Les législatives d'aujourd'hui se joueront certes dans les bureaux de vote. Mais, depuis des jours, la bataille n'a pas quitté les réseaux sociaux où les internautes étaient, jusqu'à hier, partagés entre participationnistes et partisans de l'abstention et du boycott. À travers des podcasts, des publications ou autres moyens de partage, la Toile a explosé, comblant le vide laissé par les partis qui n'arrivent plus à développer de discours politiques à la hauteur des attentes. Ces podcasts et publications sur les réseaux sociaux (tweeter, facebook, youtube) sont devenus aujourd'hui les moyens par lesquels les jeunes et moins jeunes font entendre leur voix, et transmettent la réalité de leur souffrance. Après 21 jours de campagne électorale qu'ont menée les partis politiques pour essayer de convaincre le peuple algérien de la crédibilité de leurs programmes en vue des législatives, un simple podcasteur a réussi à attirer l'attention mieux que n'importe quel candidat. En l'espace de 24 heures, la vidéo publiée par le blogueur Dzjoker a fait réagir plus d'un demi-million de personnes. Un véritable manifeste pour le boycott. Quand libre expression fait peur... La vidéo intitulée en arabe classique «mansotich» de cet activiste a fait trembler des responsables au sein du gouvernement qui ont vu dans son ampleur une menace contre le taux de participation. Pour les uns, tous ces messages sont l'œuvre de mains étrangères qui essaient d'imposer le boycott de l'événement, et qu'il est du devoir des citoyens d'affirmer leur attachement à la nation en allant voter en masse. «Qu'ils votent ou pas, c'est leur affaire ! C'est le devoir de chacun d'entre nous d'aller voter le jour des élections», a indiqué le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aissa. Pour sa part, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, s'est exprimé lors de plusieurs visites de travail où il a appelé les citoyens à voter en masse, notamment les femmes qui, selon l'humour de Sellal, «doivent pousser (leurs) époux à aller voter, faute de quoi le café le matin ne leur sera pas servi». Une vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Dans le même contexte, Noureddine Bedoui, ministre de l'Intérieur, a évoqué les dangers des appels au boycott, plaidant pour l'utilisation de la technologie par les jeunes afin de soutenir le gouvernement et défendre le Parlement. Bedoui est allé même jusqu'à avertir les jeunes qui soutiennent la campagne «anti-vote» sur les réseaux sociaux, Facebook, Twitter et YouTube. A ses yeux, «les contenus publiés ne sont pas diffusés à une échelle locale, mais sortent du territoire national. Ce qui porte préjudice au pays». C'est dire à quel point les responsables officiels ont paniqué suite à la mobilisation des «facebookers» en faveur du boycott. Ces derniers, faut-il le dire, sont soutenus par plusieurs célébrités de la Toile. Partis face aux facebookeurs Cependant, il faut admettre pourtant que les partis ont mené une campagne contre le boycott sur la Toile, bien qu'ils soient confrontés à une vague de colère engendrant la totale indifférence des citoyens envers le scrutin. À travers les pages officielles des partis politiques, on trouve des commentaires sur les publications qui, le moins que l'on puisse dire, font rage dans la majeure partie du temps. Des messages de désinvolture ou de total désintérêt envers telle ou telle autre publication. Parmi les pages les plus commentées, celles du TAJ de Amar Ghoul, du RND de Ouyahia et du FLN de Ould Abbès. Pour le Taj de Amar Ghoul, sa page officielle, à plus de un million de fans, déborde de commentaires. «Je vais voter afin de soutenir le TAJ et ainsi aller au-devant de mon avenir», a indiqué un facebookeur. A un autre de soutenir : «Le TAJ est l'espoir des jeunes. Tous présents le 4 mai». Pourtant, certains n'hésitent pas à exprimer leur colère. «Ce sera comme chaque mandat ! Que des promesses», «le vote est une totale arnaque», peut-on lire dans certains commentaires. Sur les deux pages du FLN et du RND, qui sont respectivement à plus 120 000 et 28 000 fans, des publications qui appellent les citoyens à affirmer leur patriotisme en votant en masse aujourd'hui n'ont pas été sans réponse. Il y a ceux qui sont pour et d'autres contre. «Le vrai front de libération nationale (FLN) n'est plus. Le FLN d'aujourd'hui est rempli de personnes corrompues», a asséné un facebookeur, tandis qu'un autre affirme que «le FLN est et restera le front qui était le premier facteur ayant mené à la libération de l'Algérie». Idem pour le RND sur lequel on trouve des commentaires en tout genre.