Après le réquisitoire de Colin Powell devant le Conseil de sécurité, Washington estime que les jeux sont faits. Attendu comme le tournant dans le bras de fer américano-irakien, le discours du secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a laissé analystes et observateurs sur leur faim, n'apportant en fait aucuns éléments nouveaux susceptibles d'emporter l'adhésion de la communauté internationale. Après la prise de parole de M.Powell devant le Conseil de sécurité, les choses sont demeurées en suspens et rien, pour le moment, ne justifie les préparatifs d'une guerre, selon notamment Paris, Berlin et Moscou, pas du tout convaincus par l'intervention, du secrétaire d'Etat américain, et qui récusent toutes attaques en dehors du feu vert de l'ONU. Tout un chacun attendait de Colin Powell - après le matraquage médiatique fait autour de son discours - «une démonstration très forte» à même d'emporter l'adhésion des sceptiques. Cependant, séduire des gens déjà convaincus de la nécessité de frapper l'Irak, ou, par les pressions, obliger d'autres à appuyer les démarches guerrières de Washington, n'est guère probant ni une grande performance. Or, si «les preuves» que détiendraient les Etats-Unis existaient, celles-ci demanderaient, en tout état de cause, à être confrontées à d'autres regards moins engagés et ayant plus de distance par rapport à la problématique irakienne. Devant le Conseil de sécurité, Colin Powell n'a pas présenté de «preuves» absolues, mais fait part d'indices accumulés à partir de photos satellites, d'écoutes de conversations téléphoniques, de témoignages divers, toutes choses manipulables, auxquelles il peut être fait dire tout ce que l'on veut, et entrent dans la logique actuelle de pratique à outrance de la désinformation. Et c'est à partir de ces indications peu décisives - forgées de bric et de broc - à la limite obsessionnelles, que les Etats-Unis veulent déclencher une guerre avec des conséquence humanitaires dont personne ne peut prévoir les terrifiantes retombées. Il est patent que d'aucuns sont conscients qu'il faut des moyens techniques et technologiques énormes, nécessaires à la fabrication des armes de destruction massives, lesquelles ne peuvent être cachées et, en tout état de cause, ne peuvent absolument pas se faire dans la clandestinité. Depuis deux mois qu'ils sont en Irak les inspecteurs de l'ONU n'ont rien trouvé de tel. Où sont donc les usines d'armement irakiennes? Les Irakiens seraient-ils parvenus à miniaturiser leurs usines et leurs bombes atomiques? Le rêve de tout général qui a soif de conquête. Dès lors, quelles preuves montre Colin Powell ? La communauté internationale peut-elle se satisfaire d'arguties qui ne convaincraient même pas aux plus profanes en la matière? Bagdad serait-il, en ce do-maine, en train de commettre le crime parfait, en fabriquant des armes prohibées sans que les experts arrivent à en relever les traces? Ce qui apparaît avec certitude, c'est que les Américains, malgré leurs déclarations péremptoires, ne détiennent aucune preuve irréfutable, mais tentent néanmoins de faire accroire le contraire à la communauté internationale. Prévenus de tout ce tout ce que peuvent dire les Irakiens pour s'innocenter, les USA spéculent, à la limite de la fabulation, sur la mauvaise foi qui serait celle de Saddam Hussein et des dirigeants de Bagdad. Dans son intervention devant le Conseil de sécurité le secrétaire d'Etat américain n'apporte, selon le sentiment général, aucun élément nouveau à même de réfuter les démentis irakiens ou, plus probablement, d'asseoir leurs propres accusations quant à la détention par l'Irak d'armes de destruction massive. Ce qui ressort de ce désespéré appel à la guerre américain c'est indubitablement le fait qu'ils ne détiennent aucune preuve de flagrant délit contre l'Irak. Que dit M.Powell? Tels que présentés, par le secrétaire d'Etat américain, les «indices» restent tout à fait inconsistants et peu concluants. Selon lui, «les gaz» seraient, «disséminés, par l'Irak, dans les réservoirs des bombardiers Mirage», affirmant en outre que l'Irak a mis en place «un système destiné à cacher des choses, à les dissimuler» pour «tromper les inspecteurs» de l'ONU. Des «prisonniers, condamnés à mort», qui seraient «utilisés comme cobayes», à «l'espionnage» des inspecteurs de l'ONU, Bagdad serait donc, selon Colin Powell, en «violation patente» de la résolution 1441 du Conseil de sécurité, soulignant pour finir que l'Irak «ne doit pas profiter du bénéfice du doute». D'aucuns ne cessent de s'interroger sur cet acharnement des Etats-Unis contre l'Irak, autant du point de vue des coûts, qui seraient très, très, élevés, que de la finalité d'une guerre dont Washington n'a jamais explicité les objectifs réels. Une première réponse semble avoir été donnée jeudi par Colin Powell, qui s'exprimait devant le Congrès. Celui-ci affirmait qu'un «succès militaire aiderait à remodeler fondamentalement la région moyen-orientale dans l'intérêt des Etats-Unis». Une partie du voile est de la sorte levée sur ce dispendieux engagement militaire et financier américain dans une région, certes gorgée de pétrole, que Washington ambitionne de mettre sous son autorité. Les déclarations de M.Powell sont ainsi une sorte de confirmation publique des intentions impérialistes américaines sur le Proche et le Moyen-Orient. Le discours de Colin Powell n'a donc ni démontré, ni étayé les accusations américaines, même si cela ne semble pas vraiment important pour le président Bush qui déclarait jeudi que la «partie est (maintenant) terminée avec l'Irak», au moment ou de nouveaux renforts américains sont dirigés sur le Golfe. La communauté internationale acceptera-t-elle de partir à l'aventure d'une conflagration mondiale, décidée par un groupuscule de faucons, au seul motif de simples présomptions, qui cachent mal leur ambition hégémonique sur le monde?