Son Excellence l'ambassadeur reçu par Ahmed Fattani et les responsables de la Rédaction La procédure enclenchée de l'article 155 répond à «quatre grands objectifs, la restauration de la légalité constitutionnelle et statutaire, la garantie de la neutralité des institutions, le maintien des services publics et la protection des droits et des libertés de tous les Catalans». Son Excellence l ́ambassa-deur d'Espagne à Alger, M.Santiago Cabanas Ansorena, a rendu hier, une visite de courtoisie à la rédaction de L'Expression. Accueilli chaleureusement par le directeur de la publication Ahmed Fattani et les responsables de la rédaction, il a tenu à aborder les évènements qui secouent depuis plus de deux semaines son pays et tout particulièrement la région autonome de la Catalogne. A ce titre, il a de prime abord éclairé le cadre général dans lequel sont intervenus les tout récents développements, se référant au contexte dans lequel le Conseil des ministres a décidé samedi dernier de «proposer au Sénat l'adoption d'une série de mesures visant à garantir le respect des obligations constitutionnelles» dont l'article 155.Celui-ci, a-t-il indiqué, n'est pas exclusif en Europe même s'il «s'agit d'une procédure extraordinaire» qui a d'ailleurs été activée en 1989 pour obtenir d'une communauté autonome le respect de ses obligations fiscales. Si une telle démarche a été engagée par le gouvernement de Mariano Rajoy, c'est bien parce que deux dérives ont été constatées, la première en ce que la région autonome «ne remplit plus ses obligations constitutionnelles» et la seconde parce que ses actions «portent atteinte à l'intérêt général de l'Espagne». Ces deux manquements étant vérifiés, le chef du gouvernement a saisi le Sénat, au sortir d'un Conseil des ministres qui a établi que «les gouvernants de la Catalogne n'ont respecté ni la légalité sur laquelle repose notre démocratie ni l'intérêt général auquel répondent nos lois».Fort de cette dérive indépendantiste qui a provoqué la confusion et la surenchère souverainiste, le gouvernement espagnol entend oeuvrer de manière responsable, au-delà du climat de provocations et d'alarmisme, pour préserver les principes et les règles constitutionnelles qui fondent les compétences des différentes régions autonomes comme la Catalogne. La procédure enclenchée de l'article 155 a été explicitée par M. Santiago Cabanas Ansorena qui souligne qu'elle répond à «quatre grands objectifs, la restauration de la légalité constitutionnelle et statutaire, la garantie de la neutralité des institutions, le maintien des services publics et la protection des droits et des libertés de tous les Catalans». Comme le dispose le texte fondamental, tous les domaines sensibles comme la sécurité et l'ordre public, la gestion économique, financière, fiscale et budgétaire ainsi que les télécommunications vont relever désormais de l'autorité centrale, à charge pour elle d'en garantir le bon fonctionnement jusqu'à la mise en place du prochain gouvernement autonome, résultant des élections convoquées par M.Rajoy courant mai prochain. Cette gestion de la crise tourne en somme autour d'un message simple: les souverainistes recourent à la violence contre l'Etat espagnol pour ensuite l'accuser de recourir à la violence. Chez nous, il existe un proverbe édifiant à cet égard: «Il m'a frappé et s'est mis à pleurer. Puis, il m'a devancé pour courir porter plainte.» Résumée de la sorte, la situation prête-t-elle vraiment à rire? Non, car il y va de la stabilité et de l'unité d'un pays ami, au rôle essentiel non seulement en Europe mais également en Méditerranée ainsi que dans le monde. A voir la vague des courants souverainistes qui déferle un peu partout et permet à des mouvements populistes, hier en France, en Autriche et aux Pays-Bas, aujourd'hui en Tchéquie, de grandir chaque jour un peu plus, il faut prendre garde à ne point commettre la moindre erreur qui leur permettrait d'engranger des dividendes. C'est pourquoi la prudence et le pragmatisme du gouvernement Rajoy, confrontés, à une situation délicate et déjà montrée du doigt pour sa prétendue rigidité qui n'est en fait que la volonté de respecter la légalité constitutionnelle de l'Espagne soulignée à juste titre et par deux fois par le roi en personne, sont violemment attaqués par ceux-là même qui y portent atteinte. Le tort, peut-être, du gouvernement est d'avoir porté cette épine sans gémir, pendant des mois et des mois, jusqu'au moment où la plaie a viré à la catastrophe. Sur un autre registre, la discussion a porté sur les nombreux domaines dans lesquels la coopération algéro-espagnole trouverait matière à se renforcer et à s'enrichir mutuellement comme le tourisme, le bâtiment et l'éducation avec cette idée première d'un colloque fructueux entre les hommes d'affaires des deux pays. Sujet préoccupant, dont on ne pouvait occulter l'importance, le dossier du Sahara occidental pour lequel l'Espagne a manqué tristement à ses engagements initiaux. La demande légitime du peuple sahraoui opprimé est validée par l'Union africaine et l'ensemble de la communauté internationale. Son blocage depuis des décennies, avec la complicité de certaines puissances, relève du droit des peuples à l'autodétermination. Or le Sahara occidental est le dernier pays à souffrir de la colonisation dans tout le continent africain. Et cette réalité a été gravement préjudiciable à la construction de l'Union du Maghreb arabe tant attendue par tous les peuples de la région ainsi que par le partenaire européen. L'Espagne va-t-elle continuer à nager à contre-courant?