Les talibans et de hauts responsables afghans ont repris le dialogue hier au Qatar pour tenter de parvenir à un règlement politique, au moment où les états-Unis cherchent à se désengager de la plus longue guerre de leur histoire. Coorganisée par le Qatar et l'Allemagne, la rencontre, qui se tient dans un grand hôtel de Doha, s'est ouverte peu avant 6h30 GMT et doit durer jusqu'à aujourd'hui. L'important dispositif de sécurité — aucun téléphone n'est autorisé dans la salle de conférences — a déclenché une brève altercation avec la délégation talibane avant que chacun ne prenne sa place autour d'une vaste table en demi-cercle. Quelque 70 délégués afghans sont présents: talibans, représentants des élites politiques, de la société civile, des médias ainsi que des femmes — «quelques-uns des plus brillants esprits de la société afghane», selon Markus Potzel, représentant spécial de l'Allemagne pour l'Afghanistan et le Pakistan. «Chacun d'entre vous aura l'occasion et la responsabilité unique de trouver les moyens de transformer la confrontation violente en un débat pacifique», a plaidé l'émissaire allemand en ouvrant la séance. «Nous voulons une feuille de route pour l'avenir de l'Afghanistan», a affirmé de son côté l'envoyé spécial du Qatar pour le contre-terrorisme, Mutlaq al-Qahtani. «Le but est de négocier pour qu'ils se mettent d'accord entre eux sur les conditions de la paix», a déclaré le négociateur américain Zalmay Khalilzad. Cette rencontre inter-afghane survient après un dernier round de négociations directes entre Américains et talibans ces derniers jours à Doha, «le plus productif» à ce jour selon M. Khalilzad. Le porte-parole politique des talibans à Doha, Suhail Shaheen, s'est dit également «heureux des progrès (accomplis)». Tout accord de paix avec les talibans repose sur quatre piliers: le retrait des forces américaines, l'assurance que l'Afghanistan ne servira pas de sanctuaire à des groupes insurgés, un dialogue interafghan et un cessez-le-feu permanent. «Pour la première fois, je peux dire que nous avons eu des discussions substantielles et des progrès sur les quatre questions», s'est félicité M. Khalilzad. Washington met les bouchées doubles pour arracher un accord politique avec les talibans avant l'élection présidentielle afghane, prévue le 1er septembre, et ouvrir la voie à un retrait des troupes américaines, arrivées fin 2001, après les attentats du 11-septembre. Les discussions bilatérales reprendront demain après une pause de deux jours.Les entretiens inter-afghans se déroulent sans la participation directe des états-Unis ni la présence officielle de représentants du gouvernement de Kaboul, pourtant reconnu par la communauté internationale. Ces derniers ne sont là qu'»en leur qualité personnelle». Les talibans refusent notamment de négocier avec le président afghan Ashraf Ghani. Il s'agit de la troisième rencontre du genre après deux rounds d'entretiens à Moscou en février puis en mai. M. Khalilzad espère que les différentes parties afghanes pourront ouvrir des négociations directes «relativement vite» après leurs échanges à Doha. Mais «c'est aux Afghans de décider quand débutent les négociations», a-t-il reconnu. Une paix générale et durable semble toujours hors de portée dans ce pays ravagé par 18 ans de guerre. Outre la question du retrait américain, d'autres dossiers très épineux, comme le partage du pouvoir avec les talibans, le sort de l'administration Ghani, le rôle des puissances régionales (Pakistan, Iran et Inde) et les droits des femmes, ne sont pas réglés.