Kosovo, traité constitutionnel, stratégie de Lisbonne...des dossiers lourds et pas faciles l'attendent. En recevant le collège de la Commission européenne au grand complet mardi dernier à Ljubljana, la Slovénie entame pratiquement et officiellement son mandat de «président» de l'Union européenne. Le premier pays ex-communiste à avoir rejoint l'Union en janvier 2004, va s'exercer ainsi à l'arbitrage dans les grands dossiers politiques et économiques que l'Europe aura à affronter pour les six mois à venir. Et ce ne sont pas des moindres. Sur le plan institutionnel, si l'adoption du traité constitutionnel européen, ratifié par les chefs d'Etat sous la précédente présidence portugaise, ne posera pas de problème aux pays qui utiliseront le vote de leurs parlements nationaux, il n'est par contre pas acquis chez ceux qui passeront par la voie référendaire. La Constitution irlandaise, par exemple, l'oblige à consulter le peuple par référendum. En cas d'un vote négatif des Irlandais, le traité tombera à l'eau, puisque il faut l'unanimité des Etats pour sa légalisation. Une deuxième priorité qui intéresse la Slovénie est celle de l'intensification des négociations avec les autres pays des Balkans non encore membres de l'Union, tels le Monténégro, la Bosnie, l'Albanie et, dans une certaine mesure, tenter le consensus entre l'Union et la Serbie sur la question du Kosovo. Ce sera, sans aucun doute, l'autre priorité politique et stratégique pour laquelle la Slovénie devra déployer tout son art de la diplomatie et prouver sa capacité de médiateur international. Cette question est d'une extrême importance non seulement pour la Slovénie, mais pour l'avenir de la paix pour l'Europe entière. Faut-il rappeler que les Albanais du Kosovo (1,8 million d'habitants contre 200.000 Serbes) sont décidés à prononcer unilatéralement l'indépendance du Kosovo avant la fin de la présidence slovène de l'UE en juin prochain. Ljubljana est confronté à un double problème. Elle-même pays balkanique issue du démantèlement de l'ex-Yougoslavie, elle est frontalière du Kosovo. Le feu est à sa porte pourrait-on dire. Par ailleurs, le soutien à l'indépendance du Kosovo ne fait pas encore l'unanimité au sein de l'Union. L'Espagne, la Grèce et Chypre sont, pour des questions de politique interne, réservés sur l'option d'indépendance, alors que les 24 autres pays de l'Union se sont déjà prononcés en faveur des Kosovars. S'ajoute à ce désaccord le soutien ferme de la Russie à la Serbie pour garder le Kosovo dans le giron serbe. La Slovénie se trouve de ce fait, à gérer en plus des antagonismes européens, ceux mettant aux prises la Russie et les USA qui se sont prononcés pour l'indépendance du Kosovo. Par ailleurs, les questions sociales et économiques sont dans l'agenda slovène. Un «audit» de la stratégie de Lisbonne est attendu, et là aussi les choses ne seront pas de tout repos pour la jeune république. Comment en effet, emmener les Etats de l'UE à respecter leurs engagements de réduction des déficits publics à moins de 3% du PIB, à l'heure où le pouvoir d'achat s'est sérieusement érodé chez plusieurs d'entre eux? Autant de rendez-vous stratégiques pour la Slovénie, pays de deux millions d'habitants, paraît pour certains beaucoup. Pourtant la présidence luxembourgeoise en 2006, pays de 400.000 habitants, a été un succès. C'est dire qu'une diplomatie efficace ne dépend pas nécessairement de la taille géographique et humaine du pays. La Slovénie, qui voilà 17 ans était encore un pays communiste faisant partie de l'ex-Yougoslavie, est aujourd'hui membre à part entière de l'UE, ayant, depuis décembre dernier, l'euro pour monnaie nationale et aura à présider le 16 mai prochain le Sommet UE- Amérique latine et Caraïbes. Elle passera le relais le premier juillet 2008 à la France. Avec quel bilan? Attendons pour voir.