Dorénavant productrice et exportatrice d'engrais azotés grâce à la concrétisation de deux partenariats, l'Algérie engrange une triple plus-value, la réduction de ses importations d'ammoniac et d'urée et l'optimisation meilleure du gaz naturel, outre la création de plusieurs milliers d'emplois directs et indirects et une contribution au développement agricole. Chérif Bennaceur - Oran (Le Soir) C'est «une plus-value que nous engrangeons», assurait mardi dernier Yazid Benmamas, le directeur général adjoint de la société Sorfert (Sonatrach Orascom Fertilisants) spécialisée dans la production d'ammoniac et d'urée. Hôte de médias nationaux, lors d'une visite guidée du complexe pétrochimique de Sorfert, situé à Arzew, Yazid Benmamas considère que la mise en service de ce projet, voilà plus d'une année, dans le cadre d'un partenariat algéro-égyptien (Sonatrach à 49% et Orascom Construction industries à 51%) et pour un coût d'investissement en EPC (Engineering, procurment & commissioning) de 1,641 milliard d'euros (quelque 164 milliards de dinars), sous l'égide notable des sociétés allemandes UHDE et AWG, a été bénéfique. Ainsi, une production de près de 2,8 millions de tonnes d'ammoniac et d'urée a été engagée au niveau de trois trains. Notons que ce complexe, étalé sur 37 hectares, comporte plusieurs installations dont deux trains d'ammoniac d'une capacité de production unitaire de 2 200 tonnes métriques par jour, soit 1,540 million de tonnes par an, un train d'urée en granulés d'une capacité de 3 450 tonnes par jour, soit 1,27 million de tonnes par an. Il comporte aussi des utilités, des off-sites ainsi que des bacs de stockage sur site pour l'ammoniac (15 000 tonnes ) et des bacs au port de Béthioua (60 000 tonnes), avec une capacité de chargement de 1 000 tonnes par heure. Quant à l'urée, un hangar de stockage en vrac d'une capacité de 100 000 tonnes et deux lignes de chargement sont également disposnibles. Des capacités de production (1,054 million de tonnes d'ammoniac et 873 432 tonnes d'urée dont l'essentiel est voué à l'exportation, qu'il s'agisse de l'urée à partir du port commercial d'Arzew ou de l'ammoniac à partir du port gazier de Béthioua. En notant qu'une partie de l'ammoniac non transformée en urée est également exportée. Ce qui a permis de générer déjà près de 500 millions de dollars de recettes d'exportation, le complexe Sorfert devenant, relève Yazid Benmamas, le second exportateur national après Sonatrach». Relevons que les cours de l'ammoniac et de l'urée sur les marchés mondiaux tournent actuellement autour des 300 à 600 dollars la tonne (entre 410 et 600 dollars la tonne d'ammoniac et vers les 380 dollars celle d'urée). Et une exportation dont les marchés ciblés sont notamment l'Europe. Cela étant, le marché domestique n'est pas délaissé, d'autant que Sorfert assure une offre de 124 136 tonnes d'engrais azotés aux demandeurs locaux, pour un profit de l'ordre de 2 milliards de dinars. Soit une contribution certaine au développement agricole domestique, l'urée azotée commercialisée localement étant de qualité supérieure et l'utilisation de cet engrais permettra de relancer les périmètres irrigués, d'alimenter le bétail et de développer la filière laitière. Notons dans ce contexte que Sorfert qui commercialise ses produits à travers une société filiale de Sonatrach, est disposée à réduire ses tarifs de vente de moitié au profit des agriculteurs, notamment au prorata de la demande. Ce faisant, ce partenariat algéro-égyptien contribue à la réduction des importations d'ammoniac et d'urée, le DGA de Sorfert observant que «nous produisons maintenant ce qu'on importait». Il consolide aussi la position de l'Algérie en tant que producteur et exportateur d'engrais azotés sur le marché mondial, un acteur de référence, nonobstant les spécificités de la commercialisation et du transport de l'ammoniac et de l'urée. De même que le développement d'une industrie locale des fertilisants permet une optimisation meilleure du gaz naturel qui entre dans le processus de production de l'ammoniac. D'autre part, le développement de ce partenariat contribue à la création d'emplois locaux, tant directs qu'indirects. Ainsi, l'exploitation du complexe Sorfert occupe, à l'heure actuelle, quelque 655 agents nationaux et indirectement 377 sous-traitants locaux, indique-t-on, en rappelant que la réalisation de ce projet a mobilisé directement 6 272 travailleurs locaux et de manière indirecte 1 320 sous-traitants. La création effective de poste d'emplois directs et indirects, le complexe d'ammoniac et d'urée d'AOA (El Sharika El Djazaïria El Omania lil Asmida), situé à Mers El Hadjadj dans la zone industrielle d'Arzew y participe également. Ce complexe d'envergure mondiale et dont la réalisation a mobilisé 9 000 agents dont 6 853 directs et 1 521 indirects permettra le développement de 550 emplois directs dont 70% sont des nationaux, et un millier de sous-traitants. Lancé depuis 2008, pour un coût en EPC de 2,626 milliards de dollars (210 milliards de dinars), sous l'égide de la société japonaise Mitsubishi Heavy industries ltd (MHI) et la coréenne Daewoo Engineering and construction Co Ltd (DEC), et dans le cadre d'un partenariat algéro-omanais (Sonatrach à 49% et Suhail Bahwan Group à 51%), le complexe d'AOA devrait entrer en production dès la fin 2014 ou au courant du premier trimestre 2015. «Nous avons lancé le démarrage du complexe. Une fois les garanties de l'entrepreneur signifiées, la mise en production sera lancée (définitivement)», indique le directeur général par intérim d'AOA, Saïd Taïbi. Mardi dernier, lors d'une visite médiatique guidée, ce cadre dirigeant d'AOA a fait état d'un délai de «quatre à cinq mois» pour voir ce complexe pétrochimique, étalé sur 75 hectares, entrer progressivement en activité, avec un volume de 2,4 millions de tonnes par an d'urée granulée, générée par 1,4 million de tonnes par an d'ammoniac. Une production dont l'essentiel est voué également à l'exportation à partir de la jetée Mers El Hadjadj, un volume devant être néanmoins consacré à la couverture de la demande domestique, voire à des prix préférentiels comme dans le cas du complexe Sorfert. Ainsi, la mise en production et la commercialisation qui en découlera immédiatement permettront d'augmenter les exportations des engrais algériens, de stimuler le positionnement de Sonatrach et par conséquent de l'Algérie dans le marché mondial des fertilisants. Notons que le complexe d'AOA comporte deux unités d'ammoniac de 2 000 tonnes par jour chacune (soit 1,360 million de tonnes par an), deux unités d'urée granulée de 3 500 tonnes /j chacune (soit 2,38 millions de tonnes par an), des utilités et des off-sites. Il comporte des installations de stockage et produits finis composés de : deux bacs de stockage d'ammoniac réfrigérés de 15 000 tonnes chacun, deux hangars de stockage d'urée de 75 000 tonnes chacun. Précisons que la mise en service du complexe s'opérera de manière progressive. Ainsi, un train d'ammoniac et par la suite un train d'urée entreront en production en attendant que le second train d'ammoniac et le second d'urée leur succèdent. En outre, la capacité de chargement est de 1 200 tonnes par heure, celle d'expédition étant de 60 000 tonnes d'urée et de 30 000 tonnes d'ammoniac. Relevons également que la réalisation d'un troisième train est envisagée, «si les conditions économiques et techniques sont favorables», selon le DGA d'AOA qui ne précise pas la matière concernée.