Que sera le nouveau visage de l'APN? La responsabilité et la mission des futurs députés seront décisives, probantes et déterminantes. Compte tenu du passif démocratique que traîne le régime algérien, et quoi qu'il fasse, il lui sera difficile de convaincre, aujourd'hui, qu'il a rompu avec les pratiques du passé. Qu'il mobilise autour de ses options les formations politiques traditionnellement proches de lui ou qu'il s'ingénie dans le discours en faveur des citoyens, cela ne change fondamentalement rien dans la perception que ces derniers ont du pouvoir. Cela s'explique par le fait que les citoyens savent que le meilleur chemin qui mène vers l'instauration d'un Etat de droit est le respect de la volonté populaire exprimée à travers le libre choix des urnes conditionné par les efforts faits au plan interne dans le sens de la refondation du système politique afin de lui donner un véritable ancrage démocratique. C'est ce que l'on peut déduire de la conférence-débat, organisée hier par le Centre de recherche stratégique et sécuritaire (Crss) à Ben Aknoun (Alger), sous le thème de «L'ingénierie constitutionnelle en Algérie». S'exprimant à l'occasion, les constitutionnalistes, Saïd Moukhadem et Faden Mohammed, ex-membre du Conseil constitutionnel, unanimes, relèvent qu'en dépit du caractère constitutionnel de la prochaine Assemblée nationale (APN), aucun candidat ou formation politique n'a proposé ou défendu devant les citoyens un projet politique ou constitutionnel devant arbitrer le fonctionnement de l'Etat. «La future chambre basse du Parlement va, en effet, débattre et délibérer sur la loi fondamentale du pays, qui décidera du mode de fonctionnement de la société», a expliqué Saïd Moukhadem, avant de poursuivre que les futurs députés auront, indique-t-il, à oeuvrer pour mettre du mouvement dans le statu quo et remettre les citoyens en ordre de bataille pour amorcer une transition démocratique dans des conditions sereines. Un chemin qui conduira à l'instauration d'une Assemblée constituante chargée d'élaborer les textes de la loi fondamentale du pays. Le constitutionnaliste explique que les 462 députés qui seront élus parmi 25800 candidats présentés par 44 partis politiques en lice, auront par conséquent une mission historique, différente de celle des élus des précédentes Assemblées que l'on a connues. Néanmoins, relève-t-il, il est regrettable de constater que la campagne électorale pour les élections du 10 mai, qualifiée par les hautes autorités du pays «d' historique», comparée même au 1er Novembre, soit juste une aubaine pour des formations politiques, qui s'ingénient à convaincre l'électorat à se présenter aux bureaux de vote le jour «J». Pourtant, la responsabilité et la mission des futurs locataires de la chambre basse du Parlement, indique le conférencier, sera décisive, probante et déterminante. Car, la future Assemblée sera en effet associée à l'élaboration de la loi fondamentale du pays, qui décidera du mode de fonctionnement de la société. Théoriquement, l'enjeu est donc majeur. On le constate. Selon le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, cette dernière aura pour mission de débattre et de délibérer sur un avant-projet de Constitution qui leur sera soumis par le président de la République. Pour sa part, Faden Mohammed souligne, à son tour, que la nouvelle Constitution doit impérativement rattraper les décalages enregistrés et oxygéner la vie publique et politique, tout en donnant une impulsion aux forces vitales, tous domaines confondus, pour contribuer à l'édification d'un Etat de droit. Toutefois, il a fait noter qu'aucun candidat ou parti n'a proposé un système politique qu'il veut mettre en place ou quel sera le rôle de la société civile dans la gouvernance du pays. «Les futurs parlementaires ne donnent pas leurs points de vue sur les relations qui départageront le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, sur le statut de la justice, de la réforme de l'école et de la santé» a-t-il ainsi relevé, indiquant que ce sont là autant de ratages qui caractérisent cette campagne électorale, qui est, semble-t-il, ignorée par les citoyens qui ne croient guère que le pouvoir a rompu avec les pratiques du passé.