Bien s�r, les strates les plus anciennes sont les plus solides. En cas de crise, elles r�sistent mieux. Par contre, ce qui s�est construit sur elles, ce qui est le plus r�cent a beaucoup moins de chances. Les strates nouvelles se fissurent, se disloquent. Elles peuvent m�me dispara�tre. Or, rappelons-le, la composante nationale de notre identit�, notre alg�rianit� est toute r�cente, si r�cente qu�elle a eu besoin pour s�affirmer d�en appeler � la l�gitimit� des socles anciens. Il ne s�agit pas d�un ph�nom�ne extraordinaire. Les autres Etats-nations ont aussi fait appel aux vieux socles actifs dans la m�moire collective mais oubli�s dans les souvenirs. Michelet a bien d� activer le mythe d�un pass� ethnique gaulois et celui d�une unit� religieuse catholique. Tous les Etats-nations ont eu recours � ce mythe d�une origine ethnique, linguistique, religieuse unique. C�est que face aux vieux empires f�odaux qui dominaient, eux, des territoires multiethniques, multilinguistiques, multireligieux, l�Etat-nation avait besoin d�une langue unique et d�une soci�t� �unifi�e� pour offrir � l��conomie marchande, l��conomie capitaliste, les conditions de ses r�ussites nationales. Il en est autrement aujourd�hui que le capitalisme est arriv� dans sa concentration � des dimensions mondiales. Rien d�anormal, donc, dans cette tendance des groupes et des organisations qui ont men� la lutte puis la guerre pour l�ind�pendance reproduisent les m�canismes mentaux qui permettent de fonder, de justifier, de l�gitimer un �tat central unique : l�unicit� de la langue, l�unicit� de la religion et l�escamotage des particularismes ethniques. Le malheur, pour nous, reste que ces tendances id�ologiques et politiques menant � la naissance de l�Etat-nation se sont produites, � l�origine, sous l�impulsion des �conomies marchandes naissantes en Europe. Elles reposaient sur de solides tendances �conomiques et sociales qui apportaient aux peuples d�Europe l�esp�rance d�une lib�ration des liens f�odaux, une am�lioration des conditions sociales, des espoirs de promotion sociale, soutenus par ailleurs par les immenses dividendes tir�s de l�exploitation coloniale. Pour nous, la naissance de l�Etat alg�rien, la naissance de notre Etat-nation reste le plus grand progr�s politique et culturel de notre histoire. Mais chaque fois qu�il lui sera impossible de r�aliser ce type de promesses, d�am�liorer la situation des Alg�riens, de permettre la promotion sociale, il entrera en crise et se fissurera laissant place nette aux plus anciennes composantes de notre identit�. Fatalement, car dans la situation sociale, �conomique et culturelle o� nous nous trouvons, la mondialisation ne peut constituer une alternative. Pire, elle est m�me la cause principale des crises qui secouent les Etats nations.