Cette poésie religieuse d'expression berbère véhicule les perceptions du groupe face à la mort et à la fin dernière. La poésie et les chants religieux d'expression amazighe ont constitué le thème d'une soirée culturelle organisée par le Haut comité à l'amazighité que l'établissement Arts et culture a accueilli au Théâtre de verdure en présence de plusieurs hommes de culture et universitaires. Animée, vendredi dernier, par l'universitaire Mohamed Akli Hadibi et le poète et journaliste, Mohamed Ghobrini, cette rencontre a permis au conférencier Mohamed Akli Hadibi de souligner que «l'univers culturel et spirituel en Kabylie sont visibles et que ces croyances et ces pratiques ne sont qu'un legs millénaire. Par exemple, les veillées funéraires s'accompagnent souvent de chants religieux, créés, transmis par les adeptes d'un ordre ou d'une confrérie et zaouia». Cette poésie religieuse d'expression berbère véhicule les perceptions du groupe face à la mort et à la fin dernière, mais aussi une morale de l'existence terrestre et les mises en garde contre les tromperies de la vie. L'approche faite jusqu'à présent de la société kabyle, selon M.Hadibi, c'est que «les aspects spirituels ne signifient pas la vie religieuse au sens conforme et traditionnel. Ils s'étendent à toutes les pratiques, manifestations et croyances épousant ou non le modèle ‘'officiel'' de la vénération». Et d'ajouter que «la spiritualité, au sens ethnologique, embrasse la doctrine conforme et les autres voies jugées, par ailleurs, incultes». M.Hadibi relève la difficulté de parler et de traiter de la religion. «C'est une forme de censure sociale», dit-il, citant l'exemple de l'élite qui classe le sujet tabous dans lequel s' étendent les peuples, des exigences célestes que cette dernière intègre comme une coutume à l'échelle de la société. Dans l'observation spécifique à l'expression culturelle d'un peuple, ces dernières semblent jouir d'un intérêt particulier des ethnologues dans le sens où elles constituent un matériau, voire une piste pour l'étude de l'âme profonde d'une population et ses rapports avec le reste du monde, l'univers et la divinité, poursuit. Mohamed Akli Hadibi qui met l'accent sur la sauvegarde du peu de manuscrits existant, si ce n'est la conscience et la volonté des uns à récolter ce legs oral à l'instar de Chikh Mohand Oulhocine à qui Mouloud Mammeri a consacré une étude assez poussée, basée sur les faits et dits du saint homme. Il souligne, par ailleurs, que «des mesures doivent être envisagées pour garantir la bonne préservation du répertoire, au lieu de théoriser les choses et à briser la bonne volonté des autres en critiquant juste pour critiquer». Il notera, en outre, que n'était la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe 2007», mon ouvrage n'aurait jamais vu le jour. Car, en général, les gens ne s'intéressent pas à ce genre d'initiatives. A son tour, Mohamed Ghobrini présente son recueil poétique de 800 vers intitulé La légende du siècle, relatant l'histoire de l'humanité (version religieuse), jusqu'à la venue du Prophète Mohammed (Qsssl). Et pour clôturer cette 2e édition, des soirées de la littérature amazighe, la troupe folklorique a enchanté l'assistance avec un bouquet de chants religieux en imitant cheikh Mokrane Agawa.