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La critique, pas l'amalgame
PEUT-ON CARICATURER LA RELIGION?
Publié dans L'Expression le 15 - 02 - 2007

L'air du temps, si trouble, est marqué en rive Nord par l'étrange question: Peut-on critiquer et caricaturer la religion en général et l'Islam en particulier?
A cette question, des politiques et nombre de faiseurs d'opinions répondent: droit absolu! A l'exception des extrémistes, aucun croyant ne conteste pourtant le droit à la critique et à la satire. Les crises, comme celle des caricatures qui est revenue sur scène, ont révélé qu'on ne pouvait pas être indifférent à la problématique du rapport entre la liberté d'opinion et le respect de l'autre, que tel ou tel procès n'a en rien résolu, au contraire, c'est la régression, surtout dans un contexte de campagne électorale. Au lieu des partis pris idéologiques, c'est une question qui exige de la prudence de par la difficulté même du sujet. Nous sommes dans la confusion et la surenchère à cause des extrêmes: les racistes, d'un côté et les intégristes, de l'autre. Cependant, malgré des battages médiatiques, selon des sondages récents, le respect pour la sensibilité des croyants serait majoritaire chez les populations de la plupart des pays européens. Ce qui est encourageant.
«Des prédicateurs...font le jeu des islamophobes»
Pourquoi est-on arrivé à tant de haine et de confusion? Certains prédicateurs, médiatisés, à dessein, qui se prétendent défenseurs de l'Islam, font le jeu des islamophobes, en s'inscrivant dans des positions polémiques. Plus encore, les tenants de la xénophobie exploitent à outrance l'activisme des intégristes fondé sur des pratiques rétrogrades de la religion: les interdits et la gestuelle, les déclarations politiciennes ambiguës, l'apologie de pratiques crispées de la religion-refuge, présentées comme droit à une identité religieuse, ou l'affirmation que la loi religieuse est supérieure aux lois civiles. Ce type de position insensée, à courte vue et non conforme aux préceptes libérateurs du Coran, accentue la confusion.
Il est aisé de remarquer que, en plus des contradictions du désordre mondial et des actes aveugles, criminels et injustifiables commis par désespoir et inculture par d'inauthentiques musulmans; depuis les interventions de ces apprentis polémistes, l'islamophobie s'est gravement accentuée, la critique tendancieuse et acerbe de l'Islam exacerbée et la peur a gagné. Cependant, il faut continuer à garder confiance dans le bon sens des peuples, qui, tout en restant profondément attachés à la liberté d'expression, ne sont pas dupes, à la fois, reconnaissant la duplicité des discours intégristes, et refusant la moquerie gratuite et offensante des croyants.
Appréhender ces crises comme l'expression du choc des civilisations est, en effet, une marque d'irréflexion. Tous les peuples souhaitent vivre en paix et en justice. La question du lien entre la liberté d'expression et les limites possibles est un problème qui se pose pour toute l'humanité. Nul ne peut l'escamoter et nul n'a le monopole de l'attachement à la liberté. La critique et l'autocritique sont vitales. Même si, aujourd'hui, le monde musulman est perçu en difficulté par rapport à la modernité, pour l'Islam de toujours, la liberté est aussi le fondement de l'existence. «Croit qui veut et refuse de croire qui veut», nous dit le Coran. Le Prophète de l'Islam, n'a jamais sévi contre des poètes satiriques qui le raillaient. Le Coran recommande l'esprit critique et le raisonnement. De nombreux Califes ont souvent accepté les moqueries les plus sévères, sans avoir besoin de les réprimer. Les historiens l'attestent, du temps du Prophète et de ses premiers successeurs, la parole était bien plus libre que ce à quoi nous assistons aujourd'hui dans le monde musulman. Comment pouvait-il en être autrement, puisque le Coran se présente comme libérateur. La plus subversive des paroles, au sens noble le musulman d'aujourd'hui semble avoir oublié de recevoir cette parole de manière libre et intelligente.
