Il s'agit de deux attentats portant la signature des mêmes commanditaires. Deux attentats à l'explosif ont secoué la banlieue est d'Alger dans la nuit de dimanche 29 octobre 2006, à quelques minutes d'intervalle, l'une à Réghaïa et l'autre à Dergana, situées à une trentaine de kilomètres de la capitale. Il s'agit de deux attentats portant la signature des mêmes commanditaires, qui ont utilisé deux camions piégés, de moyen tonnage, et ciblé dans les deux cas les immeubles abritant les services de la Sûreté nationale. Le premier bilan fait état de la mort sur le coup de trois personnes, des civils, deux jeunes passants à Réghaïa et une femme, enseignante à l'université de Bab Ezzouar, à Dergana. Le premier attentat a visé le siège de la Sûreté de daïra de Réghaïa situé au centre ville et le second a touché la bâttisse de la Sûreté urbaine de Dergana. D'après les riverains, l'explosion a eu lieu à minuit. Un camion bourré d'explosif a soufflé une partie de l'immeuble de deux étages de la police et le pâté de maisons qui fait face. Hier, à 10h30, les éléments de la police scientifique s'affairaient encore à recueillir les indices et les éléments permettant l'identification de l'acte terroriste. Un décor d'apocalypse témoigne de la forte déflagration. Un périmètre de sécurité d'un rayon d'une soixantaine de mètres est déjà mis en place pour contenir la foule, stupéfaite et curieuse venue s'enquérir de la situation. Les dégâts sont importants. Une dizaine de voitures ont été réduites en tas de ferraille. Certaines ont été couvertes d'une couche de terre rougeâtre. Les services de sécurité font état de 16 voitures endommagées. On reconnaît une Laguna 2001, une Mégane, une Opel Astra et une 407. Les autres sont méconnaissables. Elles étaient en stationnement en face du siège des services de sécurité. Un habitant d'une villa mitoyenne, de l'autre côté de la rue, abritant la famille Benabderahmane nous fera savoir qu'il s'agit probablement d'un camion transportant un remblai de terre qui a été laissé par le chauffeur quelques minutes avant l'explosion. Il nous fera visiter sa maison de quatre étages qui a subi de lourds dégâts. Son rez-de-chaussée a été complètement défiguré et les magasins endommagés. Des pièces du camion jonchent encore le trottoir. Un salon de coiffure, un hammam, une cafétéria, et d'autres locaux lui appartenant ont été soufflés par la déflagration. Les chambres de la villa, plus d'une quinzaine, ont connu des dégâts multiples. Arrachement des portes et persiennes, fenêtres brisées, et les meubles nous font rappeler les scènes du tremblement de terre qui a secoué la ville le 21 mai 2003. Sa soeur qui habite au dernier étage, est encore sous le choc. Ses trois enfants ont échappé miraculeusement, en cette nuit d'horreur, à la mort. Ils ont été surpris, raconte-t-elle, par le souffle qui a projeté sur leur lit les portes, persiennes et les débris de fenêtres éclatées. «Mon téléphone mobile indiquait 23h 57 quand je suis venue jeter un dernier coup d'oeil dans la chambre des enfants endormis et d'habitude je vais jusqu'au balcon pour voir l'extérieur, mais cette nuit je ne l'ai pas fait, je suis allée à la cuisine prendre un verre d'eau puis rejoint ma chambre pour éteindre la télé, ça m'a pris quelque deux à trois minutes, soudain une forte explosion a secoué toute la maison», raconte la dame visiblement bouleversée. Le gérant de la cafétéria, présent à ses côtés, qui dormait dans le local, nous fera savoir quant à lui qu'il avait cru au début à un tremblement de terre: «Je suis sorti, dit-il, pour voir ce qui se passe et j'ai entendu des coups de feu juste après l'explosion, j'ai alors rebroussé chemin». Touché par un éclat de verre, il porte sur son visage un pansement. Il est, lui aussi, sous le choc de cette nuit de terreur. D'autres témoins, habitant le quartier, nous feront savoir que les forces de sécurité sont arrivées en force juste après l'explosion pour encadrer les lieux. A quelques encablures de là, le même procédé a été utilisé pour s'attaquer au siège de la Sûreté urbaine de Dergana. D'après des témoins, des habitants du quartier, un camion à benne, probablement à transport d'ordures, a été aperçu empruntant la ruelle menant à la cible visée. L'un des présents nous relate les faits: «Il était presque minuit quand nous avions entendu le moteur d'un camion passant, à côté, s'éteindre; j'étais en train de suivre un match de football sur la chaîne ART quand une détonation m'a fait sursauter, j'ai d'abord crû à un tremblement de terre. Il était 11h45, puis j'ai ouvert la fenêtre pour voir ce qui se passait à l'extérieur. j'ai vu le camion à benne stationné en face du commissariat puis soudain s'ensuivit une violente explosion. Terrible. Beaucoup de fumée s'en est propagée. Il était minuit. On sentait bien l'explosif, probablement du TNT. J'ai été poussé en arrière par le souffle. La porte a été arrachée et les vitres ont volé en éclats. C'était une nuit de terreur.» Le rescapé de l'explosion sera informé dans la matinée du lundi que la première détonation était celle de Réghaïa. D'après d'autres témoignages recueillis sur place, le camion en question était conduit par deux jeunes personnes. Elles avaient l'intention d'immobiliser le camion à une dizaine de mètres avant l'endroit de l'explosion mais il y avait un groupe de jeunes du quartier qui échangeaient des propos. Ces derniers auraient remarqué l'immatriculation 35 du camion à ordures. Puis les deux jeunes personnes avancèrent un peu plus loin pour arrêter le camion juste devant la base abritant le dortoir des éléments des forces de sécurité. Ces derniers sont descendus en courant du camion qui explosa une ou deux minutes après. Une bonne partie du siège des services de police est détruite. Les villas qui font face à l'immeuble de la Sûreté urbaine, au nombre de quatre, sont sérieusement endommagées. C'est là qu'habite la femme décédée. Là aussi, les éléments de la police scientifique sont sur le terrain. Les citoyens présents sur les lieux, les visages fermés, très inquiets, ne parlaient que du même sujet: les attentats de la veille. A 12h 48, un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale parvient à la rédaction et confirme les chiffres en notre possession. Le bilan des deux attentats fait état de 1 civil décédé, 7 policiers et 3 civils blessés et 2 policiers et 2 civils en état de choc, avec 4 véhicules légers endommagés dans l'attentat de Dergana perpétré à 00h30. Alors que le bilan de celui de Réghaïa fait état de 2 civils tués, 4 policiers et 3 civils blessés et 16 véhicules endommagés. Un coup dur pour les services de sécurité et un bilan lourd aux conséquences psychologiques dramatiques.