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Penser le terrorisme
Publié dans L'Expression le 28 - 08 - 2005

L'éditorial de Jean Daniel paru dans le Nouvel Observateur du jeudi 4 août 2005.
1. Des ennemis de l'intérieur
La lutte contre le terrorisme pose de nouveaux problèmes à partir du moment où il est prouvé que les terroristes se réclament de l'islam et que beaucoup d'entre eux sont formés dans les écoles publiques, sinon dans les universités les plus modernes de l'Occident. Ils appartiennent donc à des milieux en apparence parfaitement intégrés dans leurs pays d'accueil. Ces nouveaux ennemis ne sont nullement des étrangers. Ils déclarent la guerre à une société, la leur, dont ils désavouent « l'impureté foncière et l'américanisation forcenée. En France et en Grande-Bretagne, ce sont donc des citoyens français et des sujets britanniques. Mais on éprouve désormais le besoin, lorsqu'ils sont délinquants, d'accompagner leur nom d'une mention : un Français d'origine maghrébine, un Britannique d'origine pakistanaise, etc. Tournant le dos aux avantages et aux séductions de la démocratie, ils se sentent solidaires de tous les révoltés de l'islam. C'est parfaitement leur droit. Nous avons eu nos Brigades internationales. Mais les militants combattaient alors leurs ennemis chez eux. Eux les traquent partout, et leurs victimes sont presque toujours innocentes.
2. L'échec du modèle britannique
D'un point de vue strictement sécuritaire, on s'interroge enfin et de plus en plus en France sur les échecs d'une politique visant à l'intégration dans notre société de communautés massives de musulmans. On en est même venu à se demander s'il n'était pas imprudent d'accueillir trop vite et en si grand nombre des immigrés solidement réunis par une même culture religieuse. Et cela sans avoir reconstitué des structures d'accueil (l'école et l'armée notamment) qui avaient si bien réussi jadis à la France. On dresse alors le constat inquiétant de la ghettoïsation des cités, du chômage des jeunes, de la dislocation de la famille et de la disparition de l'autorité du père. Mais ces explications tardives se révèlent insuffisantes.
Les Britanniques, se comparant avantageusement aux Français, se sont flattés d'avoir réussi une politique communautariste où toutes les cultures étaient parfaitement respectées ainsi que le droit, pour leurs représentants, à s'exprimer avec une liberté sans retenue. Ils sont obligés aujourd'hui - et le maire de Londres vient de le faire mieux que quiconque - de constater que si l'Etat respectait toutes les cultures, il en est qui ne respectent pas l'Etat. Ils observent par ailleurs que leurs terroristes sont issus de familles unies, aisées et qu'ils ont souvent fréquenté les universités les plus prestigieuses. L'une des choses qui a le plus frappé les Britanniques a été qu'avant de devenir terroriste, un jeune Pakistanais de Leeds était devenu le meilleur joueur de cricket de son université. Or, voici des siècles que le cricket constitue le sport le plus British que l'on puisse rêver. Quant à la liberté octroyée aux communautés islamiques, elle a surtout servi aux prédicateurs fondamentalistes à appeler à la guerre sainte et à faire le procès de l'Occident. Ils sont même parvenus à créer des écoles religieuses de fondamentalistes.
C'est par la Grande-Bretagne, autant que par le Pakistan et l'Afghanistan, qu'il convenait de passer désormais pour obtenir un brevet d'islamisme. Le leader marocain Yassine a raconté cela avec précision lorsqu'il a recommandé le pèlerinage à Londres et l'usage de la langue anglaise au détriment de la langue française, qui selon lui, véhicule tous les poisons de la laïcité.
3. Le piège de l'islamophobie
La question qui se pose désormais non seulement en Grande-Bretagne mais dans tous les pays - France comprise- qui peuvent être victimes du terrorisme, c'est de savoir quels moyens employer pour traquer les poseurs de bombes et désarmer les réseaux dans lesquels ils évoluent comme des poissons dans l'eau. Les attentats supposent une logistique: dans quel milieu la chercher? Une infrastructure: comment la démanteler? Un nouveau danger apparaît encore, celui d'une montée irréversible de l'islamophobie. Si les terroristes se mettent à ressembler à tout le monde, comment empêcher que ne se développe chez les non-musulmans un sentiment de méfiance devant le plus innocent de ceux qui se réclament du Prophète- à plus forte raison s'il porte une barbe ou un couvre-chef dénonciateurs. Les Néerlandais n'ont pas pu empêcher de graves débordements racistes après l'assassinat par un fanatique islamiste de Theo Van Gogh, apparenté au grand peintre. A Londres, lord Ahmed, baron de Rotherham, premier pair du royaume à se réclamer de l'islam, déclare qu'il y a déjà eu un millier d'actes néoracistes contre les musulmans de Grande-Bretagne. Il a mille fois raison de s'en alarmer, d'autant que l'islamophobie est l'objectif des islamistes. Mais au lieu de nous dire ce qu'il faudrait faire pour endiguer la dérive fanatique de certains de ses coreligionnaires, il fait l'éloge d'un islam britannique aux dépens de la France, à laquelle il reproche une loi sur le voile dont il évite de préciser que l'interdiction concerne l'école et non la rue. Bref, ce grand seigneur se conduit, lui aussi, en victime.