Les réactions violentes et les représailles pratiquées par certains pseudos musulmans, sont inadmissibles. Elles nuisent à ce qu'elles croient défendre. D'autant que parfois elles sont instrumentalisées par des régimes, qui y ont vu une occasion de cristalliser les frustrations populaires, tout en exploitant la politique inique des deux poids, deux mesures que commettent avec arrogance des puissances occidentales. L'opinion inclut le droit de croire ou de ne pas croire et de le faire savoir, le droit de critiquer ou de défendre les valeurs de la religion. Il est regrettable que des dérives n'ayant rien à voir avec le Message du Coran, perpétrées par une infime minorité, aient pu donner l'impression que l'Islam souhaite s'exonérer des exigences de la critique, ou ont pu faire croire que l'on n'a pas le sens de l'humour. Le Coran défie la pensée humaine et l'exhorte à assumer ses responsabilités, en vue d'honorer la vie, de rechercher, de manière libre et publique, le vrai, le juste et le beau. Ce qui est si haut, si grand, si profond, se moque de toute caricature et passe très loin au-dessus. Mais la confusion, entre des dérives d'incultes et la religion, confusion souvent délibérée, qui aboutit à se moquer avec arrogance de la foi des autres, est inacceptable. Raison de plus pour que les prédicateurs déguisés en intellectuels, qui ont fait de l'Islam leur fonds de commerce, et apportent de l'eau au moulin des manipulateurs opposés aux droits des peuples, soient démasqués.
Alors que la liberté d'expression dans les pays occidentaux, à des degrés divers, est limitée par la loi et par un consensus social, certains, face à l'Islam, n'abordent la question que sous l'angle du droit absolu à la satire et à la moquerie, y compris aux relents racistes.
Ce débat n'oppose pas seulement l'Occident au monde musulman, il est à l'intérieur même de chaque monde. Il est injuste d'opposer les cultures et illégitime de faire sa propre apologie en dénigrant l'autre. Il est urgent d'engager un vrai dialogue et une déconstruction de la vision européenne au sujet de l'Islam, et de la vision des musulmans au sujet de l'Occident.
D'autant que les pensées et les cultures grecques, juives et arabes, par-delà leurs différences et leur trajectoire propres, se sont mêlées, de façon intime. Plus encore, nous sommes tous dans un village planétaire, confrontés à des problèmes communs. Il est urgent de retrouver cette fécondation réciproque, pour nous projeter ensemble dans l'avenir.
Si les musulmans se sont sentis offensés, et des citoyens du monde l'ont été aussi, c'est de par le caractère injuste des accusations qui stigmatisaient et opéraient un amalgame choquant, entre islamisme et islam et entre terrorisme et islam; participant ainsi au caractère chaotique du monde actuel. Tout en sachant que les premiers responsables de la déformation sont ceux qui usurpent le nom, trahissent de l'intérieur l'Islam et, manipulés, donnent des occasions aux détracteurs. Reste à discerner et à rechercher les causes politiques des dérives. Le dialogue doit s'ouvrir entre les pensées et les cultures, en refusant des divisions et oppositions mythiques, non conformes à la réalité de notre histoire commune et de notre temps, qui nous cerne et nous concerne tous. Le questionnement, qui suppose, en théorie, la liberté de tout dire, nous la revendiquons. Mais, il faut en même temps, reconnaître que cela n'exclut pas de respecter la singularité de l'autre, pour faire passer du sens. Cette articulation est difficile, mais nul ne peut prétendre qu'elle est impossible à réaliser. Des acteurs du quatrième pouvoir, en rive Nord, et les politiques en campagne électorale, instrumentalisent la question et affirment le droit de se moquer de la religion, et certains ajoutent même que les lois en matière d'offenses préservent de manière excessive les symboles de l'Etat et des religions et demandent qu'elles ne soient pas protégées par des lois. D'autres, au sein de l'opinion publique, au contraire, considèrent qu'il y a lieu de faire adopter des législations, à l'instar de celles qui condamnent le racisme et l'antisémitisme, et de ne pas humilier ou offenser inutilement les croyants, afin de favoriser l'avènement de ce que Kant appelle la paix perpétuelle. Le premier courant domine les sphères des pouvoirs, il y a peu de chance de voir le deuxième se faire entendre.
«La liberté d'expression doit être plus rigoureuse avec elle-même.»
