Réhabilité ou honoré, c'est selon, le vieux lutteur aura pris, à titre posthume, une des plus éclatantes revanches sur ceux-là mêmes qui ramaient pour le rattachement de notre pays à la France, alors que l'enfant terrible de Tlemcen déclarait sans ambages, le 2 août 1936 au stade municipal d'Alger, que «la terre algérienne n'était pas à vendre». Le personnage est l'un des plus controversés de l'Histoire algérienne. Considéré comme le père du nationalisme révolutionnaire algérien Messali Hadj, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est mort en exil à Paris, le 3 juin et enterré à Tlemcen, le 7 juin 1974. Mieux que quiconque, Messali Hadj a été l'un des rares, sinon le seul dirigeant nationaliste à avoir élaboré un projet de société en relation étroite avec les luttes des masses et leurs aspirations à l'abolition du code de l'indigénat et à l'indépendance nationale. En 1927 il dénonça au congrès anti-impérialiste de Bruxelles et ce, en présence de représentants de 134 Nations, les méfaits du colonialisme et revendiqua l'indépendance de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc. Son prestige irréfragable s'est affirmé dans la bataille contre l'élitisme, et pour l'incorporation des masses dans le jeu politique, affirme Mohammed Harbi: «En tant qu'homme du peuple, il a été le point de rencontre de multiples émotions, d'angoisses et d'intérêts qui le poussaient en avant. Il a enseigné au peuple avec un manque total de préjugés, la confiance en sa force et a trouvé le langage adéquat pour le détourner des objectifs d'ordre privé dans lequel s'efforçaient de le cantonner les Ouléma.» Dans la préface qu'il a consacrée aux Mémoires de Messali Hadj 1898-1938, Ahmed Ben Bella n'avait pas manqué de mettre l'accent sur le fait que le père du nationalisme révolutionnaire algérien était un homme et comme tel, faillible: «Ses erreurs furent à la mesure de sa grandeur. De cela l'histoire un jour jugera. Mais la vérité est bien plus riche, plus réelle que tout ce bruit et ce fracas. Elle les étreint pour les dépasser. C'est le coeur qui devait parler et faire taire tout le reste.» En faisant voler en éclats un des tabous les plus pesants, le plus injuste surtout, le Président Abdelaziz Bouteflika n'a fait que porter un regard nouveau, serein, sur toutes choses et d'abord sur les actes des hommes. Grâce à une volonté politique en adéquation étroite avec les aspirations de nombreux nationalistes révolutionnaires, la restauration des droits historiques de Messali Hadj par le premier responsable du pays a le mérite singulier d'avoir contribué à faire reculer les flots houleux de l'Histoire. Elle contribue d'ores et déjà sensiblement à reconstituer le tissu déchiré de nos mémoires, de nos solidarités, de ce qui fait la texture même de la vie des peuples. Une réelle reconstruction est à ce prix, avait souligné Ahmed Ben Bella qui soutenait, depuis sa longue traversée du désert, qu'il n'est pas de reconstruction dans la falsification, dans l'injustice: «Notre peuple au génie si riche et qui a fait un temps l'admiration du monde entier, peut mener, doit mener cette entreprise fondamentale et restituer à chacun ce qui lui est dû, et d'abord au plan moral.» Des artisans du Premier Novembre 1954, aussi prestigieux que Mohamed Boudiaf, ont toujours considéré que c'est pour beaucoup à cet homme hors du commun que nous devons l'étincelle qui mit le feu à toute la plaine. Pour s'en convaincre, estime Ahmed Ben Bella, il suffit de faire un saut en arrière et de retourner en cette date de 1926: «Ils étaient peunombreux en vérité ceux qui croyaient qu'un jour notre pays pût recouvrir son indépendance. Ils l'étaient encore des années après. C'est grâce à cet homme et à une poignée de partisans que ce qui paraissait une folle utopie put devenir réalité.» [email protected]