Quand l'Extrême-Orient s'enrhume c'est le Proche-Orient qui éternue. L'épizootie aux allures de pandémie avance. Elle inquiète de plus en plus. Cette fois c'est la Turquie, pays musulman aux portes de l'Europe, qui vient d'en être affectée en déplorant une quinzaine de victimes atteintes du redoutable virus H5N1 et dont deux en sont mortes. La Turquie est ainsi le premier pays touché par la forme humaine de la maladie en dehors de l'Asie de l'est et du sud-est, où elle a fait près de 80 morts depuis son apparition en 2003. Les victimes turques ont surtout été atteintes à la faveur de l'Aid El Adha où l'on a enregistré un formidable exode de moutons venus tout droit de la campagne vers les villes. Les bêtes à sacrifier véhiculent souvent le virus suite à leur contact avec les oiseaux et autres volatiles infectés. Les autorités turques ont effectivement recensé le quinzième cas de contamination humaine au premier jour de la fête musulmane du sacrifice. Néanmoins, la majorité des victimes, faut-il le préciser, ont été contaminées par contact direct avec des oiseaux infectés. Et la transmission ne s'est aucunement faite d'homme à homme. Auparavant, les spécialistes avaient mis en garde les populations turques contre le transport d'animaux pouvant favoriser la propagation de la maladie sans, cependant, arriver à les en empêcher. Traditionnellement, des centaines de milliers de moutons et de taureaux sont acheminés des zones rurales vers les grandes villes turques pour être sacrifiés. Ces animaux pouvant transporter le virus sur leur peau ou leurs pattes s'ils ont côtoyé des volatiles infectés. La presse turque n'a pas manqué de s'indigner et de dénoncer le non-respect des règles d'hygiène lors de la fête musulmane. La Turquie se bat aujourd'hui pour endiguer la propagation de la maladie. Au moment où le département des maladies infectieuses de l'OMS affirme que la situation dans ce pays, liée à la propagation du virus en question, «n'est pas encore en phase de pandémie». Auparavant, un responsable local avait annoncé que le virus avait été identifié chez des oiseaux de Kusadasi, une station touristique de l'ouest du pays, en face de l'île grecque de Samos. S'en est suivi un abattage systématique de volailles afin d'endiguer la propagation de la maladie alors que des responsables grecs ont affirmé que leur pays n'est pas particulièrement confronté au danger de la grippe aviaire. Ces derniers disent maintenir une surveillance étroite à tous les points d'entrée du pays. Rappelons que la Turquie est régulièrement desservie à partir d'Alger par au moins trois vols quotidiens et, en tant que nouveau foyer d'infection découvert, elle ne manquera pas de susciter l'intérêt des autorités sanitaires algériennes lesquelles ont récemment rappelé que tout un système de veille sanitaire et de vigilance aux frontières était rentré en vigueur dès les premiers signes d'alerte que le monde a enregistrés en 2003. Le ministre de l'Agriculture, Saïd Barkat, lui-même avait juste avant les fêtes de fin d'année rassuré les aviculteurs en indiquant que notre cheptel avicole est à l'abri de toute atteinte. Une surveillance étroite est imposée aux frontières ainsi qu'un contrôle régulier des volatiles de passage sur les points d'eau et autres zones humides, lieu de passage obligé des oiseaux migrateurs. Dans un contexte où notre pays commençait à avoir la «chair de poule», d'autant qu'il n'a jamais écarté dans ses scénarios la menace réelle de la grippe aviaire. Une menace jusque-là relevant de la seule prérogative de quelques cercles scientifiques mais qui s'extrapole désormais-médias obligent- à une population avide d'être tenue au courant de son évolution. Face à cette nouvelle montée du péril de la grippe aviaire, c'est la Syrie qui a, le long de sa frontière avec la Turquie, renforcé ses mesures de précaution au moment où la Bulgarie, qui a également des frontières avec la Roumanie et la Turquie, finalement atteintes, juge très probable une future apparition de la maladie sur son territoire, alors qu'en Ukraine l'état d'urgence est décrété, en Crimée où un foyer de contamination a été découvert.