Pourtant, il n'est pas outrecuidant de rappeler que la liberté d'expression doit être plus rigoureuse avec elle-même. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen stipule: «Tout citoyen peu parler, écrire, et imprimer librement.» Le texte poursuit avec une clause restrictive: «sauf à répondre de l'abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi.» On ne peut pas oublier que la liberté d'expression, principe sacro-saint, contient en elle-même le principe de sa propre limite, car autrement, on n'invoquerait pas un principe de liberté. Jean-Jacques Rousseau dit bien qu'il n'y a pas de liberté sans loi. En même temps, sacraliser indéfiniment risque d'être instrumentalisé et bloquer les possibilités du progrès démocratique, toujours à venir. Reste à rappeler que le Coran c'est 90% de permissions et 10% d'interdits, rapport que les extrémistes veulent inverser.
En Islam le sacré est limité à quelques rares points précis. La vie, comme dit Ibn Khaldoun, et à sa suite, Jacques Berque, repose plus sur le rapport nature-culture que sur le lien sacré-profane. Freud et Lacan nous ont rappelé que se défaire de ses préjugés est difficile, et Foucault, que l'on sait bien qu'en pratique, l'on ne peut pas tout dire, encore moins de n'importe quelle façon et à n'importe quel moment. L'ouverture à l'autre, se décentrer, pour le comprendre, sans en être l'otage, sans renoncer à la distance de l'objectivité, au devoir de vérité, vaut mieux que le fantasme de le dominer, l'agresser.
On constate que parfois l'Occident s'emploie à détruire lui-même ses propres protections, en jetant de l'huile sur le feu, vu la crise générale, en donnant la parole sciemment à des pyromanes qui prétendent défendre l'Islam, et en cherchant à fragiliser ceux qui, dans nos pays, résistent réellement à l'extrémisme. Des discours s'adonnent à la stigmatisation, en cherchant à produire la honte d'être musulman au regard de l'Occident.
Stigmatisation de chaque croyant, de tout musulman, enfermant chacun d'eux dans une infamie de principe, une infamie originaire. Là où un régime répressif impose la loi du silence, le régime démocratique peut fabriquer des pseudos défenseurs de l'Islam, vedettes des plateaux de télévision que l'on actionne à souhait, en les utilisant comme épouvantail, pour décrédibiliser la religion, avec leur complicité, ou à leur insu, et instaurer le règne de la diversion, pour occulter les faits que l'on ne verra pas, terrifiantes, preuve des atteintes aux droits des peuples. Le sens du discernement s'impose.
Certains, découragés par l'instrumentalisation de la religion et les blocages au progrès, renoncent à la possibilité de la difficile articulation entre liberté et responsabilité. D'autres, croyants ou non, sont choqués par les dépassements de médias provocateurs.
Au niveau mondial, partout, nous savons que nous ne devons pas renoncer à la possibilité d'une éthique de la liberté d'expression. Nous savons bien qu'être en démocratie c'est accepter que des paroles, des écrits, des dessins soient irrespectueux, de contester des états de fait qui se donnent ou non comme démocratiques, ou comme valeurs sacrées. Mais nous avons aussi le droit de penser que cela se conjugue avec responsabilité, respect de la dignité des autres et sens de l'ouvert. Notamment, dans un contexte mondial dramatique, où on ne sait plus vers quelle destination on est embarqué.
Le temps n'est plus d'endurer en silence cette difficulté de la modernité à former un monde où s'articulent la liberté et la dignité. Comme disait Descartes, et avec lui tant de sages, mystiques ou humanistes: La vertu universelle consiste à ne jamais mépriser personne. Si on attend des musulmans l'ouverture au monde, de nos amis occidentaux, nantis de tant de pouvoirs, on espère une information qui assume ses responsabilités, pas simplement de s'arc-bouter sur le droit de la liberté d'expression comme absolu, pratiquant l'amalgame et refusant de discerner, coupé des exigences du vivre ensemble.
Si tout un chacun ne s'implique pas, l'étau va se resserrer autour des peuples, pris entre les racistes et les intégristes. Il nous faut apprendre à dire haut et fort, aux uns et aux autres, bas les masques, ne touchez pas à nos valeurs, nous voulons les faire vivre, ni les figer, ni les défigurer!


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