4. Si l'islam ne se réforme pas...
Naturellement, les premières méthodes de dépistage et de répression auxquelles on a recours, avec raison, sont celles de la coopération de tous les services de renseignement et de toutes les polices des pays considérés comme des cibles. Elles ont permis d'obtenir d'importants résultats. Mais on a souvent observé que la répression était aussi incitative que dissuasive et qu'elle suscitait des vocations. Comme en convenait l'un des chefs de la police de Londres, on ne voit pas pourquoi, à un terroriste arrêté, ne succèderaient pas plusieurs jeunes gens qui rêvent d'en découdre et de se sacrifier. Chaque acte de répression est d'ailleurs accompagné de prédications dans les mosquées exprimant une compassion pour les suspects interceptés ou pour les imams expulsés. C'est pourquoi certains, dont nous sommes, pensent depuis très longtemps que la solution véritable et durable ne peut venir que des musulmans eux-mêmes, par une transformation radicale de leurs références religieuses et d'un comportement souvent indulgent pour le phénomène du terrorisme, qu'ils prétendent pourtant condamner.
L'empressement que l'on met, dans certains milieux de l'islam, à rechercher les causes psychologiques et historiques de ce phénomène équivaut en fait à une justification. Jamais, cependant, plus qu'aujourd'hui ne s'est imposée à l'islam l'urgence de l'adoption d'un réformisme conquérant et non passif. La «fameuse maladie» de l'islam décrite par un écrivain musulman (1) nécessite un traitement de choc. A trop jouer les victimes de l'Occident, on finit par les «excès» des stratèges de la terreur. Ce devrait être d'autant plus évident que les premières et les principales victimes du terrorisme ont été et sont des musulmans. Il y a eu tout de même en Algérie, dans les années 1990, 200.000 morts (200.000!) et cela, donc, avant la guerre d'Irak, avant la guerre d'Afghanistan, avant le 11 septembre 2001.
5. L'indispensable légitimité
Sans doute, de nombreux musulmans, et pas des moindres, ont-ils réagi avec solennité contre le terrorisme dans nos sociétés et ailleurs. Mais il est temps d'aller plus loin, bien plus loin. Il faut que leurs représentants, laïcs ou religieux, adoptentun comportement qui sépare radicalement la religion de la politique. Mais il leur faut montrer autant de conviction et d'esprit de sacrifice que leurs adversaires. Il ne suffit pas pour eux de proclamer que le Coran est amour et que la violence aveugle est un péché. Quand ils disent cela, ils pensent en même temps que, dans un passé lointain ou récent, et bien que la Bible et les Evangiles soient aussi des livres d'amour, la violence a sévi de manière générale entre les religions, sans épargner les musulmans. Au moment où ils condamnent la violence, ils savent que leurs jeunes gens peuvent les soupçonner de lâcheté devant le colonialisme, l'impérialisme, l'américanisme et le sionisme.
On pourrait leur répondre que les lâchetés sont partagées, et que celle qui concerne l'étrange indifférence devant les conflits interarabes et interreligieux n'est pas plus honorable. Mais il est vrai cependant que, dans leur lutte contre le terrorisme, les musulmans ont plus que les autres besoin d'être investis d'une véritable légitimité : ils doivent être en mesure de montrer que s'ils sont solidaires des valeurs occidentales, ils se refusent à être complices de leur dévoiement. Reste que, tout de même, cette légitimité, ils ne peuvent la recevoir que de nous-mêmes. Il y a des causes qui ne sont pas à l'origine de l'islamisme mais qui ne cessent de le nourrir, surtout depuis la désastreuse guerre d'Irak et l'absurde plan pour la démocratie au Proche-Orient. Même ces deux initiatives, cependant, auraient pu bénéficier de circonstances atténuantes si par exemple, au Proche-Orient, les Américains avaient disposé d'une manière spectaculaire et incontestable d'une certaine forme de légitimité.
