Il fallait s'y attendre, les Am�ricains ne veulent plus nous d�mocratiser. Ils savent d�sormais que ce serait peine et vies perdues. Ils sont r�sign�s � nous voir sombrer dans la misanthropie et la haine de soi et � y patauger comme des canetons dans une mare ad hoc. Impossible n'est peut-�tre pas fran�ais mais d�mocratie n'est, et ne sera, s�rement pas arabe. On veut bien en parler, comme on en parlerait dans les veill�es � la chandelle, comme d'un r�ve inaccessible. On peut m�me se laisser aller � organiser des s�minaires sur la solubilit� de l'islamisme dans le bain d�mocratique. Non, jamais au grand jamais, la d�mocratie occidentale �trang�re � nos valeurs, ne trouvera un interstice par o� se faufiler. Nous maintiendrons, envers et contre tous, herm�tiquement closes les portes blind�es qui prot�gent nos tr�sors spirituels. Les Am�ricains se seraient bas�s sur les avis de leurs experts pour mettre un b�mol � leurs projets d�mocratiques. Les journaux arabes ont fait �tat la semaine derni�re d'un rapport du Pentagone publi� par le New York Times et qui dresse un constat d'�chec. Ce rapport met le doigt sur l'incapacit� des Am�ricains � communiquer avec le monde musulman. Ce n'est donc pas le projet lui-m�me qui est remis en cause mais les techniques de communication utilis�es pour faire passer le projet. Le experts du Pentagone qui ne sont pas toujours infaillibles, par ailleurs, estiment que les pays musulmans ne veulent qu'une chose, �tre d�barrass�s de leurs r�gimes dictatoriaux. En fait, le principal probl�me des Am�ricains est dans le choix de leurs amiti�s. Sauf rares exceptions, les alli�s arabes et musulmans de Washington sont des dictateurs ou des autocrates accompagnant le corbillard de la d�mocratie. Tout ce beau monde a donc du r�pit, y compris Kadhafi qui me semble �tre le prochain grand copain de Bush. Les Am�ricains se font donc volontairement le r�ceptacle des col�res refoul�es des peuples tyrannis�s ou mal gouvern�s. De nos jours, il est beaucoup plus facile de rassembler des Arabes en col�re contre Bush que des Arabes passionn�s par Kadhafi. A moins qu'il y ait distribution de visas ou de logements � la cl�. On ne peut pas dire que les Am�ricains ne font rien pour entretenir leurs inimiti�s. Prenez leur meilleur ami du moment l'Egyptien Hosni Moubarek. Son opposition lui pr�te � cors et � cris le noir dessin de donner l'Egypte en h�ritage � son fils. En attendant donc de l'Am�rique d�mocratique, � d�faut d'un sursaut d'indignation, un sermon moralisateur. Les Am�ricains auraient pu dire qu'en d�pit de leur propension � cultiver des dynasties pr�sidentielles, ils ne verraient pas d'un bon œil un Moubarek succ�der � un Moubarek. Eh bien non ! A en croire notre confr�re londonien Al-Qods, l'administration am�ricaine ne s'opposerait pas � une �ventuelle succession du fils Moubarek � la pr�sidence de l'Egypte. Selon notre confr�re qui ne cache pas son parti pris islamiste, les Am�ricains sont surtout soucieux d'�viter une probable victoire des "Fr�res musulmans" dans une �lection "propre et honn�te". Tout en se r�signant � une prochaine dynastie � la syrienne en Egypte, Washington souhaite cependant que le r�gime pratique une plus grande ouverture, en autorisant de nouveaux partis politiques. Ainsi, d'apr�s les pr�visions am�ricaines, l'Egypte serait pr�te dans quelques ann�es, non pr�cis�es, � organiser des �lections pluralistes libres excluant une victoire islamiste. Sans pr�juger de leur d�roulement, ces pr�sidentielles �gyptiennes ont fait d�j� appara�tre une candidature originale, celle de la f�ministe Nawal Saadaoui. Adversaire d�clar�e et intransigeante des islamistes, la c�l�bre psychiatre et �crivain �gyptienne serait sans