Projetée avant-hier soir au Théâtre national algérien, la nouvelle pièce d'Adar Mohamed a été un régal pour le public. Avec une langue populaire élaborée, une scénographie vivante, un décor original et deux interprètes talentueuses, la pièce s'attaque aux problèmes de l'aliénation des hommes et des femmes en situation néo-patriarcale. Projetée avant-hier soir au Théâtre national algérien, la nouvelle pièce d'Adar Mohamed a été un régal pour le public. Avec une langue populaire élaborée, une scénographie vivante, un décor original et deux interprètes talentueuses, la pièce s'attaque aux problèmes de l'aliénation des hommes et des femmes en situation néo-patriarcale. Le regretté Mahfoud Bennoune (1936-2004) fait des émules. «Yamina» semble être une vivante illustration des situations si subtilement analysées dans son essai intitulé «Les femmes algériennes victimes d'une société néo-patriarcale». Double aliénation, celle des hommes comme celle des femmes dans le monde musulman d'aujourd'hui et double langage essentiellement masculin confinant à une structure mentale schizophrénique. Ce sont là les maux que dénonce et malmène Adar Mohamed dans sa toute dernière pièce, dont la générale a été jouée à Sidi Bel Abbès le 3 septembre. Adaptée par Djamel Marir et Samir Raïs du livre «Kitab Ennissa» du dramaturge tunisien Azzedine Madani, la pièce surprend d'abord par son langage. Loin de la langue littéraire opaque et quelque peu hermétique fréquemment utilisée dans le théâtre algérien d'aujourd'hui, le face à face des deux comédiennes Malika Youcef et Adnane Ouahiba se fait dans une langue populaire fleurie et savoureuse qui renoue avec la tradition théâtrale des pionniers du 4 ème art en Algérie. Le huis-clos entre Echadliya la belle-mère et Yamina la belle-fille qui cherche à divorcer de son époux Omar en arrachant le droit de garde de ses trois filles est joliment animé par un jeu de scène mouvant s'apparentant à la chorégraphie. Pendant que les deux femmes échangent des répliques acides, leurs corps s'expriment en toute liberté. Démarches ondoyantes, pas de danse, amples gestes des bras, la dévoilée maquillée et la doublement voilée d'un khimar et d'un voile à l'ancienne se défoncent sur scène sans compter. Bien des fois, le jeu de Malika Youcef arrache des hurlements de rire aux spectateurs envoûtés. Lui donnant la réplique la jeune étudiante en psychologie et en art, Adnane Ouahiba, s'en sort honorablement et montre un talent prometteur. Les comédiennes rencontrées en coulisses après la représentation font pourtant preuve d'une grande humilité. «La pièce n'est pas encore rodée. C'est à peine la 1 ère fois que nous la présentons au grand public», déclare Malika Youcef, littéralement trempée de sueur à la fin du spectacle. «Nous aurions souhaité un peu plus de monde» a-t-elle ajouté. La jeune Ouahiba se déclare, elle, très consciente des efforts à fournir pour peaufiner son jeu. C'est pourtant un cocktail revigorant que les deux comédiennes perfectionnistes ont présenté au public largement professionnel venu assister à la représentation. Aux premiers rangs, le chanteur de chaâbi Abdelmadjid Meskoud a fait entendre son rire d'un bout de la représentation à l'autre. «Il est temps de dénoncer le double langage de ceux qui se disent progressistes et qui dans la pratique se font encore laver les pieds par leurs épouses.Lors du festival de Mostaganem, aucun des organisateurs n'a invité sa femme ou sa fille…», a déclaré le metteur en scène en coulisses. «Barakat ! Barakat !», criaient la belle-mère et sa bru en arrachant tous les rideaux posés sur des supports métalliques qui constituaient le décor très sobre de la pièce, signé Hezzati Ali. «Je veux vivre par moi-même, respirer par moi-même, décider par moi-même sans que personne ne le fasse à ma place !» C'est ainsi que Yamina résume sa révolte face à un mari abusif qui rentre tous les soirs après minuit et la tabasse plus souvent qu'à son tour. Mère de trois filles, elle est considérée comme l'unique responsable de cette progéniture « déshonorante ». Face à l'insurrection de la bru, la belle-mère vante les vertus de la soumission totale à «Sidi» son défunt époux qu'elle a servi jusqu'à en perdre son identité. «Thlefli lehseb. Ennour ouala dlam oua dlam oualla nour (je me suis égarée au point de perdre le sens du juste)», reconnaît celle qui a été mariée et chosifiée à l'époque où les enfants rêvent encore de bonbons et de jouets. Pourtant, son aliénation n'est pas totale et les mots de sa belle-fille arrivent à secouer la torpeur qui depuis si longtemps, a fait d'elle une prisonnière consentante de l'incarcération domestique. Belle-mère et belle-fille plus vraies que nature, les deux comédiennes ont magnifiquement