Habituellement, à cette période de l'année, les familles ont déjà leur plan de vacances bien ficelé. Le coronavirus a débarqué et a tout chamboulé. Frontières fermées, compagnies aériennes suspendues, délivrance de visas gelée, cette situation inédite a poussé de nombreuses personnes à renoncer à leurs vacances. D'autres ont réussi à arrondir les angles pour s'offrir une parenthèse estivale, en local. Chaque année, Moncef, 58 ans, loue une maison en Espagne pour ses vacances en famille. «J'ai payé une avance en ligne dès la réservation au mois de février. La crise sanitaire due au Covid-19 n'était pas encore déclarée en Europe. Mon projet tombe à l'eau et je n'ai absolument pas de plan de rechange. J'attends de savoir si les hôtels balnéaires rouvriront en Algérie cet été pour prendre une décision. Les prix proposés ainsi que le respect du protocole sanitaire dans le secteur de l'hôtellerie pèseront également dans la balance de ma décision. Autrement, nous resterons chez nous sous la fraîcheur de la climatisation en attendant des jours meilleurs. D'ici l'hiver, si la pandémie est vaincue, nous pourrons voyager et rattraper les vacances ratées de l'été.» Loue villa avec piscine Dans ce contexte pandémique sanitaire mondial, les agences immobilières tentent de s'adapter à la situation en proposant des villas avec piscine à leurs clients, sur les hauteurs d'Alger. «C'est un peu cher mais certaines familles ou des groupes d'amis ont mis leur budget en commun pour s'offrir une quinzaine de jours dans une villa avec piscine. Le confinement a eu raison de leurs nerfs et ils veulent absolument se changer les idées avant la rentrée. Dans l'impossibilité de prendre un avion, ils optent pour cette autre solution», confirme un agent immobilier. Une chance pour le tourisme local ? Sans visa et rétablissement des vols à l'international, le tourisme local demeure la seule alternative pour marquer un «break», à condition que les règles sanitaires soient respectées. «Avec mon mari et les enfants, nous voyageons à l'étranger, en été, habituellement nous confie Nacima (39 ans). Compte tenu de la situation, nous allons nous rabattre sur un cabanon pieds dans l'eau du côté de Saket, à Béjaïa. Nous avons discuté avec le propriétaire qui nous a assuré que la maison sera désinfectée avant notre arrivée début août. De toute façon, je compte emporter mes propres draps et faire le grand ménage en arrivant. C'est plus prudent.» La peur de choper le Covid-19 pousse de nombreux Algériens à relativiser. «Je préfère rater mes vacances d'été que de jouer avec ma santé, assure Lotfi (32 ans). Ce virus invisible est mortel. Si les plages sont autorisées par les pouvoirs publics, je me contenterai de quelques journées en bord de mer avec des amis, tout en respectant les mesures barrières. Je pense que nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge avec ce virus et qu'il ne faut vraiment pas baisser la garde.» Et puis, il y a ceux qui vont profiter de quelques jours au bled, loin de la promiscuité des villes. «Chaque été, je voyage en famille en Tunisie pour deux semaine à Hamamet-Yasmine, nous lance Wahiba (31 ans). Mes deux adolescents apprécient beaucoup cette coupure estivale. Ils profitent de la grande bleue, s'amusent et se font des tas d'amis. Nos projets ont été bouleversés par cette crise sanitaire. Vu la situation, notre virée tunisienne est annulée. Mes parents nous ont proposé de nous accueillir dans leur maison en Kabylie. Une nouvelle qui n'a pas réjoui mes deux garçons pour qui vacances riment avec plage et piscine. Tant pis. Il faudrait faire avec. Cet été sera très particulier avec cette pandémie et ça vaut pour tout le monde !», conclut-elle. Zéro budget vacances La crise sanitaire due au Covid-19 a laissé de nombreuses personnes sur la paille. Certains n'ont pas eu de salaires pendant 3 mois et n'ont vraiment pas la tête au farniente. «De quelles vacances parlez-vous ? nous dit Omar (31 ans). Ce qui m'importe, c'est de retrouver du travail dans la restauration. Mon employeur m'a mis au chômage et je me suis retrouvé sans ressources, du jour au lendemain. Mes économies ont été englouties par cette crise.» Même situation pour Hanane (27 ans). «Je travaillais comme vendeuse dans une boutique à Sidi-Yahia. Je suis sans travail depuis mars dernier.Le mot vacance n'a aucun sens pour moi cette année.» Même s'ils le voulaient, de nombreux citoyens ne pourraient pas se payer des vacances cet été. «Depuis mars dernier, j'ai dû baisser le rideau de mon commerce comme tous mes collègues, nous dit Faycal (42 ans), tenancier d'un café à Alger. Ce n'est pas demain la veille que je vais programmer des vacances. Il faudrait retrousser les manches et travailler deux fois plus pour essayer de rattraper, un tant soit peu, le manque à gagner. Le loyer et les factures attendent d'être réglés. Et puis, cela fait trois mois que je glande. Je ne me sens pas du tout l'envie de rester à ne rien faire après tout ce temps perdu.» Face à l'épidémie de coronavirus, les Algériens, comme de nombreux citoyens du monde entier, devront s'adapter à la situation. S'évader, découvrir d'autres horizons n'est pas à l'ordre du jour cet été. Seuls quelques privilégiés pourront profiter des charmes de la mer ou de la montagne, à condition de disposer de quelques économies. Soraya Naili