En ces temps de guerre et de froideur inhumaine, cette pièce, déclinée en une dans un langage bien de chez nous, vient réchauffer les coeurs et apporter du sourire aux gens, d'où son succès populaire. Faire revivre le torchak, le soufre qui sommeille en chacun de nous, est la gageure de la pièce d'Ahmed Rezak, Torchaka, qui a mis en scène cette pièce qui a reçu un succès fou durant le mois sacré du Ramadhan. Et la voilà présentée à nouveau au Théâtre national d'Alger Mahieddine-Bachtarzi. Après l'avoir ratée à plusieurs reprises, nous décidons enfin d'aller voir cette oeuvre dont beaucoup en parlaient en bien. En tête d'affiche de cette pièce, des comédiens et des acteurs dont beaucoup font le bonheur des feuillons télés, mais pas que. On citera que Hamid Achouri, Mustapha Laribi, Samira Sahraoui, Yacine Zaïdi, Abdellah Djellab, mais aussi une nouvelle arrivée au théâtre, la chanteuse Linda blues. Au-delà de l'image positive que peut incarner ces comédiens dans l'imaginaire d'un public, c'est le sujet surtout qui retiendra l'attention. L'originalité de son traitement décliné dans un burlesque des plus basiques, mais véhiculant un discours plus profond. Le tout fondé sur un dispositif, explosif, disposé çà et là sur les planches. De quoi s'agit-il? De grosses boîtes d'allumettes. Le ton est donné. L'histoire est celle d'un amour impossible entre deux allumettes dont les familles ne comprennent pas ce qu'est le mot aimer veut dire, à une époque non datée, mais dont les costumes rappellent une certaine époque moyenâgeuse. Sans doute pour accentuer le côté «ignorant» de ces gens qui vivent «sans coeur, ni raison» mais plutôt au gré des opportunités, sans avoir à côtoyer son voisin de boîte d'allumettes. Si la pièce est agrémentée de musique et de chant, la théâtralité, elle est tantôt vacillante, tantôt fortement imbriquée dans l'art shakespearien avec des discours à relents discursifs, que vient temporiser l'humour populaire de Hamid Achouri. Ce dernier joue le rôle d'un khalife qui refuse de donner sa fille à Zalamit, qui finit par s'immoler en brûlant sa tête, après que la famille a refusé d'accepter leur union et surtout sur un mauvais conseil d'une allumette qui lui suggéra de feindre le jeu pour détourner l'attention des autres et prendre Torchaka à partie par la suite et se marier avec elle. Un mauvais calcul qui ne prendra pas, mais c'est toute la flamme de la passion déchaînée qui va avoir raison sur l'ignominie de cette famille qui s'enflammera à tort pour perdre au final un des siens et voir sa cohésion partir en fumée. Si la pièce évoque ainsi l'amour entre deux êtres, elle souligne aussi la bêtise des hommes de notre société qui continuent à imposer leur diktat aux couples et les empêcher de jouir de leur amour. Un sentiment encore tabou chez nous, comme le sont les relations humaines, homme-femme. La pièce est d'autant plus engagée politiquement, en ce sens où elle évoque la question du choix et du libre arbitre de chacun de nous dans la prise de position de sa vie, quant à agir, aimer et se comporter dans la vie, et partant de la responsabilité de chaque citoyen dans son propre pays, dont ce dernier finit par leur échapper des mains, à force de passivité. Passionné de théâtre, Ahmed Rezak fait des clins d'oeil, à la pièce de Medjoubi en invoquant la fille Nouara, ou encore le théâtre «El Ajouad» et ses drames épiques et philosophiques. Bref, au regard de ce qui se passe dans le monde, cette pièce qui appelle à l'amour de toute sa soûlerie, est un bol d'oxygène qui apporte plein de fraîcheur en ces temps durs. Elle sera présentée au TNA encore ce soir, à partir de 18h30.