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Karim Akouche, un roman à bout portant
Publié dans Le Soir d'Algérie le 20 - 01 - 2021

Je suis toujours en retard d'un livre, comme le dit si bien un de nos écrivains. C'est valable, bien sûr, pour l'écriture ; comme c'est valable, également, pour la lecture. J'ai à peine fini de lire le dernier roman de Yasmina Khadra, que j'ai déjà hâte d'en lire le prochain. Bien sûr, parce que je me retrouve dans la démarche romanesque de cet auteur. Comme je suis toujours curieux de lire, dès sa sortie, sans attendre, le prochain texte d'Amin Zaoui, qui, au fur et à mesure de son aventure de l'écriture, affine sa plume, sans quitter ses transgressions, mais en tentant une nouvelle approche dans la construction d'un roman, notamment dans Canicule glacée, édition Dalimen, 2021. J'aimerais bien lire le dernier Boualem Sansal ; mais, il est édité à Paris. Comment faire pour l'avoir ? La Covid-19 a bouleversé toutes les données. Il faut attendre le prochain Sila, si cette pandémie nous laisse en paix. C'est valable pour les romans de Malika Mokeddem et d'Anouar Benmalek ; sauf que ces deux écrivains, de talent, ont complètement disparu de notre horizon littéraire. J'éprouve une certaine frustration. Ces romans, édités en France, manquent à notre curiosité de lecteur boulimique.
Dans cet espace de parole, je voudrais aujourd'hui mettre en exergue le dernier roman de Karim Akouche, Déflagration des sens, édition F. Fanon, 2021. Heureusement que cette maison d'édition a mis à notre disposition ce dernier texte d'Akouche. Auparavant, j'avais lu des commentaires autour de ce livre, commentaires forts élogieux. Ça a davantage attisé ma curiosité. Surtout que j'avais auparavant lu la production romanesque de cet auteur.
Karim Akouche a écrit ce roman à bout portant. C'est un uppercut au menton. Un direct au plexus. Un coup de pied aux burnes. Un « ghoraf » du rouquin, Salah Assad. Un coup de boule de Zizou. A chaque page lue, je disais « waouh ». Pourquoi ? Parce que je n'avais pas le temps de somnoler, de sauter une phrase, de louper une image ou de négliger une virgule. Je précise que ces appréciations n'engagent que moi ; la lecture – pour moi — est une subjectivité assumée et un doute à domestiquer. Je disais donc que ce roman m'a saisi par les tripes, m'empêchant de sortir de la spirale tracée par l'auteur dans le but de forcer le lecteur à (re)sentir les secousses violentes de la trame, mais aussi, l'engagement d'une franchise toute militaire de l'auteur. Il m'arrive, dans certains romans, de m'assoupir, non pas que le roman est inintéressant, non, parce que, tout simplement, l'œil se fatigue et l'attention se relâche.
Avec Karim Akouche, il n'y a pas de relâchement possible. Cela a été vrai, à mon sens, pour lui auteur du texte. Car, il faut un souffle de marathonien pour fonder un roman de cette nature. Je disais donc que je n'ai pas eu le moindre répit en lisant Akouche. Du reste, j'ai fait une lecture en ligne droite ; en ce sens que je n'ai pas lâché ce livre jusqu'à sa conclusion. Puis, j'ai entamé une seconde lecture, pour préciser mes impressions premières. Impressions que j'ai eues en lisant, dans le temps, des romans comme Qui se souvient de la mer, de Mohammed Dib, ou Le pain nu de Mohamed Choukri, ou Le parfum de Patrick Süskind, ou L'exproprié de Tahar Djaout, ou Agadir de Mohamed Khair-Eddine... Il y a comme ça des romans qui tiennent en haleine le lecteur et qui l'empêchent de penser à autre chose, sinon à arriver à la fin de la trame. Le texte de Karim Akouche en fait partie.
