Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry - qui a fait plusieurs navettes au Proche-Orient ces dernières semaines - en vue de trouver un «règlement définitif» au contentieux israélo-palestinien, donne l'impression de n'avoir pas bien saisi les fondamentaux du dossier proche-oriental, se mettant à dos Palestiniens et Israéliens. C'est le seul point, en fait, sur lequel les deux parties semblent en accord parfait. Un comble! Le dossier de la Palestine est sur la table des Nations unies depuis 67 ans alors que le processus de paix - dont les Etats-Unis sont l'un des parrains - est en stand-by depuis 21 ans. Les bases du contentieux sont connues - les persistantes résolutions du Conseil de sécurité en font foi - il reste toutefois à trouver les mécanismes qui permettront de les faire appliquer par les deux parties antagonistes. Dans ce contexte, M.Kerry a évoqué un «accord-cadre» dont il s'est gardé, toutefois, d'en préciser les contours, la méthodologie et les conditions de son application. Ce qui augure que l'accord en question prend en compte l'ensemble des paramètres - singulièrement les droits des Palestiniens à un Etat indépendant doté de l'ensemble des attributs de la souveraineté nationale - propices au règlement définitif d'un dossier ouvert depuis 1947. Cinq points font contentieux: les frontières, les colonies, la sécurité, le statut de Jérusalem-Est et les réfugiés palestiniens. Avec un peu de pragmatisme, ces questions peuvent trouver une solution dans le cadre du droit international et des dispositions prévues par les Nations unies. Bien sûr, pour cela, il faudrait que chacun - et notamment les puissances influentes (au Conseil de sécurité) - s'implique totalement en s'en tenant, en particulier, aux résolutions, pertinentes du Conseil de sécurité, quitte à les imposer à la partie qui refuserait de les accepter ou de les appliquer. En fait, le processus de paix - comme le soulignent les accords d'Oslo - qui doit mener au «règlement définitif» se résume à cette équation: la terre contre la paix. Or, Israël - il faut bien désigner par son nom l'obstacle qui empêche toute évolution et solution négociée du contentieux proche-oriental - veut la terre et la paix. En témoigne largement la poursuite de l'expansion des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées. Il appartenait donc, il appartient en fait, auxdites puissances influentes du Conseil de sécurité de mettre le holà à un diktat qui met en danger la paix et la sécurité du Proche-Orient. Quand le chef de la diplomatie américaine a relancé - à la fin de juillet 2013 - le processus israélo-palestinien, il laissa entendre qu'il venait avec des idées nouvelles, opportunes à un «règlement définitif» attendu vainement depuis des lustres. Or, à deux mois du terme des négociations entre Palestiniens et Israéliens, le processus ne serait qu'au stade des discussions. Ce qui veut dire que les choses n'ont pas avancé et que John Kerry, à l'instar de ses prédécesseurs, continue à tâtonner, se dirigeant droit dans le mur. D'autant que son «accord-cadre» ne satisfait ni Israël qui veut tout - la terre, la paix et la sécurité - ni les Palestiniens qui n'y trouvent pas leur compte. Surtout quand Kerry demande aux Palestiniens la reconnaissance du caractère juif d'Israël faisant fi du million et demi de citoyens israéliens de confession chrétienne et musulmane (descendants des Palestiniens de 1948). De fait, ce que John Kerry présente comme un «accord-cadre» reste tout ce que l'on veut, sauf le début de la fin d'un conflit qui n'a que trop duré. D'abord, il fallait lever le premier obstacle que reste la persistance de la colonisation des territoires palestiniens. M. Kerry a évoqué, la semaine dernière, un «gel partiel» des colonies «isolées». Cela souleva d'ailleurs une tempête en Israël. D'où la question: le diplomate américain est-il conscient de l'absurdité de ses propos? A quel jeu joue-t-il? Ce qu'il dit n'a pas de sens: soit, en tant que parrain du processus de paix - connaissant les tenants et aboutissants du dossier - il dispose des moyens de sa médiation et doit exiger d'Israël l'arrêt définitif de l'expansion des colonies - qui, outre l'obstacle à la paix, empêchera les Palestiniens de créer un Etat stable et fiable - soit, il est incapable de faire appliquer par l'Etat hébreu les conditions minimales à même d'arriver à une solution juste et équitable du contentieux. Aussi, soit M. Kerry a les moyes de s'attaquer à la cause qui mine le processus de paix, soit il n'est pas habilité à le faire. Dans ce cas, qu'il cesse la comédie d'une médiation, sans objet - qui confine au charlatanisme - et laisse la place - lui et le pays qui le mandate - à des personnes plus compétentes qui ne ménageront ni la chèvre, ni le choux et seront prêtes à faire appliquer le droit international et uniquement les lois internationales qui régissent la communauté des nations.