M.Bush ne semble rien comprendre à la complexité géostratégique du Moyen-Orient. Boosté par la résistance du Hezbollah, que nombre de commentateurs assimilent à une victoire, le président syrien Bachar Al Assad, a gonflé ses muscles, mardi, faisant un discours musclé hors cadre qui tranche avec l'habituelle prudence des dirigeants syriens. Aussi, a-t-il tiré tous azimuts à droite comme à gauche, sur ses «amis» arabes comme sur ses «ennemis» américains et israéliens. «La résistance (du Hezbollah) a dévoilé l'inanité des demi-hommes et des demi-solutions (allusion aux positions de certains dirigeants arabes)» dans le contentieux arabo-israélien a notamment déclaré le président Assad. «Les Arabes ont renoncé à une paix véritable et lui ont substitué une paix de complaisance avec les Etats-Unis et Israël», a-t-il encore ajouté. Bien dit! Le hic, est que la Syrie qui s'est battue ces dernières années jusqu'au dernier Palestinien, ensuite jusqu'au dernier Libanais, n'a toujours pas songé à se battre réellement jusqu'au dernier Syrien pour libérer le Golan occupé depuis quarante ans par Israël. Il y a parfois, comme ça, des moments où il est recommandé, sinon de se taire, du moins de faire preuve d'humilité et de retenue surtout lorsque l'on n'est pas connu comme étant un parangon de la résistance contre l'occupation israélienne. Les Palestiniens avec leurs maigres moyens se battent depuis de nombreuses décennies, les Libanais, qui ne disposent pas d'une véritable armée, ont néanmoins lutté avec les moyens qui sont les leurs pour le retour au Liban des terres occupées par Israël. On se battait dans le Sud-Liban, on se battait dans les territoires palestiniens quand les armes se taisaient au Golan. Allons un peu de décence ne ferait pas de mal à des dirigeants qui ont eu trop l'habitude de régler leurs problèmes par Palestiniens et Libanais interposés. Aussi, il semble qu'il est temps que la Syrie soit conséquente avec elle-même et prenne ses responsabilités historiques de libérer les parcelles de son territoire occupé par des forces étrangères par la négociation, soit par la force. M.Assad -qui n'a rien fait pour qu'il en soit ainsi- a indiqué: «Nous ne nous attendons donc pas à une paix prochaine dans la période en vue» et d'affirmer: «Bien sûr, nous écartons Israël du processus de paix car Israël est un ennemi» reprenant à son compte l'antienne brandie en toute circonstance par Israël. Bien que la paix se négocie avec les ennemis comme l'enseignent les péripéties de l'histoire. Comme son homologue syrien, le président américain, George W.Bush donne l'impression de n'avoir pas, lui non plus, compris la complexité de la problématique proche-orientale, faisant allégrement dans l'amalgame entre terrorisme et résistance nationale et n'ayant pas -c'est le moins qui puisse être attendu du chef du plus puissant Etat de la planète- l'honnêteté intellectuelle de savoir raison garder en replaçant le contentieux israélo-arabe dans son contexte de toujours qui est l'occupation de territoires arabes par Israël et la création de l'Etat palestinien en stand-by depuis 60 ans. En ramenant tous les problèmes du monde au seul terrorisme, le président Bush fuit en fait des responsabilités qu'il s'est montré incapable d'assumer. De plus, en prenant systématiquement fait et cause pour l'un des belligérants du contentieux proche-oriental, Israël -qui, selon lui, a le «droit de se défendre»- M.Bush a engagé en fait comme partie prenante, les Etats-Unis, dans un conflit séculaire alors qu'il était attendu de la première puissance mondiale d'intercéder pour la mise en oeuvre d'une paix qui ne pénalise pas les pays arabes voisins de l'Etat hébreu. Aussi, le discours sur le terrorisme, de George W.Bush, quelque peu biaisé et surfait, sonne faux car il frappe à côté de la réalité géopolitique prévalant dans le monde quand la quasi-totalité des conflits actuels ont pour maître d'oeuvre les Etats-Unis dont l'Irak et l'Afghanistan en sont les illustrations probantes. M.Bush a ainsi déclaré mardi au centre McLean (centre d'analyse des renseignements liés au terrorisme) que «notre devoir le plus solennel, au gouvernement fédéral, est de protéger le peuple américain, et je veux assurer au peuple américain que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous protéger» en référence à la lutte antiterroriste et d'enchaîner: «Nous vivons une époque difficile, mais j'ai confiance dans notre capacité non seulement à protéger notre sol mais aussi dans notre capacité à laisser derrière nous un monde meilleur» lors d'une visite au Pentagone. Voilà qui jure quelque peu avec l'état délabré du monde où règnent le désordre et les guerres alors que les forces militaires américaines sont impliquées, directement (en Irak et en Afghanistan) soit indirectement ailleurs M.Bush, qui confond par trop facilement le droit de la force à la force du droit est, en bon néo-conservateur, l'un des fers de lance de la politique impériale américaine laquelle a bouleversé les équilibres de la planète par la constante recherche d'imposer au monde l'hégémonie des Etats-Unis. Hégémonie qui induit des résistances qu'à son tour Washington qualifie de terrorisme. Un cercle vicieux qui crée un désordre mondial dont les Etats-Unis en sont les principaux bénéficiaires.