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SEDRATA : une capitale oubliée du Maghreb central
Cités de l'Islam
Publié dans Le Temps d'Algérie le 31 - 08 - 2009

Entre le Grand Erg oriental et le Grand Erg occidental, à 800 km au sud d'Alger et à 14 km au sud-ouest de Ouargla, en plein désert algérien, se trouvent les restes d'une ville fondée au IXe siècle : Sedrata.
Les Ibadites, maîtres de Sedrata
Si Ouargla, dont s'est emparé El Mouiz Ibn Ziri, émir de Kairouan en 1037, fut reconstruite en 1075 par les survivants, les autres villes comme Sedrata, Tamount et Tamezought furent presque abandonnées. Leur destruction définitive fut l'œuvre de Yahia Ibn Ghania le Morjquin qui envahit le pays en 1274.
Sedrata doit sa naissance aux Ibadites, zélateurs d'une foi rigoureuse prétendant établir leur pouvoir loin des compromissions d'un empire trop profane. Les Ibadites - désignés aussi comme Kharéjites - suscitent bien des questions.
Issus de Basra (Irak), ils vécurent une longue période de kitman (secret quant à leur doctrine). Ils se répandirent largement dans le monde islamique et eurent un temps l'ambition de restaurer un pouvoir «pur» en renversant le califat. Implantés en Afrique du Nord, les Ibadites établissent dès le VIIIe siècle une véritable résistance au pouvoir central abbasside qui s'exerce difficilement depuis Baghdad.
Un Ibadite d'origine persane, Ibn Rustam, fonde la ville de Tahert (ouest de l'Algérie) et devient l'imam des Ibadites. La puissance de l'imamat rustémide fut reconnu par tous les Ibadites, jusqu'en Orient ; cependant au début du Xe siècle, la partie orientale de l'Afrique du Nord fut balayée par de nouveaux conquérants, les shiites fatimides, futurs fondateurs du Caire.
Dans la tourmente, l'imamat de Tahert disparut et les Ibadites établirent un nouveau refuge dans l'oasis de Ouargla, à Sedrata. Ils revinrent alors à un état de kitman. Dans l'oasis de Ouargla se mit en place un gouvernement de type nouveau constitué par des conseils de reclus présidés par un cheikh.
Une ville révélée puis oubliée
La ville a été successivement révélée puis oubliée, à nouveau gagnée par les sables. L'ensemble, redécouvert pour la première fois en 1868, au cours d'une «exploration des bassins du Hodna et du Sahara» par M. Ville, et non pas en 1885 par H. Tarry comme on l'écrit habituellement, a constitué au Xe siècle un important ensemble architectural ;
en particulier, il renferme les premiers vestiges d'une architecture palatiale en Algérie pour la période islamique. En 1883, H. Tarry publie les premiers éléments relatifs au «palais» grâce aux sondages qu'il a faits en 1881. Les décors de stuc trouvés alors sont perdus.
En 1898, Paul Blanchet entreprit à Sedrata des fouilles pour le compte de l'Académie des inscriptions et belles lettres. Il fouilla le palais nord, où il dénombra 34 pièces, ainsi que la mosquée.
Une mort précoce l'empêcha cependant de publier ses travaux, mais la Société de géographie conserve ses photographies. Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 1942 et 1945, le service des Antiquités d'Algérie suscita des fouilles et des éléments du décor de stuc furent déposés au musée Stephane-Gsell à Alger.
Enfin, en 1951, Marguerite van Berchem entama une campagne de fouilles qui se poursuivit aussi en 1952. Elle publia de nombreux articles mais faute de photographies aériennes et d'une cartographie précise, elle ne put établir un relevé topographique de la ville et de ses environs.
L'absence d'eau, malgré l'existence d'un puits artésien - nommé «Ayn al-safa», mentionné par les sources historiques et trouvé par Tarry mais qu'il ne localisa pas -, rendit les travaux plus difficiles encore.
C'est cependant pour l'heure les seules connaissances solides sur ce site important.
