Les derniers développements depuis la mort du général iranien Qassem Souleimani, tué le 3 janvier à Baghdad et neuf autres personnes par une frappe de drone américain dans la capitale irakienne témoignent des tensions qui minent le Proche-Orient. Le puissant général Souleimani était l'émissaire de Téhéran pour les affaires irakiennes et l'homme clé de l'influence de la République islamique au Moyen-Orient. Le 3 janvier, dans la nuit, Qassem Souleimani et le numéro deux du Hachd al-Chaabi (paramilitaires irakiens pro-Iran désormais intégrés à l'Etat irakien), Abou Mehdi al-Mouhandis, sont tués dans une attaque aérienne ordonnée par Donald Trump près de l'aéroport international de Bagdad. L'assassinat intervient trois jours après une attaque contre l'ambassade américaine à Baghdad par des partisans du Hachd pour protester contre un bombardement américain meurtrier qui a visé des bases de la faction pro-Iran la plus radicale du Hachd. Ce bombardement venait, lui, en riposte aux tirs de dizaines de roquettes sur des installations en Irak abritant des Américains et où un sous-traitant américain a péri fin décembre. Les principales chancelleries appellent au calme. A Téhéran, le guide suprême Ali Khamenei et le président Hassan Rohani appellent à venger la mort de Souleimani. Une foule d'Iraniens envahit les rues du centre de la capitale, scandant «Mort à l'Amérique». En Irak, le Premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi estime que le raid américain va «enclencher une guerre dévastatrice» dans son pays. Le président Barham Saleh exhorte «tout le monde à la retenue». Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo affirme que Souleimani préparait une «action d'envergure» menaçant des «centaines de vies américaines».Un haut responsable du Pentagone déclare que Washington va déployer 3.000 à 3.500 soldats supplémentaires dans la région. Le 4, le président américain Donald Trump menace de viser 52 sites «très importants pour l'Iran et pour la culture iranienne» si Téhéran attaque du personnel ou des objectifs américains. «S'ils font quoi que ce soit, il y aura des représailles majeures», menace-t-il de nouveau. Le Parlement irakien demande au gouvernement de «mettre fin à la présence des troupes étrangères». Quelque 5.200 soldats américains sont actuellement stationnés en Irak. Dans la nuit du 5, l'Iran annonce la «cinquième et dernière phase» de son plan de réduction de ses engagements en matière nucléaire pris dans le cadre de l'accord de 2015 destiné à limiter son programme nucléaire. Il affirme qu'il ne se sent plus tenu par aucune limite «sur le nombre de ses centrifugeuses». Depuis mai 2019, l'Iran s'est progressivement affranchi d'engagements auxquels il avait souscrit, en riposte au retrait unilatéral, un an auparavant, des Etats-Unis qui ont rétabli des sanctions économiques contre Téhéran. Le 7, le Parlement iranien adopte une loi classant toutes les forces armées américaines comme «terroristes». Une bousculade fait 56 morts lors des funérailles de Souleimani dans le sud-est de l'Iran où une foule réclame vengeance. Le 8, dans la nuit, l'Iran tire des missiles sur des bases de la coalition internationale abritant des soldats américains en Irak. Peu après ces tirs, un Boeing ukrainien s'écrase après son décollage de Téhéran en direction de Kiev, faisant 176 morts. Dans une allocution solennelle depuis la Maison- Blanche, Donald Trump se félicite que Téhéran «semble reculer» et se dit «prêt à la paix». Il annonce de nouvelles sanctions économiques contre la République islamique, mais n'évoque pas de réponse militaire. Le 10, Washington affirme que Qassem Souleimani prévoyait des attaques contre des infrastructures américaines dans la région, dont «quatre ambassades» selon Donald Trump. Après avoir nié la thèse, privilégiée par plusieurs pays notamment le Canada, selon laquelle l'avion ukrainien aurait été touché par un missile, l'Iran reconnaît le 11 avoir abattu le Boeing 737 par «erreur», l'appareil ayant été pris pour un «avion hostile». Les autorités blâment l' «aventurisme américain» pour ce drame.