Partie prenante de l'action de l'intersyndicale, le coordinateur du Cnapeste, le syndicat qui paralyse l'école depuis plus de 3 mois, Slimane Zenati, revient sur la situation du secteur de l'éducation. Nous l'avons rencontré hier, en marge du rassemblement de l'intersyndicale. L'Expression: Après trois semaines du dégel de votre mouvement de grève, qu'en est-il de la situation? Slimane Zenati: La situation n'est pas satisfaisante. Elle est presque dans la même configuration qu'avant le déclenchement de notre mouvement. Mis à part quelques situations traitées, le gros des problèmes posés, reste en instance de résolution. La direction de l'éducation reconnaît, elle-même, cette intenable situation. Les enseignants ne peuvent indéfiniment supporter que l'on se joue de leur carrière et que l'on remet le traitement de leurs multiples problèmes aux calendes grecques. En d'autres termes, la concrétisation effective des situations tarde à voir le jour. L'administration au lieu de se pencher sérieusement sur le règlement des situations pendantes excelle dans les mesures répressives allant même jusqu'à l'instrumentalisation des tribunaux. Comment percevez-vous l'issue de ce conflit? L'issue du conflit ne peut se concrétiser que par un dialogue social responsable. Une négociation sans préalables entre le bureau national et les responsables du ministère de l'Education nationale s'impose. Cette négociation doit s'articuler prioritairement autour des dossiers de Béjaïa et Blida ainsi que la concrétisation de ce qui reste du procès-verbal du 19 mars 2015 et de toutes les situations en souffrance depuis des années. Il est à noter que la grève est nationale, de ce fait, le conseil national est seul habilité à trancher le sort de ce mouvement. En d'autres termes quelles sont vos conditions pour la reprise du travail? Notre seule exigence est une prise en charge sérieuse et effective des dossiers qu'on a soumis. Nous avons assez de promesses sans lendemains, des tergiversations et autres pis-aller qui déroutent les enseignants et qui mettent à mal le fonctionnement de nos établissements. L'APW de Béjaïa a dépêché une délégation chez la ministre de tutelle, comment voit-on au Cnapeste cette initiative? Toute initiative allant dans le sens du règlement du conflit est la bienvenue. Les efforts de l'APW de Béjaïa sont méritoires. Cela dénote du souci de la société civile et de certains responsables à débloquer la situation et à mettre fin à ce conflit. Une commission d'inspecteurs est présente à Béjaïa, avez-vous été contactés? Deux commissions ont été dépêchées à Béjaïa, suite à la rencontre tenue lundi 5 février 2018 entre les représentants du ministère de l'Education nationale d'une part et une délégation du bureau de wilaya sous l'égide du bureau national, d'autre part, pour examiner les situations à l'origine du conflit dans notre wilaya. Ces commissions travaillent à l'assainissement de toutes les situations financières, administratives et à l'examen des dysfonctionnements constatés à la direction de l'éducation. Un rendez-vous est déjà pris pour rencontrer les membres de ces commissions afin d'examiner conjointement l'évolution de l'ensemble des situations à prendre en charge. Nous accordons un grand intérêt aux conclusions, aux décisions et aux mesures qui seront prises à l'issue du travail de ces commissions. Le spectre de l'année blanche pointe du nez, vous en êtes conscients au Cnapeste? Les cours perdus peuvent encore être récupérés. Mais aux autorités de ne pas tergiverser car le temps joue en défaveur des scolarisés. Nous avons montré notre disponibilité au dialogue car au Cnapeste nous sommes conscients et soucieux de la scolarité de nos enfants. Le dénouement relève entièrement de la volonté du ministère à respecter les procès-verbaux cosignés au plan wilaya et national et la prise en charge des revendications contenues dans le communiqué du conseil national du 20 janvier 2018 et portées dans le préavis de grève nationale déposé en date du 21 janvier 2018 auprès des services du ministère de l'Education nationale. Certains vous accusent de courir derrière les oeuvres sociales et de servir des chapelles politiques qui en veulent à la ministre de l'Education, qu'en dites-vous? Ecoutez, nous avons déjà essuyé par le passé de telles accusations qui sont sans fondements. Tout le monde sait que le Cnapeste lutte pour une école publique de qualité et résolument axée sur l'authenticité et la modernité. Nous n'avons aucun conflit avec la ministre de l'Education, mais nous ne nous tairons jamais devant les problèmes socioprofessionnels qui empoisonnent le fonctionnement du secteur. Il faut savoir que la lutte du Cnapeste ne date pas de la venue de madame la ministre, mais bien avant. Quant aux oeuvres sociales, le Cnapeste a toujours exigé une gestion transparente au profit de l'ensemble des travailleurs du secteur, ce qui, évidemment dérange ceux qui sont habitués à la dilapidation de l'argent des oeuvres sociales par leur gestion clientéliste, frauduleuse et opaque. Nous ne voulons plus du retour aux anciennes pratiques où le clientélisme se conjugue avec la prédation, c'est ce qui justifie cet affolement qu'on constate chez certains intervenants. Je tiens, ici, à dénoncer certains articles de presse tendancieux dont les contenus se caractérisent par un manque flagrant de professionnalisme et d'éthique dont les auteurs, qui sont, il faut le noter, une minorité, affichent publiquement une haine envers le Cnapeste et par ricochet, à toute lutte authentique et autonome. Un mot pour les parents d'élèves qui s'inquiètent du sort de la scolarité de leurs enfants? Le Cnapeste comprend parfaitement l'inquiétude des parents d'élèves. Nous le répétons encore une fois, la majorité des éléments du Cnapeste est elle aussi constituée de parents d'élèves. Mais, la stabilité du secteur ne peut exister réellement sans la prise en charge des préoccupations légitimes des enseignants. Est-il normal de laisser un enseignant sans salaire plus d'une année? Est-il normal que les promotions d'échelons et de grades ne soient pas régularisées depuis des années? Est-il normal de travailler dans des établissements délabrés manquant du nécessaire vital? Les parents d'élèves, en tant que partenaires sociaux doivent aussi se préoccuper de la situation de précarité que vivent les enseignants et qui influent négativement sur leur rendement.