La ville de Sedrata, un chef-d'œuvre architectural
Sedrata était au centre d'une zone d'irrigation. Les canaux principaux avaient 2 ou 3 m de largeur ; ils alimentaient des cultures maraîchères formant un réseau dense. À l'extérieur de la ville se trouvaient des bassins destinés à la collecte des eaux issues de la nappe artésienne. Ce sont «les gerbes d'eau d'une puissance incroyable» qui vont «faire fleurir tout ce désert».
Ainsi se développe une ville qui s'étendait sur plus de 2 km alors qu'elle n'excédait pas 600 m de largeur. Elle était ceinte de murs renforcés de tours carrées, de palmeraies et de jardins. De là, marchands et missionnaires ibadites rayonnaient vers le Soudan, le Ghana, la Mauritanie et les régions de la boucle du Niger.
En 1951, Marguerite van Berchem exhuma des sables une vaste demeure : elle couvrait probablement une surface de 180 à 200 m⊃2;. Une des salles était pourvue d'alcôves surélevées et voûtées, ornées de décors de plâtre taillé ou timchent, plâtre gris du pays encore en usage en 1950. À la fin de la première campagne, l'archéologue suisse remarqua un vaste monticule.
Quelques sondages révélèrent un palais, fouillé l'année suivante. Ses murs étaient couverts d'un abondant et sophistiqué décor de stuc s'organisant en assemblages de panneaux aux motifs différents, véritables tapis muraux. La calligraphie se limitait à la répartition du mot «bénédiction».
Le décor se concentrait dans une vaste salle oblongue, s'ouvrant par une baie sur une grande cour et desservant de petites pièces à ses extrémités ; au fond, face à la baie d'accès, se trouvait un iwan s'ouvrant sur une plate-forme surélevée ; de part et d'autre, des espaces secondaires coudés, dont un s'achevant par un couloir. Dans un des angles de la cour, un petit mihrab (niche précisant la direction de la prière) était conservé.
Le décor de la grande pièce de réception se signale par un répertoire unique de motifs évoquant fortement l'art textile et semblant redevable à un fonds local ; on a ainsi établi des rapprochements avec l'art de la broderie mais aussi avec les décors d'époque chrétienne de Tébessa.
Cependant, dans l'articulation des surfaces, le goût de certains motifs, les ouvertures lobées, les modillons à copeaux, enfin dans l'emploi d'un espace architectural hiérarchisé, les parallèles sont probantes avec d'autres vestiges de l'architecture palatiale islamique.
Des ressemblances avec Balkh ou Samarra
Sans aller jusqu'à proposer des rapprochements avec Balkh (Afghanistan) ou à envisager ceux avec Samarra (Irak), Sedrata, malgré son originalité, ne doit pas être regardée comme inclassable. Ces vestiges sont les seuls qui demeurent de l'activité constructrice des Ibadites du Maghreb ; en effet, Tahert ne conserve aucune de leurs traces, pas plus que les cinq villes du Mzab où les Ibadites se réfugièrent finalement.
Le décor du «palais» montre que, bien au-delà de la zone urbanisée et du vieux limes romain, s'était développée une architecture résidentielle très raffinée en Afrique du Nord. Les circonstances de l'abandon de Sedrata ne sont pas claires. On l'a rattaché aux menées des Fatimides et on a voulu imaginer que la ville avait disparu dans le dernier quart du XIe siècle.
Or un manuscrit trouvé à Ouargla par Tarry semblait assurer que la ville n'avait été détruite qu'en 1274 par un chef de guerre, Yahia Ibn Ghania le Morjquin qui envahit le pays cette année-là. Mais le manuscrit est demeuré introuvable ! Le centre de la ville n'a pas été fouillé par manque de moyens et notre connaissance de Sedrata n'a plus évolué depuis, faute de nouvelles fouilles.
Sedrata qui connut aux dixième et onzième siècles une très grande prospérité qui alla s'atténuant, fut détruite en 1274. Mais entre-temps, les Ibadites, qui avaient eu le temps d'être prudents, avaient pris leurs précautions. Envoyant des missions dans différents sites désertiques du sud, ils étaient partis à la recherche d'une zone de repli, vraiment inaccessible, au cas où...


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