Après sa lecture, je suis resté groggy, comme un boxeur ko debout. J'ai assez reçu de coups de cet auteur, que je n'ai pas cessé d'en parler autour de moi. C'est ce qui explique l'opportunité de cette chronique. Karim Akouche utilise un intercesseur, fictif bien sûr, dans l'écriture de Déflagration des sens. En effet, le vocable « déflagration » est dans la plénitude de sa signification. Il s'agit bel et bien d'une déflagration scripturaire. Ça éclate de partout. Au bout de chaque phrase. Le long de chaque phrase. Donc, le romancier, ici, prend comme prétexte un compagnon, un ami, et en fait un complice de son « forfait » romanesque. Il n'écrit pas. Il dicte ses impressions à cet « autre », lui demandant d'enregistrer ses dires. À chaque fois, il le houspille, le crie, le maltraite, comme s'il s'agissait d'un esclave de ses délires. Il ne lui laisse aucun répit. Puis, il le prend comme témoin, mais un témoin – malheureusement — silencieux. Et s'il s'agissait simplement du narrateur, qui se duplique, pour en former en fait qu'un seul et même acteur !
Quand au fond du roman, il est question donc d'un jeune Algérien, diplômé universitaire, au chômage, qui utilise la débrouille pour pouvoir (sur)vivre. Ce jeune Algérien a tout essayé, jusqu'à tenter l'obtention du fameux visa Schengen, sans naturellement avoir pu arracher le sésame tant couru. Par le biais de l'Ansej, le narrateur arrive à s'acheter un fourgon, pour se faire transporteur de voyageurs. Comme c'est le cas pour beaucoup d'universitaires, en ce moment. Sauf que la concurrence est rude, le héros n'arrive pas à trouver ses marques. Il n'est pas fait pour cela, non plus. Il passe son temps à refaire le monde, affalé sur son siège de devant, ou à rêver à de meilleurs horizons, comme la France ou le Canada. Ainsi, le narrateur se trouve coincé de tous les côtés.
Utilisant tous les expédients à sa disposition, le narrateur utilise la politique de la fuite en avant. Plus les issues de secours lui sont fermées, plus le héros de Déflagration des sens s'enfonce dans son délire, une espèce de douce folie, à travers lequel il essore sa mémoire pour remettre sur le tapis les turpitudes de son enfance et de son adolescence. Tout y passe, dans une franchise parfois troublante. Le chapardage. La zoophilie. Les coups donnés et reçus. Les « sorties de route ». Les blasphèmes. Et, il prend à témoin son alter ego, qui ne dit jamais un mot.
Fatigué d'attendre la solution, il eut l'idée de faire de son fourgon un lupanar ambulant. Il le voyait en soie, de couleur rose. Il se voyait toucher le pèze. Il se voyait riche. Sauf que la société est policée ; ce n'est pas simple de se lancer dans une telle opération. Puis, la fuite en avant vers un horizon qui, à chaque jour, recule davantage, sans offrir de solution aux deux comparses. Et, c'est l'errance, tout en questionnant une autre fuite en avant, celle d'un pays – le sien, en l'occurrence — qui bouffe ses enfants.
Je ne donne pas le mot de la fin. Je laisse le lecteur le trouver. Et de se faire une idée du roman qui, personnellement, m'a soufflé. Maintenant, laissons dire Karim Akouche : « Je n'avais pas de peluches, je n'en avais pas besoin, mon enfance était un petit zoo peuplé de vrais animaux. Je n'étais ni heureux ni triste, camarade. Je vivais simplement, telle une coccinelle sur un bougainvillier. Je sautillais, funambule maladroit, je grimpais les arbres, en tombais, me cassais parfois les bras et les dents. Je lançais des pierres sur les oiseaux, déféquais dans l'herbe, me nettoyait les fesses avec des cailloux, mettais des cigarettes dans la bouche des crapauds, versais de la cire sur des scorpions. Je me roulais dans l'herbe, nu comme un lézard soûl, et montrais mon zizi à des déesses inventées. » (Page 75).
Y. M.


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