Comment réconcilier le citoyen avec sa ville. L'avenir de la société est dans les villes, affirment certains sociologues, aussi sommes-nous interpellés à plusieurs niveaux pour savoir si nos villes sont prêtes à recevoir les flux humains, sont-elles suffisamment préparées pour faire face à cette réalité et ses enjeux dans un avenir déjà proche? Ce sont là certaines questions auxquelles il faut répondre correctement car la ville se trouve être le centre de tous les pouvoirs : politique, économique, social, culturel, technologique... Dans un document sur la politique de la ville, parvenu, hier, à notre rédaction, le ministre délégué chargé de la Ville estime que l'innovation dans la nouvelle loi d'orientation de la ville réside dans les dispositions visant à éviter les erreurs passées. Elle tend en outre à protéger les zones sensibles que sont le littoral, les montagnes, les steppes et les zones sahariennes et leur valorisation, la revitalisation des espaces ruraux ainsi que l'organisation politique de la ville. Une description exhaustive de la situation de la ville algérienne aujourd'hui énonce dans ce document l'urbanisation effrénée de la Cité conjuguée à un taux d'accroissement rapide et récent de la population urbaine, (exode rural, attrait économique et situation sécuritaire obligent), provoquant un déséquilibre dans nombre de domaines, somme toute évident. Ce mouvement est caractérisé par l'attrait de l'investissement, la course à la conquête des marchés extérieurs, les pôles économique, financier, social et culturel, les centres de communication et d'information. Il est également relevé, dans cette communication du ministre délégué à la Ville, que la politique du foncier, hélas, ne suit pas face à une urbanisation massive qui se fait aux dépens des terres agricoles, des espaces verts et publics engendrant forcément une dégradation de l'environnement urbain. Illustrant ce déséquilibre flagrant, il est souligné que la densité de la population se concentre pour 40% sur la frange du littoral, soit 1,9% de la surface globale du pays, précisant qu'environ 25% des habitants sont localisés dans les zones du Tell, soit seulement 2,1% du territoire. Cette inégale répartition dénote que 65% de la population est concentré sur une superficie ne dépassant pas 4% du pays, alors que 25% des habitants sont localisés sur les Hauts-Plateaux sur une superficie de 9% du territoire contre 87% dans le Sud occupés par, à peine, 10% de la population totale du pays. Parmi les contraintes et pressions auxquelles sont soumises nos villes, l'on peut citer une croissance accélérée et (surtout) non maîtrisée, un tissu urbain non cohérent, une dégradation soutenue des espaces urbains quasi absents, comme le sont du reste les espaces verts, de loisirs, centres-ville... A ces facteurs négatifs à plus d'un titre, vient s'ajouter une densité d'urbanisation sauvage aggravée par les constructions illicites en grand nombre et les bidonvilles qui s'agglutinent autour des grands centres urbains ou autour même de gros bourgs limitrophes à la campagne. Deux autres paramètres ne sont pas à négliger dans ce processus d'étouffement de la ville, à savoir l'absence avérée d'une dimension culturelle dans l'urbanisme, synonyme de civilisation et de patrimoine culturel des peuples, et le déséquilibre constaté dans la distribution des services publics et prestations de services. Expliquant le phénomène d'exclusion et de violence urbaine, le document estime que c'est la marginalisation qui en est la cause dans les villes. Elles se trouvent confrontées à deux alternatives: soit elles participent à l'émancipation du citoyen tout en assurant la promotion de cette citoyenneté, soit elles se transforment en systèmes générateurs d'exclusion et de marginalisation. Il est particulièrement souligné la non-évocation du concept de la ville en tant qu'entité culturelle, économique et sociale dans les systèmes juridique et institutionnel algériens. La participation à la gestion et à l'entretien de son quartier et de sa ville par le citoyen, la maîtrise de la croissance urbaine, les stratégies de partenariat, la promotion de l'image de marque de la ville, la cohésion sociale et la solidarité urbaine...sont autant d'objectifs que se propose d'atteindre, entre autres, la nouvelle loi sur la politique de la ville. Le projet de loi aborde également plusieurs axes importants dont notamment une nécessaire décentralisation, une gestion de proximité, la bonne gouvernance, le développement durable... Cette loi vise essentiellement à la réconciliation du citoyen avec sa ville en adoptant une forme de prévention et de rationalisation des richesses et des ressources nationales. Elle contribue en outre activement à la stabilité sociale et politique des villes.