La mémoire de tous ceux qui ont marqué l´histoire de notre pays et surtout ceux qui ne sont plus de ce monde, ne doit pas être laissée à la merci de ceux qui, sans état d´âme, s´en servent comme d´un marchepied. Nous allons commémorer, dans deux jours, le 65e anniversaire de cette tragique et importante date de notre histoire qu´est le 8 mai. Nous n´en dirons pas plus sur l´évènement lui-même. Pourquoi? Ces jours-ci nous assistons à un jeu malsain auquel certains cercles politiques se livrent en se servant de notre histoire. De nos martyrs ainsi que d´illustres personnalités aujourd´hui disparues. Nous ne les suivrons pas dans le «débat national» qu´ils voudraient voir s´instaurer autour du pan de la guerre de Libération nationale qu´ils ont choisi pour faire perdre à l´opinion le peu de repères qui reste d´une écriture de l´histoire qui ne veut pas démarrer. Le 8 Mai 1945 sera pour nous, cette année, l´occasion pour appeler, supplier même, nos décideurs sur l´urgence qu´il y a à écrire notre histoire. De créer les conditions idoines pour que nos historiens se mettent à la tâche au plus vite. Dire que la nature a horreur du vide ne suffit plus. Les dégâts que peut causer ce vide peuvent être irréversibles. L´intrusion des hommes politiques dans cet espace laissé vacant est inadmissible. On ne peut accepter que la mémoire de nos martyrs soit souillée par des ambitions purement politiciennes. Il s´agit d´un patrimoine national. Nos héros n´appartiennent à aucune des factions politiques qui se livrent des batailles pour le pouvoir. La mémoire de tous ceux qui ont marqué l´histoire de notre pays et surtout ceux qui ne sont plus de ce monde ne doit pas être laissée à la merci de ceux qui, sans état d´âme, s´en servent comme d´un marchepied. Nous appelons également nos parlementaires à légiférer pour interdire, à l´avenir, toute intrusion de la politique dans cet espace mémoriel qui appartient à tous les Algériens et qu´il faut impérativement et fermement protéger. C´est aussi de la responsabilité de l´Etat. Aucun individu n´a le droit de juger, seul, l´histoire et tout ce qui la compose. Nous l´avons écrit plusieurs fois ici même: tous les pays au monde écrivent leur histoire dans un sens de glorification de leur passé. En «zappant» tous les faits, toutes les attitudes qui pourraient prêter à équivoque et entacher leur histoire. Que ceux qui pourraient en douter se réfèrent à l´écriture de la Seconde Guerre mondiale. Certes, chaque pays a sa propre version, mais ce qui en est universellement retenu est loin d´être indemne de tout «zapping». Que ce soit pour les parties glorifiées ou pour celles qui ont été diabolisées, chacun sait qu´elles l´ont été pour la «bonne cause». L´impartialité et l´objectivité ne sont qu´une vue de l´esprit dans une telle entreprise. Pourquoi en serait-il autrement lorsqu´il s´agit de notre histoire? D´un ancrage pour toutes les générations qui nous succéderont jusqu´à l´éternité. Une fois convaincu de cette évidence, il est clair qu´on ne peut s´autoriser à noircir un héritage si noble que se partagent l´ensemble des Algériens. C´est pourquoi aussi nous nous dressons contre toute tentative qui vise à semer le trouble dans l´esprit de nos compatriotes. Tous les intellectuels qui ont l´Algérie au coeur en général, et les historiens en particulier, devraient s´élever et dénoncer l´utilisation de l´histoire au seul profit du jeu partisan. Notre silence aujourd´hui sur l´épisode tragique qu´a vécu le peuple algérien le 8 mai 1945 se veut une manifestation de colère rentrée contre ces politiques et leurs «vérités» qui ne servent pas l´intégrité de la nation. Le silence est en même temps celui du recueillement à la mémoire de nos martyrs. Tous nos martyrs. zoume6@hotmail.com