Une partie des groupes djihadistes chassés du Nord du Mali par l'armée française a trouvé refuge dans le sud de la Libye, région qui considérée comme le fief des salafistes touareg qui ont combattu cette même armée aux côtés des troupes du colonel Kadhafi, en 2011. Deux ans après la fin de la guerre dans ce pays, dans cette région où les nouvelles autorités libyennes ne sont pas encore parvenues à exercer leur contrôle, le trafic d'armes, les attentats et le mouvement des groupes terroristes sont plus fréquents que jamais, contrairement aux affirmations du gouvernement de Tripoli. C'est à partir de ces bases qu'aurait été planifié le double attentat-suicide qui avait été perpétré la semaine dernière contre une caserne de l'armée nigérienne d'Agadez et à Arlit où le groupe Areva exploite le gisement d'uranium qui assure le tiers de la production d'électricité de la France. Il est évident que les groupes de Mokhtar Belmokhtar disposent sur place d'un puissant réseau de soutien. Sinon comment expliquer que le kamikaze d'Agadez, qui serait un élément d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ait pu cibler avec autant de facilité l'«inaccessible» quartier général du commandant de la base militaire d'Agadez ? Tout porte à croire qu'une bonne partie des djihadistes s'était réfugiée dans le sud libyen pour consolider ses nouvelles bases en ces terres familières, pendant qu'une autre tentait de retarder l'avancée des troupes françaises dans les Iffoghas maliennes non loin de la frontière algérienne. Les éléments de Belmokhtar avaient tenté deux opérations spectaculaires pour démontrer leur marge de manœuvre au Maghreb. C'était l'objectif de la prise d'otages d'In Amenas, l'échec le plus cuisant du «Borgne», alias «Mister Marlboro» qui a perdu une trentaine de ses meilleurs effectifs face à la riposte des forces spéciales algériennes. A la suite de ce fiasco terroriste, les groupes de Belmokhtar ont opté pour le «maillon faible» maghrébin, c'est-à-dire le sud tunisien dont ils ont fait le prolongement de leurs bases libyennes. Jeudi, le président François Hollande avait clairement laissé entendre, dans l'interview télévisée qu'il a accordée à un groupe de médias, que le repli du contingent français sera partiel. Une partie des 2000 soldats français engagés au Mali restera dans les pays voisins. C'est-à-dire au Niger, et surtout au Tchad, d'où seront menées à l'avenir des opérations militaires aériennes contre les bases djihadiste dans le sud libyen. Ce que le président français n'a dit que par allusion, son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, l'a annoncé avec plus de clarté : «Le moment semble venu de faire un effort spécial dans le sud libyen !», avait-il déclaré, mercredi, à Niamey, capitale du Niger. Les intérêts économiques de la France sont la future cible prioritaire des djihadistes implantés en territoire libyen voisin de la région d'Arlit. La société Somair, 64% de capitaux français, perd un million d'euros par jour depuis qu'elle a suspendu ses activités depuis l'attentat terroriste. Les autorités nigériennes encouragent la France à intervenir en Libye. Pour le président nigérien, Mahmadou Issoufou, la France doit intervenir dans les sud libyen pour les mêmes raisons qu'au Mali car «pour le Niger, la menace principale s'est seulement déplacée du Nord du Mali vers le sud libyen».
Les craintes de Tripoli Les nouvelles autorités de Tripoli craignent qu'une nouvelle intervention militaire française dans leur pays ne soit l'occasion rêvée pour le radical salafiste Belhadj dont les éléments ont fait récemment le siège des édifices du gouvernement (ministère des Affaires étrangères et de l'Intérieur), de passer dans le camp des djihadistes de Belmokhtar. C'est pourquoi le Premier ministre Ali Zeidan clamait, cette fin de semaine à Bruxelles, que son pays «n'est pas un foyer du terrorisme». Pourtant, les attentats terroristes à Benghazi sont de plus en plus fréquents et meurtriers. Laurent Fabius est persuadé qu'«une grande partie du territoire libyen peut être aujourd'hui un refuge pour les groupes terroristes». Le principe d'un engagement militaire français acquis, il reste seulement à en étudier la forme. La France n'envisagerait pas d'intervenir en Libye comme elle l'a fait au Mali avant de passer la main à la force africaine. Paris verrait d'un bon œil une «opération conjointe» des pays voisins arabo-sahéliens (Algérie, Tunisie, Egypte, Tchad et Mali) dans leur lutte contre les salafistes. La réalité sur le terrain pourrait toutefois conduire le gouvernement français à revoir ses calculs stratégiques dans le sens d'une nouvelle intervention directe dans ce pays maghrébin où les intérêts énergétiques sont colossaux.