incarné ce douloureux passage de «femme en soi à femme pour soi», capital pour le devenir de toute la société. Mise en musique par Cheriki Abd el Kader et assistée par Bouabdallah Saïd, «Yamina» sera jouée les 9, 10, 11, 14 et 15 septembre à El-Bayadh, Saïda, Tissemssilt, Témouchent et Oran avant de continuer son périple national. Le regretté Mahfoud Bennoune (1936-2004) fait des émules. «Yamina» semble être une vivante illustration des situations si subtilement analysées dans son essai intitulé «Les femmes algériennes victimes d'une société néo-patriarcale». Double aliénation, celle des hommes comme celle des femmes dans le monde musulman d'aujourd'hui et double langage essentiellement masculin confinant à une structure mentale schizophrénique. Ce sont là les maux que dénonce et malmène Adar Mohamed dans sa toute dernière pièce, dont la générale a été jouée à Sidi Bel Abbès le 3 septembre. Adaptée par Djamel Marir et Samir Raïs du livre «Kitab Ennissa» du dramaturge tunisien Azzedine Madani, la pièce surprend d'abord par son langage. Loin de la langue littéraire opaque et quelque peu hermétique fréquemment utilisée dans le théâtre algérien d'aujourd'hui, le face à face des deux comédiennes Malika Youcef et Adnane Ouahiba se fait dans une langue populaire fleurie et savoureuse qui renoue avec la tradition théâtrale des pionniers du 4 ème art en Algérie. Le huis-clos entre Echadliya la belle-mère et Yamina la belle-fille qui cherche à divorcer de son époux Omar en arrachant le droit de garde de ses trois filles est joliment animé par un jeu de scène mouvant s'apparentant à la chorégraphie. Pendant que les deux femmes échangent des répliques acides, leurs corps s'expriment en toute liberté. Démarches ondoyantes, pas de danse, amples gestes des bras, la dévoilée maquillée et la doublement voilée d'un khimar et d'un voile à l'ancienne se défoncent sur scène sans compter. Bien des fois, le jeu de Malika Youcef arrache des hurlements de rire aux spectateurs envoûtés. Lui donnant la réplique la jeune étudiante en psychologie et en art, Adnane Ouahiba, s'en sort honorablement et montre un talent prometteur. Les comédiennes rencontrées en coulisses après la représentation font pourtant preuve d'une grande humilité. «La pièce n'est pas encore rodée. C'est à peine la 1 ère fois que nous la présentons au grand public», déclare Malika Youcef, littéralement trempée de sueur à la fin du spectacle. «Nous aurions souhaité un peu plus de monde» a-t-elle ajouté. La jeune Ouahiba se déclare, elle, très consciente des efforts à fournir pour peaufiner son jeu. C'est pourtant un cocktail revigorant que les deux comédiennes perfectionnistes ont présenté au public largement professionnel venu assister à la représentation. Aux premiers rangs, le chanteur de chaâbi Abdelmadjid Meskoud a fait entendre son rire d'un bout de la représentation à l'autre. «Il est temps de dénoncer le double langage de ceux qui se disent progressistes et qui dans la pratique se font encore laver les pieds par leurs épouses.Lors du festival de Mostaganem, aucun des organisateurs n'a invité sa femme ou sa fille…», a déclaré le metteur en scène en coulisses. «Barakat ! Barakat !», criaient la belle-mère et sa bru en arrachant tous les rideaux posés sur des supports métalliques qui constituaient le décor très sobre de la pièce, signé Hezzati Ali. «Je veux vivre par moi-même, respirer par moi-même, décider par moi-même sans que personne ne le fasse à ma place !» C'est ainsi que Yamina résume sa révolte face à un mari abusif qui rentre tous les soirs après minuit et la tabasse plus souvent qu'à son tour. Mère de trois filles, elle est considérée comme l'unique responsable de cette progéniture « déshonorante ». Face à l'insurrection de la bru, la belle-mère vante les vertus de la soumission totale à «Sidi» son défunt époux qu'elle a servi jusqu'à en perdre son identité. «Thlefli lehseb. Ennour ouala dlam oua dlam oualla nour (je me suis égarée au point de perdre le sens du juste)», reconnaît celle qui a été mariée et chosifiée à l'époque où les enfants rêvent encore de bonbons et de jouets. Pourtant, son aliénation n'est pas totale et les mots de sa belle-fille arrivent à secouer la torpeur qui depuis si longtemps, a fait d'elle une prisonnière consentante de l'incarcération domestique. Belle-mère et belle-fille plus vraies que nature, les deux comédiennes ont magnifiquement incarné ce douloureux passage de «femme en soi à femme pour soi», capital pour le devenir de toute la société. Mise en musique par Cheriki Abd el Kader et assistée par Bouabdallah Saïd, «Yamina» sera jouée les 9, 10, 11, 14 et 15 septembre à El-Bayadh, Saïda, Tissemssilt, Témouchent et Oran avant de continuer son périple national.