Bâtir des relations entre le monde économique, politique et institutionnel constitue désormais la vision du Forum des chefs d'entreprise (FCE) qui veut aussi instaurer une «approche globale de partenariat pouvoirs publics-représentation nationale-entreprises». Le président du forum, Ali Haddad, a expliqué, hier à Alger, que cette approche a pour fondement le placement de l'entreprise au «centre des politiques publiques». Lors d'une journée parlementaire sur «l'entreprise et l'investissement», organisée conjointement par le FCE et l'Assemblée populaire nationale (APN), M. Haddad a réitéré son appel pour la mise en place des conditions qui permettront à l'entreprise de «prendre véritablement le relais du développement par l'investissement, afin que le processus de croissance s'inscrive dans la durée et que notre pays puisse enfin sortir de la dépendance externe». Cette rencontre a été une opportunité pour réduire le décalage entre le législateur et les chefs d'entreprise concernant la compréhension de l'acte d'investir, de ses déterminants et de ses exigences. Les élus ont été sensibilisés sur les difficultés rencontrées par les entreprises en matière de financement, de foncier, de dysfonctionnements du marché et de bureaucratie, notamment. Hormis ce travail de sensibilisation, le FCE œuvre pour faire du dialogue et de la concertation «une vertu nationale», considérée comme la forme de gestion la plus efficace de tout Etat moderne. Les institutions de l'Etat doivent «refléter les attentes et les problèmes des acteurs économiques, intégrer les potentiels et les génies de la société». «Notre association réitère sa détermination à contribuer à l'instauration dans notre pays d'un climat apaisé pour bâtir une confiance entre tous les acteurs de la vie économique et sociale, pour asseoir une relation empreinte de respect et d'écoute de l'autre. Notre objectif supérieur, commun aux pouvoirs publics et à toutes les forces économiques et sociales, publiques et privées, est de bâtir une société juste et apte à prospérer et à gagner sa place parmi les nations développées», a indiqué M. Haddad, qui a renouvelé l'engagement de son organisation aux côtés des pouvoirs publics. Cependant, le président du forum a été critique à l'égard des politiques publiques. «Les efforts de l'Etat en terme d'amélioration du climat des affaires à travers notamment l'encouragement du partenariat, la création d'entreprises sont appréciables mais, déplore-t-il, «quels que soient les progrès que nous avons réalisés jusqu'ici, ils restent en effet insuffisants car, dans notre pays, l'investissement est contrecarré par les conditions draconiennes du financement, par l'accès au foncier industriel, en plus des entraves de toutes sortes liées à l'environnement institutionnel dans lequel évolue l'entreprise algérienne». Ces contraintes ont freiné l'élan de création d'entreprises qui se limite à moins de 20 000 entités économiques par an, et il en meurt la moitié. «Nous devrions créer 60 000 entreprises par an au moins pour réaliser les taux de croissance qui permettraient de donner du travail à tous les Algériens qui arrivent massivement sur le marché du travail. Pour cela, notre économie a un besoin urgent d'une politique du crédit rénovée qui assure l'égalité d'accès à toutes les entreprises aux financements à court terme et à long terme, à des conditions qui soient favorables à l'investissement». Pour favoriser davantage la volonté d'entreprendre et d'investir, M. Haddad a réitéré son appel pour «lever la contrainte lourde de l'accès au foncier industriel, car l'entreprise algérienne souffre de difficultés énormes en la matière». Il en veut pour preuve les nombreux projets productifs créateurs d'emplois qui n'ont pas été réalisés à cause de telles difficultés. «Malgré tous les efforts d'organisation entrepris par l'Etat, l'appareil de production ne parvient pas à s'insérer de façon réussie dans l'économie mondiale, qui connaît de profondes mutations.» «Les efforts n'ont pas été suffisants pour empêcher l'afflux de produits, souvent de contrefaçon, en provenance des marchés extérieurs, ni pour empêcher la fraude et les pratiques déloyales sur notre marché», a-t-il déploré. La concertation : une règle M. Haddad reproche à l'Etat de ne pas «réussir à arrêter l'érosion de notre tissu industriel ni à exporter autre chose que du pétrole et du gaz», mettant en avant l'urgence d'«accélérer les réformes, d'engager la réforme de l'administration, de mobiliser toutes nos ressources pour mener les transformations de structure indispensables et résoudre les contraintes innombrables qui entravent l'entrepreneuriat, qui limitent l'investissement, qui bloquent la créativité des Algériens». D'où la demande du vice-président du FCE, Brahim Benabdeslem, de faire de «la concertation permanente une règle». Il a souligné que «Le FCE se considère comme le partenaire des pouvoirs publics dans la définition des stratégies économiques, il est dans une logique de construction et non de confrontation». Pour sa part, Mohamed Bairi a estimé que l'APN «constitue pour nous un interlocuteur de choix dans la mesure où les textes de loi sont discutés et débattus par les élus du peuple. Son rôle est essentiel voire déterminant dans toute politique qui impacte l'économie nationale». Un comité de suivi mixte FCE-APN a été, par ailleurs, mis en place et qui aura pour mission essentielle de permettre à la concertation de devenir «une démarche systématique, voire une tradition» dans les relations des deux parties.