Il n'est pas seulement question ici de l'anachronique évidence selon laquelle il aurait fallu, bien sûr, pour les Etats-Unis, obtenir l'aval du Conseil de sécurité et l'approbation des Nations unies avant d'intervenir où que ce soit. Après tout, il y a eu des causes justes - en Somalie, en Bosnie - auxquelles l'ONU s'est tardivement ralliée bien plus qu'elle ne les a inspirées ou préconisées. Mais songeons par exemple à ce que serait devenue l'image des Etats-Unis si, aussitôt après avoir procédé à la juste expédition en Afghanistan, ils s'étaient consacrés tout entiers à la paix au Proche-Orient, quitte à remettre à plus tard le cas de Saddam Hussein. Aux yeux du monde arabe et du monde islamique - et cela Bill Clinton et George Bush père l'avaient bien compris -, les Etats-Unis auraient fait la démonstration d'une autorité au service de la justice. Comment veut-on aujourd'hui, par exemple, que Mahmoud Abbas, en Palestine, se sente dans une pleine légitimité pour lutter contre le Hamas et le Djihad islamique lorsque la courageuse décision d'évacuer des colons de Gaza s'accompagne de la poursuite de la construction d'un mur qui compromet l'intégrité du futur Etat palestinien et les négociations pour y parvenir?
6. L'alibi de la guerre d'Irak
Il arrive souvent que des esprits justement soucieux de la sécurité d'Israël voient dans une telle analyse une manifestation d'antisionisme sinon d'antisémitisme. Pourquoi, disent-ils, le conflit israélo-palestinien serait-il responsable des autres drames du monde? Comment ignorer que les terroristes qui ont détruit les tours de Manhattan le 11 septembre 2001 se souciaient des Palestiniens comme d'une guigne? Ces observations, en apparence de bon sens, révèlent soit une ignorance soit une cécité protectrices. Oui, si étrange que cela puisse paraître, ce qui se passe dans cette région du Proche-Orient concerne une grande partie de la planète. Et d'abord les Européens et tous les Occidentaux sans exception. D'une part, ces derniers portent le poids de leur responsabilité dans un colonialisme arrogant et cynique, dont le monde arabe a souffert plus que les autres et dont Israël apparaît, à tort ou à raison, comme une dernière survivance. D'autre part, ce sont les Européens qui sont à l'origine de la Shoah, c'est-à-dire de l'une des entreprises d'anéantissement les plus monstrueuses de notre histoire commune. Chacun sent bien que le conflit israélo-palestinien met en branle des enjeux qui dépassent mille fois ses protagonistes. Si l'on ajoute que ce conflit se déroule sur une terre promise à quelques millions de Juifs mais que 1 milliard de musulmans et 1 milliard de chrétiens considèrent comme sainte ; si l'on précise encore que les Etats-Unis, sous la pression croissante des évangéliques chrétiens - plus forte désormais que celle des lobbies juifs -, se comportent à l'égard d'Israël comme s'il était le 51e Etat de leur fédération, alors on n'est pas étonné de voir tous les regards dirigés vers ces lieux. Sans doute, le terrorisme qui se veut islamiste est-il né bien avant la guerre d'Irak et avant l'exaspération du conflit au Proche-Orient. Mais la guerre d'Irak a multiplié les agents du terrorisme en lui fournissant des alibis de guerre contre les Etats-Unis et Israël ainsi que contre les «Croisés» de la vieille Europe. On dit que si les forces américaines évacuaient l'Irak et si les Palestiniens disposaient d'un Etat, cela ne supprimerait même pas un seul acte de terrorisme. Sans doute. Mais, ce qui est plus important, c'est que cela enlèverait aux terroristes les milieux de complicité où ils puisent leurs revenus et leur logistique.
Comment les Etats-Unis ont-ils cru pouvoir garder une autorité quelconque auprès des opinions publiques arabes et musulmanes lorsqu'ils ont maintenu leurs liens privilégiés avec les gouvernements les plus corrompus et les plus despotiques? Pour arrêter les voleurs, il est plutôt recommandé aux gendarmes d'être intègres. Avant d'imposer la démocratie, il vaudrait mieux s'inquiéter de savoir ce qu'un peuple entend et souhaite voir réaliser par ce mot. Sans légitimité, les musulmans qui luttent contre les terroristes risquent de se sentir toujours, à tort ou à raison, des traîtres.
(1) «La Maladie de l'islam», par Abdelwahab Meddeb (Seuil).


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