L'année dernière, la pomme de terre avait connu des prix incroyables Le poulet a atteint, hier, 400 dinars sur le marché. Pourtant l'Etat a supprimé certaines taxes pour le maintenir autour de 250 dinars le kg. Déjà inabordables, les prix des fruits et légumes risquent de connaître une nouvelle hausse à la faveur des intempéries comme cela a été le cas l'année dernière. L'argument avancé alors était l'impossibilité d'accéder aux champs pour faire les cueillettes. On se souvient des conséquences de cette situation. La pomme de terre a coûté plus cher que les fruits exotiques. L'Etat a-t-il pris les mesures nécessaires pour que ce genre de situation ne se reproduise pas? En tout cas, l'Etat ne cesse de faire des gestes en direction des agriculteurs pour les stimuler et les pousser à accroître leur production. Dernière concession en date, la suppression de certaines taxes que les éleveurs de volaille avaient réclamées pour compenser la hausse des prix des aliments sur le marché. De leur côté, les producteurs s'étaient engagés à maintenir le prix du poulet autour de 250 dinars le kg. Un leurre, car depuis que la mesure est entrée en application, le prix du poulet est rarement descendu en dessous des 300 dinars. Hier, à l'occasion de la célébration de la fête religieuse du Mouloud Ennabaoui, les citoyens ont été obligés de payer le prix fort pour pouvoir se le procurer. Beaucoup l'ont acheté à 400 dinars alors que le prix plafond était de 250 dinars le kg. Soit un écart de 150 dinars par rapport au prix promis par les éleveurs. Certes, ces derniers disent s'en laver les mains, accusant directement les intermédiaires, responsables selon eux, du dérèglement sans cesse du marché. Or, tout le monde sait qu'ils ne sont pas les seuls et que les producteurs ont également une part de responsabilité. D'ailleurs, pourquoi certains d'entre eux se laissent-ils tenter par le gain facile, en écoulant leurs marchandises en dehors des circuits légaux? Les intermédiaires comme on les appelle communément, ont investi le secteur et profitent de la complaisance des producteurs pour prospérer et amasser des fortunes colossales. Ce sont ces parasites et ces éleveurs qui se sucrent sur le dos du consommateur, qui est au demeurant le dindon de la farce. Au lieu d'atterrir directement sur le marché, le poulet emprunte plusieurs circuits et change plusieurs fois de mains avant d'arriver à destination. Idem en ce qui concerne les fruits et légumes. En dépit des mesures incitatives arrêtées par l'Etat, prêts bancaires, allégement de certaines taxes et suppression des dettes des agriculteurs, le marché des fruits et légumes connaît de fréquentes hausses qui donnent le tournis au consommateur. Pour justifier la hausse de certains produits, on invoque tantôt la sécheresse, tantôt le froid ou les pluies diluviennes. Rappelons-nous le triste épisode de la pomme de terre l'année dernière. Ce tubercule avait défrayé la chronique, en atteignant durant la saison hivernale la barre mythique des 150 dinars le kg sur le marché! Il aura fallu attendre plusieurs mois avant que la pomme de terre ne soit de nouveau disponible et son prix accessible pour tout le monde. Qu'en est- il en ce début d'année? Si certains se réjouissent de sa disponibilité sur le marché, beaucoup pensent, en revanche, que son prix qui oscille, actuellement, entre 50 et 65 dinars le kg est excessivement élevé et redoutent une flambée comparable à celle que la pomme de terre avait connue en 2012. Celle qui est stockée actuellement est-elle suffisante et n'y a- t'il pas risque, en cas d'hiver rigoureux et de routes coupées qui rendraient la distribution et l'approvisionnement des marchés très difficiles? L'éradication des marchés informels est une très bonne chose en soi, mais leur suppression au niveau de certaines communes risque de perturber sérieusement le ravitaillement de leurs habitants qui sont obligés de se déplacer jusqu'aux communes voisines pour faire leurs achats. Le ministre du Commerce a promis d'y remédier, comme il a promis d'organiser les marchés des fruits et légumes, en les dotant de toutes les commodités et surtout de moyens de contrôle pour débusquer les tricheurs et les commerçants véreux qui ont investi la place.