doute la candidate r�v�e pour les Am�ricains. Seulement, il y a deux obstacles de taille � la concr�tisation d'une telle alliance. D'abord, Nawal se pr�sente comme la candidate antiam�ricaine par excellence. Dans le journal koweitien Al-Rai-Al am, elle r�sume son programme � une guerre d�clar�e contre le condominium am�ricano-isra�lien sur le monde arabe. Ensuite, et c'est l� le plus important, Nawal Saadaoui n'a aucune chance de devenir pr�sidente dans l'Egypte d'aujourd'hui et encore moins dans celle de demain. Elle le sait, d'ailleurs, puisqu'elle se dit de la trempe des pr�curseurs, ceux qui ne sont jamais reconnus de leur vivant !. A une consœur qui s'�tonnait de la voir si peu soutenue par la gent masculine �clair�e de l'Egypte, elle a r�pondu simplement que les hommes avaient peur. Or, Nawal sait que ses contemporains et coreligionnaires ne sont pas aiguillonn�s par la peur de Dieu mais par celle de ses "repr�sentants" sur terre. Jadis, on mentait aux imams et on craignait Dieu, de nos jours c'est l'inverse. Cette peur de para�tre hors normes, d'�tre vers�e dans les effectifs de la m�cr�ance et tra�n� au b�cher, c'est ce qui fait la diff�rence entre la suj�tion et la citoyennet�. C'est cette peur de ne pas para�tre comme un "bon", d'�tre accus� d'ignorance rituelle qui court du Machrek au Maghreb. C'est ce sentiment fondateur de tyrannies qui a �touff� samedi dernier les �clats de rires de dizaines de Y�m�nites rassembl�s pour �couter les divagations d'un des plus grands charlatans du si�cle �coul� et du cidevant. Le Cheikh Zendani, c'est de lui qu'il s'agit, a annonc� sans ciller qu'il avait d�couvert le rem�de contre le sida. Dans son "Universit� de la Foi" qu'il dirige � Sana�, on n'apprend pas uniquement la th�ologie, semble-t-il. C'est l� que Zendani affirme avoir mis au point le rem�de en compagnie de quelques savants. Le m�dicament a �t� administr� � quatre personnes atteintes du mal, un homme et trois femmes. Selon lui, les sympt�mes du sida ont disparu � la suite de ce traitement. Cela se passait lors de la c�l�bration de la Journ�e du sida, en pr�sence des plus hautes autorit�s m�dicales y�m�nites et des sommit�s politiques, comme le ministre de la Sant�. Comment Zendani a pu tenir des propos aussi insens�s et susciter de faux espoirs sans �tre repris ou morig�n�s? Voil� qui rel�ve du myst�re insondable de la crainte de Dieu et de la peur de l'imam. Plus prosa�quement, il faudrait parler de l'influence des camelots sur des foules en �ge d'�tre grug�es. Le penseur tunisien Lakhdar Afif milite pour une �cole qui ne formerait pas des g�n�rations de cr�dules et d'esprits soumis. Sensible au naufrage de notre syst�me �ducatif, il vient d'�crire au pr�sident Bouteflika l'implorant d'ass�cher les sources du terrorisme au sein de l'�cole. Il se dit constern� d'apprendre que dans l'�cole alg�rienne, on apprend aux enfants comment faire la toilette des morts et lapider la femme adult�re. C'est ainsi qu'il a d�cid� de publier une lettre ouverte � Bouteflika dans le magazine en ligne Elaph. Dans cette correspondance parue samedi dernier, Lakhdar Afif affirme qu'il connaissait l'�tat de d�labrement de notre enseignement. "J'ai toujours en m�moire, dit-il, cette r�flexion d'un universitaire alg�rien en 1974 qui disait que si le FIS arrivait au pouvoir, il ne changerait pas une virgule aux programmes d'enseignement. Mais j'ignorais que la situation avait atteint un tel niveau". Lakhdar Afif s'�tonne qu'un Etat qui se pr�tend moderne comme l'Alg�rie "tol�re un enseignement obscurantiste et va � l'encontre de ses principes en faisant de l'islamisme sans les islamistes". Vous avez dit : "sans les islamistes" M.Afif ? Venez donc faire un tour chez nous !