de la gauche tunisienne étape par étape. On y apprend comment le bourguibisme a puisé qu'il le veuille ou non, dans le vivier des idées de progrès et de justice sociale. Les relations de la mouvance avec les mouvements nationalistes ou religieux. «La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple.....Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne toute illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l'auréole.» Sous l'œil de la caméra, M.El-Fani, prend le temps de lire toute la citation de Karl Marx sur la religion. Cette citation dont le commun des mortels n'a retenu que le fameux «opium du peuple», le vieux militant l'a recopiée de sa main afin de la relire chaque fois que nécessaire. De rencontre en rencontre avec les personnages pivots du documentaire, c'est une galerie de personnages fabuleux que le spectateur découvre. C'est également la complexité des relations avec le pouvoir tunisien et qui se solde par une répression dont la mort et la prison ne sont pas exclues. C'est en 1963, avec la tentative d'assassinat de Bourguiba par des officiers de l'armée que « la rigolade finit ».Le ministère de l'Intérieur fait d'une pierre deux coups et décide d'impliquer les communistes dans le complot. Des dirigeants du parti se retrouvent en prison et Habib Attia est enlevé. Nourredine Bouarroudj, Hassen Saadaoui … le film ressuscite des militants oubliés qui ont tout donné à leur patrie. La question de la place des femmes dans les partis politiques est posée sans complaisance. D'anciennes militantes témoignent du peu de respect et des préjugés dont souffraient les camarades femmes. L'exemple des partis frères, notamment soudanais et iraniens est à nouveau analysé. Serge Toubiana, Gilbert Naccache, Juliette Bessis , Abdallah Mejri et d'autres témoignent avec lucidité du combat qui a été le leur. A la question «Vous sentez-vous encore communiste ?» Posée systématiquement à tous les acteurs à la fin du film, la plupart répondront «non» tout en réaffirmant leur attachement aux idéaux de justice, de tolérance et d'ouverture sur le monde. Le film fait la part belle aux chansons révolutionnaires comme Avanti Popolo et bien sûr l'Internationale. Les poèmes d'Aragon chantés par Ferrat le ponctuent au bon moment. Mais à travers l'amertume et la douleur qui en constituent la tonalité générale, le spectateur peut comprendre que la quête de la cinéaste, qui questionne son enfance façonnée par un monde qui n'est plus, est loin d'être achevée. Bonne chance. K. T.