La tendance va crescendo. Cette pratique sociale ancestrale n'est plus l'apanage des hommes. Même la gent féminine commence à prendre le relais. Ainsi, ce sont d'abord les femmes du village Tabouda, dans la commune d'Illoula Oumalou, puis ce sont les femmes du village Tarihant qui sont sorties pour des volontariats ce week-end. Avant elles, des femmes d'autres villages ont organisé des volontariats de nettoyage et de désherbage des artères de leurs villages. Ce phénomène que les villageois observent avec une très grande satisfaction et une grande fierté concerne toutes les catégories d'âge. Dans les volontariats, on retrouve de vieilles femmes, d'autres âgées de 50 ans, la quarantaine et des plus jeunes. L'adhésion est totale. Aussi, l'organisation de ces volontariats a été enclenchée par des jeunes femmes enrôlées dans le mouvement associatif. Après un travail de sensibilisation, le passage à l'acte ne pouvait que réussir car les femmes ont montré une disponibilité indiscutable. En fait, le volontariat est une pratique sociale en Kabylie qui tient ses racines des siècles auparavant. Les villages ont toujours connu des travaux d'intérêt public. L'adhésion de tous est un préalable à toute vie commune. Jadis, la participation à ces volontariats était obligatoire, mais elle ne concernait que les hommes. Une personne majeure devait prendre part ou être sanctionnée par la Djemaâ du village. Mais aujourd'hui, avec l'arrivée du mouvement associatif, la pratique est restée intacte, mais avec d'autres modes d'organisation. À Tarihant, à titre d'exemple, ce sont des jeunes, encadrés dans l'association, qui ont remis au goût du jour cette pratique. Depuis quelques années, ces derniers, très dynamiques, se sont lancés dans un travail de fourmi afin de sensibiliser les villageois. Quelque temps plus tard, le travail commence à donner des résultats. Les volontariats ont repris avec la participation de plus en plus de villageois et sans aucune contrainte. Le village est ainsi transformé. Tarihant, déjà beau village, devient de plus en plus beau avec la mise en valeur de son patrimoine. Mais la participation de la femme est venue petit à petit en se frayant un chemin au milieu des contraintes sociales. Ça a commencé, d'ailleurs, par la célébration des rites anciens comme Anzar et Amguer N tafsouth. Deux dates qui ont vu les femmes du village Tarihant prendre l'initiative et aller à la rencontre du printemps dans une ambiance festive un certain 21 mars. Aussi, la gent féminine gagne des espaces. Aujourd'hui, elles sortent pour des travaux de volontariat afin d'améliorer leur village. Enfin, il est à noter que ce n'est pas la première fois que la femme kabyle prend l'initiative. Bien au contraire, cette dernière a pris le relais lorsque l'Algérie était sous les feux de l'aviation coloniale. Selon des témoignages de maquisards, les femmes ont pris le relais après l'opération «Jumelles» lancée par l'armée coloniale pour mettre fin à la révolution. Durant ces moments difficiles, ce sont les femmes qui se sont jetées dans l'arène aux côtés de leurs frères dans tous les villages de Kabylie. La femme kabyle a toujours été aux côtés de son frère.